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Mauvais suspens pour les dernières heures de la COP21

Publié le par Daniel Sario

Lancement de la COP 21 en janvier 2015. Le résultat risque d'être décevant.
Lancement de la COP 21 en janvier 2015. Le résultat risque d'être décevant.

Laurent Fabius promet de dévoiler le texte de l’accord ce samedi 12 décembre. Mais on sait déjà que le contenu n’est pas en phase avec les objectifs retenus pour limiter le réchauffement à moins de 2°C. Par Gérard le puil

Ce vendredi midi, Laurent Fabius, qui préside depuis deux semaines les travaux de la COP21a cru devoir déclarer avec beaucoup d’assurance : « A l’issue des consultations que je vais avoir, je serai en mesure, demain à 9H00, de présenter à l’ensemble des parties un texte qui, j’en suis sûr, sera approuvé et sera un grand pas en avant pour l’ensemble de l’humanité. Nous sommes presqu’au bout du chemin, je suis optimiste. Nous avons beaucoup travaillé ces jours derniers et ce matin encore, nous avons terminé le travail à 6H00 du matin».

On se demande comment faut-il interpréter cet optimisme au terme de deux semaines de discussions caractérisées par la rétention permanente d’information sur l’évolution des débats ? Surtout que Matthieu Orphelin, de la Fondation Nicolas Hulot, déclarait le matin même : « la nuit a été rude. Au lieu d’avancer vers des compromis, chaque pays s’est plutôt retranché derrière ses positions». Qui faut-il croire ?

On nous dit que le projet d’accord fixe un objectif de réchauffement de la planète « bien en deçà » de 2°C que demandait le GIEC et qu’il y aura « la poursuite des efforts pour limiter la hausse à 1,5°C ». Mais ce dernier chiffre semble avoir été concédé aux pays déjà fragilisés face aux conséquences du réchauffement pour obtenir leur signature au bas du texte final. Ce qui a conduit Jean-Charles Hourcade, spécialiste de l’économie appliqué au CNRS à déclarer : « On sait parfaitement qu’un objectif de 1,5°C de réchauffement ne peut être tenu. Un accord affichant un tel objectif risquerait de décrédibiliser l’ensemble du processus des négociations climatiques».

On sait aussi que toute idée de taxe carbone a été abandonnée en cours de route. Certes, une taxe carbone peut être la meilleure des choses ou être porteuse d’effets pervers selon l’usage que l’on en fait. Si elle taxe les énergies fossiles les plus polluantes à la source, en affectant le produit de la taxe pour financer des politiques d’isolation des bâtiments et de développement des énergies renouvelables, elle peut grandement contribuer à réduire des émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais si le produit d’une telle taxe est prélevé sur le salarié qui a besoin de sa voiture pour se rendre au travail faute d’alternative par les transports publics, on accentue les inégalités sociales. Notons aussi que l’Arabie saoudite s’est le plus opposée à cette taxe carbone alors que ce pays est le premier responsable de la baisse du prix du pétrole dans le cadre d’une stratégie d’ouverture des vannes visant à ruiner quelques uns de ses concurrents.

S’agissant maintenant de la « différenciation » dans l’atténuation des émissions de GES en fonction du niveau de développement des pays, rien de semblait acquis au terme de la nuit de négociation de jeudi à vendredi. Il faudra attendre ce samedi matin pour savoir si des dates sont données pour inverser la courbe des émissions des différents pays selon le niveau de développement ; mais aussi pour savoir s’il y aura un calendrier avec des objectifs chiffrés et précis de réduction des GES tous les cinq ans, bien qu’il se dit que le principe d’une révision obligatoire des objectifs nationaux est acté.

S’agissant enfin des 100 milliards de dollars par an à collecter pour aider les pays pauvres à mettre en place des économies faiblement émettrice de carbone , rien ne semblait acquis s’agissant de la répartition de cet effort, les Etat Unis, l’Union européenne et l’Australie demandant que des pays comme le Brésil, la Chine et l’Inde participent aussi à ce financement .

Le 5 décembre, François Hollande avait pris la parole pour souhaiter un compromis. Il avait aussi lancé cet avertissement : « je demande à ceux qui voudraient viser trop haut de faire attention à ne pas avoir raison tout seuls». Il faudra attendre le texte afin de juger sur pièces. Mais il apparait déjà que le chef de l’Etat et son ministre des Affaires étrangères voulaient un accord à tout prix, cet accord fut-il très en deçà de ce qu’il convient de faire dès à présent pour freiner le réchauffement.

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