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Les chemins de la soie ou du sang

Publié le par Daniel Sario

Les chemins de la soie ou du sang
Par Patrick Apel-Muller ( L'Humanité )

L’Union européenne est « préoccupée » . Le président turc fait attaquer les locaux de l’opposition, opprime les Kurdes, met en place un climat de guerre civile, bombarde les combattants des YPG qui combattent Daech en Syrie, laisse les fanatiques islamistes commettre les plus sanglants attentats contre les progressistes, s’empare manu militari de médias adverses… et la Commission est seulement « préoccupée ». Cela n’appelle à ses yeux ni condamnation, ni sanctions, ni exigence. Il s’agit d’un simple dérangement dans sa vie quotidienne.

Les hiérarques de Bruxelles n’en diront pas plus et François Hollande ne fera, lui non plus, pas retentir la voix de la France. Leur jeu dangereux favorise celui qui chaque jour devient un peu plus le tyran d’Ankara, sur lequel ils parient pour faire pièce à Moscou et Téhéran, sur lequel ils comptent pour amortir le flux des réfugiés. Erdogan, qui a aidé les tueurs de l’« État islamique », est à leurs yeux un pilier de l’Otan et sa complicité vaut bien de détourner la tête quand ce président veut, par la peur et la violence, forcer les urnes à lui donner les pleins pouvoirs.

Dimanche, la Turquie vote et les progressistes français ont les yeux rivés sur le score du HDP, ce parti d’une gauche anticapitaliste, altermondialiste, laïque, démocratique. C’est lui qui a mis en échec les tentatives d’Erdogan lors d’un précédent scrutin, il y a moins de deux mois. C’est lui qui est en travers de la marche à une dictature. C’est lui aussi qui peut renouer les fils avec les Kurdes pour tracer un chemin commun qui respecte les cultures. « Poignets en sang, dents serrées, pieds nus, / notre terre semblable à un tapis de soie, /cet enfer, ce paradis est le nôtre », écrivait le poète Nazim Hikmet. Il dépend d’abord des Turcs, mais aussi du courage des Européens, que la soie l’emporte sur le sang.

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