Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Salauds de vieux, dit Gaspard Koenig

Publié le par Daniel Sario

Cette tête à claques veut la peau des vieux.  Photo : Capture d'écran
Cette tête à claques veut la peau des vieux. Photo : Capture d'écran
L’ancien collaborateur de Christine Lagarde à Bercy mise sur les conflits de générations pour conforter la domination des exploiteurs sur tous les exploités, à commencer par les jeunes qu’il prétend défendre en stigmatisant leurs aînés. Par Gérard Le Puill

Connaissez-vous Gaspard Koenig ? Il écrivait les discours de Christine Lagarde quand cette dernière était la ministre des Finances dans le gouvernement Fillon. Il intervient désormais dans de nombreuses publications. Il est jeune, se revendique philosophe et dirige un cercle de réflexion qu’il a baptisé «Génération libre ». Sous le titre « Halte à l’arnaque générationnelle», il signe un « Libre propos » dans Les Echos de ce 14 octobre. Il nous dit que, dans le monde, la France « tombe au 41ème rang s’agissant des perspectives de la jeunesse, loin derrière l’Ouganda, l’Inde, le Mali ou encore la Colombie. Plus qu’ailleurs, les jeunes souffrent du chômage ou se contentent de faibles rémunérations, sans avoir voix au chapitre… ». Et de citer son semblable, Louis Chauvel, dont le catéchisme est archi connu dénonçant jusqu’à l’obsession un « Etat providence gérontophile hérité de la fin des Trente Glorieuses» qui fait des trentenaires « des Tanguy surdiplômés destinés à vivre dans des stages ou des emplois précaires».

Tout serait de la faute des plus de 55 ou 60 ans. A travers de tels discours, les classes sociales n’existent plus, les patrons du C40 sont de simples besogneux dont on tait chez Koenig les salaires mirobolants, les retraites chapeaux, les golden parachutes, les actions gratuites. Les paradis fiscaux demeurent des paradis cachés. Tout serait de la faute des plus de 55 ou 60 ans qui ont trimé toute leur vie et quel que soit leur niveau de vie. Actifs ou retraités, ils sont coupables des malheurs de la jeunesse, même et surtout quand ils les aident en tant que parents et grands-parents. Qu’ils aient un emploi ou non, ce sont des salauds de vieux tandis que le taux de chômage de seniors ne cesse d’augmenter dans ce pays. Bien entendu, Koenig ne démontre rien. Il cite encore et récite Chauvel, prétend parler au nom de tous les jeunes auxquels il finit par lâcher : «Pourquoi, au fond, continuer à rembourser les dépenses que nos aînés ont déjà consommées ? ». En effet, pourquoi ne pas en finir avec la Sécurité sociale 70 ans après sa mise en place à l’initiative du ministre communiste Ambroise Croizat ? Pourquoi défendre la retraite par répartition qui demeure le plus juste des systèmes bien qu’aujourd’hui sous alimenté du fait de chômage, de la précarité de l’emploi et des bas salaires. Au point que les pensions sont bloquées depuis trente mois dans un pays qui a connu 40 ans de délocalisations industrielles et d’emplois de services ?

Tuer le père ne suffit pas pour mettre fin à l’exploitation de l’homme par l’homme. Mais que gagneront les jeunes au bout du compte à pendre haut et court leurs aînés comme le suggère Gaspard Koenig ? Déjà la société du numérique pour laquelle ils s’adaptent en permanence est utilisée pour les exploiter davantage. De nouveaux intermédiaires du patronat campent sur des sites internet et autres applications pour distribuer le travail précaire au jour le jour, voire heure par heure. On le voit de plus en plus dans les métiers occupés par des « auto-entrepreneurs » dépendant de quelques marchands d’esclaves qui les font travailler pour deux fois rien, prélèvent au passage leur commission d’entremetteur-exploiteur et notent en plus ceux qui à leur yeux méritent de se faire embaucher heure après heure en fonction des besoins tandis que d’autres se font stigmatiser quand leur prestation ne donne pas entière satisfaction sur tel ou tel chantier. Tuer le père ne suffit pas pour mettre fin à l’exploitation de l’homme par l’homme. Et toute l’énergie de l’ancienne plume de Christine Lagarde vise à perpétuer cette exploitation. Avec un argumentaire abject.

Commenter cet article