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Charbon, gaz, pétrole, ce sera toujours plus d’ici 2040

Publié le par Daniel Sario

Une usine à charbon à Rommerskirchen dans l'ouest de l'Allemagne.  Photo Patrik Stollarz/AFP
Une usine à charbon à Rommerskirchen dans l'ouest de l'Allemagne. Photo Patrik Stollarz/AFP

A moins de trois semaines de l’ouverture de la conférence de Paris sur le climat, l’Agence Internationale de l’Energie nous dit que trois énergies fossiles fortement émettrices de gaz à effet de serre verront croître leur consommation dans le monde d’ici 2040. Par Gérard Le Puill


Peu d’informations ont filtré sur les conclusions des trois jours de discussions qui ont réuni les représentants de près de 70 pays à Paris du 8 au 10 novembre, dans ce qui devait être une « pré Cop 21». Laurent Fabius, qui présidait cette réunion, a communiqué un minimum, se contentant d’affirmer qu’un « compromis ambitieux est à notre portée », ajoutant que les représentants de ces pays à Paris se sont accordés sur « l’obligation absolue d’arriver à un succès», au terme des deux semaines de réunions qui se tiendront au Bourget en décembre.
En attendant, le monde des affaires vaque à ses occupations comme si de rien n’était. Une étude prospective de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publiée le 10 novembre indique dans son scénario central que le prix du baril de pétrole pourrait remonter à 80 dollars d’ici 2020, pour atteindre 128 dollars en 2040. Rappelons que le baril coûte moins de 50 dollars aujourd’hui, suite à la décision des pays du Golfe de pousser la production dans le but de ruiner leurs concurrents américains producteurs de pétrole de schiste. En dépit des efforts d’économie d’énergie annoncés dans les pays développés, l’AIE prévoit que la demande de pétrole continuera de croître de 900.000 barils par jour d’ici 2020. Cette hausse de la production ralentira ensuite en rythme annuel pour atteindre 103,5 millions de barils par jour en 2040 contre 91 millions de barils par jour en 2014.

Parallèlement, l’AIE prévoit que la consommation de gaz augmentera de 50% d’ici 2040 et que le gaz de schiste, qui libère beaucoup de gaz à effet de serre lors de son extraction, assurera 60% de cette croissance de la production. La demande de charbon augmenterait parallèlement de 0,4% par an d’ici 2040, contre une augmentation moyenne de 2,5% par an ces dernières années. Aujourd’hui, 60% du charbon extrait dans le monde sert à produire 41% de l’électricité également produite dans le monde. Cette part passerait 30% en 2040 dans le cadre d’une production électrique en forte hausse durant les 25 années qui nous séparent de cette date.

Si ces chiffres sont fiables, on voit mal comment pourrait s’amorcer d’ici 2020 et après la courbe des émissions de gaz à effet de serre pourtant indispensable pour maintenir le réchauffement sous les 2°C recommandés par les experts du GIEC. Nous touchons ici la contradiction majeure à laquelle se heurtent que les négociateurs de la Conférence de Paris: ils prétendent réduire les émissions de gaz à effet de serre sans toucher au pilotage de l’économie mondialisée par le marché spéculatif fondé sur une concurrence mortifère qui ne cesse de détruire du capital productif ; d’exiger en même temps une forte rémunération du capital financier ; d’’imposer parallèlement toujours plus de sacrifices au monde du travail dans un processus de production soumis en permanence au dumping social et environnemental.

Sans aller jusqu’à observer cette contradiction, le quotidien Les Echos de ce 12 novembre, donne à voir ce qu’il en est d’une certaine manière. Il publie une enquête d’un organisme qui se nomme « New Car Buyer Survey » sur l’âge moyen des particuliers qui achètent des voitures neuves en France. L’âge moyen d’un acheteur de voiture neuve était de 55,3 ans, cette année, contre 54,6 ans en 2014, 49,7 ans en 2005 et 43,7 ans en 1991. Avec 1.790.000 voitures neuves vendues en 2014, le marché a reculé de 11% par rapport à 2005. 45% des ces voitures ont été achetées en 2014 par des personnes de 56 ans et plus contre seulement 26% par les moins de 45 ans. Cela ne veut pas dire que l’on roule moins en voiture individuelle car 5.400.000 voitures d’occasion ont été vendues en France en 2014.

D’une façon générale, les jeunes travailleurs sont trop pauvres pour acheter une voiture neuve dans un pays ou la précarité de l’emploi réduit le pouvoir d’achat d’un nombre croissant de ménages. Voilà aussi une donnée qui complique la faisabilité de solutions mises en avant par le gouvernement et par certaines associations comme par exemple la mise au rebut du diesel ou la promotion de la voiture électrique. Surtout que les politiques de substitution sont aussi émettrices de gaz à effet de serre à travers le processus de production de véhicules supplémentaires qui seront trop chers pour ceux qui en auraient le plus besoin.
Mieux vaudrait donc développer les transports publics et aider financièrement le covoiturage pour se rendre au travail partout où cela est possible si nous voulons lutter efficacement contre le réchauffement climatique.

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