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Handicap : les « Bannis de la République » refusent l’exil forcé en Belgique

Publié le par Daniel Sario

La famille Lemesre hier devant l'Assemblée nationale. Photo Francine Bajande
La famille Lemesre hier devant l'Assemblée nationale. Photo Francine Bajande
À l’appel de l’Unapei, une soixantaine de familles ont manifesté, hier devant l’Assemblée, pour réclamer la création de structures d’accueil destinées aux personnes handicapées mentales. Aujourd’hui, 6 500 sont prises en charge en Belgique, et 47 000 se trouvent sans solution en France. Par Audrey Loussouarn

Les pancartes, brandies à bout de bras, annoncent la couleur : "Elodies, 20 ans bientôt exilée en Belgique?" Cette anonyme pourrait faire partie des quelque 6 500 personnes handicapées mentales qui, faute de places dans un établissement spécialisé, se résolvent à cette solution. Pour condamner cet exil forcé, une soixantaine de parents, mobilisés à l'initiative de l'Unapei, la première fédération d'associations du secteur, ont toqué à la porte de l'Assemblée nationale, hier matin, pour déposer leur "livre noir du handicap en France". un document au titre évocateur : "Les bannis de la République".

La famille Lemesre fait partie de ces "bannis", même si, pour elle, le périple jusqu'en Belgique n'a même pas été envisagé. "Les parents sont aussi là pour compléter le travail des éducateurs. Si notre fille est loin de nous, elle se met en souffrance. La proximité est cruciale", lance Christophe, le père de famille. C'est à Sète, dans l'Hérault, que sa femme Corinne s'occupe depuis deux ans de Nadine, 22 ans. L'assister au quotidien l'a forcée à quitter son emploi dans un salon de coiffure, en attendant qu'une place se libère dans un établissement et service d'aide par le travail (Esat). De l'âge de six à vingt ans, Nadine a acquis une autonomie, qu'elle a progressivement perdue. Et que dire de ce quotidien qui devient, selon le mari, "pesant". "On pourrait lui trouver une place en Belgique... Ils font tout pour", lâche-t-il, avant de raconter ce démarchage marketing u'opèrent plusieurs établissement belges auprès des Esat français pour proposer de placer les enfants sur les listes d'attente. Une pratique, lance avec dégoût Christophe, semblable à de la "vente de voiture ou à de la publicité d'un tour-opérateur".

Pour Thérèse Geheniaux, mère d'une jeune trisomique de 24 ans, le choix de la Belgique reviendrait à "l'user, lui faire perdre ses habitudes et ses liens". "Pour quels résultats? A-t-on analysé cela? Depuis le temps que ce phénomène perdure, on devrait regarder de plus près les conséquences. on a pris beaucoup de retard", observe-t-elle. Véronique Aroud vit, elle, depuis trois ans avec une "angoisse" qui monte de jour en jour à la vue de ce choix "cornélien" qu'elle devra faire pour son fils de 14 ans. Elle s'attend, d'un jour à l'autre, à l'exclusion d'Ulysse, qui n'a plus sa place en institut médico-éducatif (IME), faute de progrès suffisants. "Pour l'instant, ils le gardent. Mais après? s'interroge-t-elle. Alors, Véronique a démarche une vingtaine d'établissement, y compris dans les départements limitrophes. sans succès. "C'est notre dernier enfant et ça nous arrive à un âge où l'énergie n'est plus la même, ajoute-t-elle, une faiblesse dans la voix. Je n'imagine même pas les familles dont plusieurs des enfants sont handicapés mentaux".

Les 15 millions d'euros promis, un coup de pouce "dérisoire". En cas de placement, les établissements facturent, et la Sécurité sociale paie l'addition. Y compris les déplacements, parfois en taxi. Pour les frontaliers, pas de sommes faramineuses mais pour les autres... "La plupart des familles habitent à des centaines de kilomètres de la Belgique et font des allers-retours, chque semaine, pour déposer leurs enfants", fait observer Thierry Nouvel, directeur général de l'Unapei. Au total, selon l'étude rendue publique hier, ils seraient 47 000 à essuyer refus sur refus auprès des structured françaises. Un constat que ces familles ont voulu partager avec les députés, qui entamaient hier l'examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2016. Des amendements sont d'ailleurs portés par plusieurs députés de tous bords pour endiguer les acceptations de l'autre côté de la frontière dès le 1er janvier et pour imposer une amende aux ARS qui participent à ces exils. Quinze millions d'euros ont bien été débloqués par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, pour revaloriser ce secteur. un coup de pouce "dérisoire", pour Thierry Nouvel, au vu des 250 millions d'euros annuels réservés aux institutions belges. L'Unapei demande donc la "création de places de proximité, et donc d'emplois, pour éviter ces départs". des propositions qui permettraient de résorber cette résignation malheureuse que vivent beaucoup de familles, désespérées etépuisées. Effrayées aussi par "l'après", ce moment où elles ne seront plus là pour veiller sur leurs enfants. Cheveux grisonnants, Joëlle Loos s'inquiète "tous les jours" des listes d'attente lobgues de huit à dix ans dans les Esat qui pourraient accueillir sa fille de 21 ans. "Là, elle habite chez moi. mais s'il m'arrive une tuile, que se passera-t-il?"

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christophe 27/10/2015 19:59

Merci Daniel pour relayer nos actions, un article devrait paraître aussi dans la marseillaise ce vendredi, mais tu es certainement déjà au courant, il me semble que la journaliste a pu te contacter aussi.
Malheureusement nos demandes n'ont pas été entendue, La France poursuivra sa politique d’exil et d’exclusion des citoyens handicapés ! Lire le communiqué de presse de l' Unapei : http://www.unapei.org/La-France-poursuivra-sa-politique.html
J'en profite si tu le permet pour sensibiliser tes lecteurs a signer notre pétition qui est accessible à cette adresse https://www.change.org/BannisdelaRepublique. Merci de soutenir nos citoyens porteurs de handicap mental et autres troubles associés exclus par le manque de place d'acceuil adaptée a leur besoin et a proximité de leur familles et amis...
Mes amitiés.
Christophe L.