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COP21 : l'urgence d'un accord juste et équitable

Publié le par Daniel Sario

Photo Benoît Tessier- Reuters
Photo Benoît Tessier- Reuters

À Paris, il ne suffira pas de signer un accord. Il faudra signer un accord efficace et porteur de justice climatique. Les principaux points d’achoppement concernent l’accélération des ambitions ou encore les financements adressés aux pays du Sud. Par Marie-Noëlle Bertrand

Beaucoup l'affirment : le plus dur à Paris, ne sera pas tant d'obtenir un accord que d'obtenir un accord juste et efficace. A quelles conditions pourra-t-il être jugé comme tel ? Décryptage à l'aune de ce qui a déjà été produit et des brouillons posés sur la table.

1. Le temps pour épée de Damoclès. Le temps c'est évidemment celui de l'urgence. Le GIEC, Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, estime que, pour avoir un maximum de chances de limiter le réchauffement à 2°C (à fortiori à 1,5°C, comme continuent de le revendiquer les pays les plus vulnérables), nous ne devons pas émettre plus de 1000 gigatonnes carbone anthropique (liés aux activités humaines). Or, il estime aussi, que, depuis 1870, nous avons déjà généré plus de 500 Gt de CO2. Autrement formulé, notre "budget carbone planétaire" est largement entamé. Il nous faut donc l'économiser. Il nous faut surtout le faire vite : au rythme des émissions actuelles, les scientifiques estiment que ce budget sera épuisé avant 2030, avec des effets irréparables sur les écosystèmes et les sociétés humaines.

Mais il ne suffit pas uniquement de presser le pas, encore faut-il partager ce budget de façon équitable et solidaire. Tous les pays n'ont pas les mêmes besoins -ceux en développement ont, par définition, celui de se développer, donc de continuer à émettre, au moins pendant un certain temps. De même tous les pays n'ont pas la même responsabilité climatique : les pays riches (15% de la population mondiale), dont la croissance s'est appuyée sur les énergies fossiles, cumulent 64% des gaz à effet de serre émis depuis 1870. A l'inverse, les pays les plus pauvres (20% de la population mondiale) ne sont responsables que de 2% de ces mêmes émissions Entre les deux, on trouve les pays émergents -exemple type : la Chine. Ces derniers ne portent certes la même responsabilité historique que les pays industrialisés. Mais ils comptent aujourd'hui parmi les principaux émetteurs de gaz à effet de serre (GES) de la planète. Trouver le bon équilibre entre besoin et responsabilité : c'est donc l'autre défit de l'accord qui sera signé à Paris.

2. L'impératif d'accélérer les ambitions. Depuis la conférence de Copenhague, en 2009, le processus de négociations s'appuie non plus sur la contrainte, mais sur le volontariat : chaque Etat décide de ses objectifs de réduction de GES. Il y a deux ans, les pays se sont ainsi engagés à présenter chacun une contribution en amont de la COP21. Pour ceux en développement, il s'agit de définir des plans de développement le moins dépendants possible des énergies fossiles. Pour les pays industrialisés, il s'agit d'accélérer sans attendre le rythme de réduction des émissions des gaz à effet de serre. Pour l'heure, 183 pays sur 195 ont remis leur copie. manquent encore à l'appel un certain nombre de pays producteur de pétrole. pour tous les autres, le décompte est désormais établi : cumulés, les engagements posés sur le tapis conduisent à un réchauffement global de 3°C, voire plus, d'ici à la fin du siècle, soit bien au-delà des 2°C auxquels se sont engaés les Etats en 2009.

Accélérer le processus ? "C'est l'une des questions clés des négociations de Paris", note Thomas Spencer, de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Tout repose désormais sur "un mécanisme d'ambition", en balance dans le texte. ce qu'il doit contenir est clair : d'abord un calendrier fixant aux pays l'obligation de se retrouver tous les cinq ans à partir de 2020, date d'entrée en vigueur de l'accord. Mais également, l'obligation d'opérer une revue de leurs contributions dès 2018, afin d'en évaluer la portée au plus vite. Les pays semblent sur le point de tomber d'accord sur ces échéances. Reste que rien ne les oblige à revoir leurs engagements à la hausse. "Il va être difficile d'obtenir ce type d'obligation, reprend Thomas Spencer. Il y a plus de chanceque cela soit formulé sous forme d'invitation, c'est sur cette base que l'on parvient à avancer", note t-il, en référence au fait que les Etats-Unis, l'Inde ou encore la Chine sont prêtsd à intégrer le processus. Mais d'autres le relèvent : c'est précisément ce système de volontariat qui aboutit au fait que les contributions, à ce jour, restent insuffisantes.

3. Les financements, l'engagement déterminant. A quel point les pays du Nord seront-ils prêts à soutenir financièrement ceux du Sud ? C'est l'autre élément clé qui déterminera le succès de l'accord signé à Paris. On s'en souvient : en 2009, pour sauver la face d'une conférence virée à l'eau de boudin, les pays industrialisés s'étaient engagés à leur verser 10 milliards de dollars par an sur trois ans, puis à porter progressivement cette somme à 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020. Ces promesses continuent de faire polémique. "Plusieurs études indépendantes montrent que seuls 7 milliards de dollars par an d'argent public ont été versés au cours des trois premières années", relève Tosi Mpanu-Mpanu, négociateur de la République démocratique du Congo et qui présidera le groupe des pays les moins avancés (PMA) lors de la COP21.

De même, si l'OCDE estime qu'en 2014, les pays du Nord ont versé 62 milliards de dollars à ceux du Sud, ces derniers contestent ce décompte là aussi. "Personne ne s'est mis d'accord sur la façon dont on définissait un financement climat", reprend Tosi Mpanu-Mpanu. Doit-on comptabiliser les prêts ou seulement les dons ? L'argent privé au même titre que le public ? La question n'est pas anodine, quand elle détermine en partie la façon dont seront fléchés les fonds. "Je sais, par exemple, que l'argent privé ne financera pas l'adaptation de mon pays : c'est un secteur qui ne permet pas de retour sur investissement, or le privé n'investit jamais à fonds perdus", conclut Tosi Mpanu-Mpanu. Outre leur nature, le montant des sommes qui seront alloués, après 2020, est lui aussi en débat. Entre autres questions, celle de savoir si les 100 000 milliards par an feront office de plancher ou de plafond.

4. L'efficacité sera dans les détails. D'autres points clés de l'accord seront déterminants. Invitera-t-il (obligera-t-il?) les pays à cesser d'investir dans les énergies fossiles, jugées responsables de 80% des émissions de CO2 et dont le GIEC estime qu'il faudrait laisser 80% des réserves connues là où elles sont ? De la même manière, ciblera-t-il le principe d'une juste transition, garantissant le droit des peuples, des femmes et celui des travailleurs ? Le projet d'accord actuellement sur la table avance ces options. reste à savoir si elles seront toujours là dans quinze jours.

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