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La notion de race n’a aucun fondement scientifique

Publié le par Daniel Sario

Aborigène australienne. Voilà à quoi ressemblait l'aïeule africaine de Nadine Morano à son arrivée en Europe.
Aborigène australienne. Voilà à quoi ressemblait l'aïeule africaine de Nadine Morano à son arrivée en Europe.
La France serait donc « un pays judéo-chrétien de race blanche qui accueille des personnes étrangères ». Ces propos, tenus samedi dernier et réitérés mercredi, devraient valoir à Nadine Morano de perdre ­l’investiture de son parti pour les élections régionales. La députée européenne (« LR ») fait mine de l’oublier, mais la science a démontré depuis bien longtemps l’invalidité du concept de race. Entretien avec Romain le préhistorien Romain Pigeaud

« La France, un pays de race blanche », l’expression a-t-elle un sens ?

Romain Pigeaud : Non, aucun. La notion de race n’a aucun fondement scientifique, s’agissant des humains. Nous avons tous le même squelette, les mêmes données biologiques. Les variations qui existent sont dues à la position des populations selon les latitudes, les climats et la culture. C’est tout. Le concept de race a bien existé au XIXe siècle, mais il a été complètement balayé à partir du milieu du XXe, notamment à la suite des travaux de Claude Lévi-Strauss et de son texte magnifique intitulé Race et histoire, publié en 1952. Les recherches menées jusqu’alors pour tenter de démontrer l’existence de races différentes, à partir de la mesure des crânes par exemple, se sont complètement fourvoyées. Les progrès de l’ethnologie, de l’archéologie, de la génétique ont totalement contredit cette thèse racialiste en établissant que nous étions tous le produit de mélanges, de métissages. Dans ce cadre, définir ce qu’est un Blanc ou un Noir n’a pas de sens. Pas plus que de dire, comme l’avait fait Claude Guéant en 2012, que la civilisation occidentale était « supérieure » aux autres. Ce que sous-entend, au fond, Nadine Morano.

D’où viennent alors ces différences de couleur de peau ?

Romain Pigeaud : C’est une question de climat. L’homme anatomiquement moderne est apparu en Afrique du Nord, il y a environ 200 000 ans. Il était adapté à un climat chaud et avait vraisemblablement la peau noire. Une étude récente, publiée dans la revue Science et basée sur des analyses génétiques, a montré que la dépigmentation de la peau serait apparue en Europe, il y a moins de 8 000 ans. Ainsi, on peut penser que les auteurs des dessins de la grotte Chauvet ou des peintures de Lascaux avaient la peau noire. C’est bien après que les peaux se sont éclaircies, pour permettre une meilleure absorption des rayons du soleil et mieux synthétiser la vitamine D.

Parler de la France comme d’un pays de race blanche est donc absurde…

Romain Pigeaud ; Oui. La France est un « finistère », un cul-de-sac dans lequel se sont pressés des groupes humains venus d’ailleurs. Elle est le produit d’un métissage. Pour une grande majorité, nous sommes les descendants d’agropasteurs venus du Proche-Orient entre 7 000 et 6 000 ans avant notre ère, et qui se sont mélangés à des chasseurs-cueilleurs venus d’Afrique, eux, 40 000 ans avant notre ère. À la limite, on peut dire que le premier « Français », c’est Néandertal, qui était blanc car apparu à l’ère glaciaire. Mais les autres, ce sont des immigrés. Ce qui fait de nous tous des enfants d’immigrés.

Nadine Morano convoque le général de Gaulle pour appuyer ses dires…

Romain Pigeaud ; Le général de Gaulle, bien que très cultivé, était tributaire de son temps. Ses propos repris par Nadine Morano reflètent l’opinion générale de son époque. On pensait alors que l’art rupestre d’Afrique du Sud ou les grands monuments retrouvés au Zimbabwe étaient forcément le produit de populations blanches. C’était de l’ethnocentrisme. Depuis, les connaissance scientifiques ont évolué. On ne peut pas justifier en 2015 ce qu’a dit Nadine Morano en citant les propos d’un homme qui datent d’un demi-siècle.

Comment expliquez-vous la persistance de telles idées ?

Romain Pigeaud : Le phénomène n’est pas neuf. Les Gallo-Romains à la fin de l’Antiquité ont vu arriver les populations germaniques, les Francs, les Alains, les Wisigoths… Eux aussi craignaient de perdre leur identité. Et pourtant, eux-mêmes étaient le produit de mélanges entre Germains, Gaulois et Romains. Cette idée de fin de cycle est un mythe. L’archéologie nous enseigne qu’il n’y a pas de fin, mais des mélanges qui produisent de nouvelles populations et de nouvelles cultures. Il faut faire plus de pédagogie sur ces sujets. D’où l’intérêt d’aller voir le fac-similé de la grotte Chauvet et ses dessins somptueux qui datent de 36 000 ans. Je ne saurais trop conseiller à Nadine Morano d’y faire un tour…

À quand la suppression du mot « race » de la loi ? Les députés Front de gauche et des sénateurs du groupe Communiste, républicain et citoyen ont réitéré jeudi leur demande d’inscrire à l’ordre du jour du Sénat la proposition de loi supprimant le mot « race » de la législation. Adopté à l’Assemblée nationale en mai 2013, ce texte, auquel s’était ralliée la majorité socialiste, propose notamment d’ôter ce mot du Code pénal, du Code de procédure pénale et de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Rappelons que François Hollande s’était engagé pendant sa campagne présidentielle à le supprimer de la Constitution.

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