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Régionales. La grande arnaque du projet des Le Pen et cie

Publié le par Daniel Sario

De Sarkozy à Le Pen… la surenchère sur les thèses extrêmes a ouvert la porte au pire.  Photo : Maxime Jegat/IP3
De Sarkozy à Le Pen… la surenchère sur les thèses extrêmes a ouvert la porte au pire. Photo : Maxime Jegat/IP3

Opposé aux pouvoirs locaux, austéritaire et pro-patronat : le FN n’est pas ce qu’il prétend être. Il entend s’emparer des leviers du pouvoir local pour expérimenter sa politique en attendant 2017 : taille dans les services publics, les politiques culturelles et le secteur associatif. Par Adrien Rouchaleou

Personne n’est dupe, les régions n’intéressent pas vraiment le Front national. Pour Marine Le Pen, les élections régionales ne sont qu’une étape pour patienter avant la présidentielle de 2017, son seul réel objectif. Elle tourne sa langue dans sa bouche avant de parler, cache sous le tapis ses positions les plus insupportables pour mieux les ressortir plus tard. Elle sait que ses électeurs, non plus ne sont pas motivés par des enjeux régionaux, et c’est ce qui a permis au FN d’arriver en tête du scrutin de dimanche dernier avec un programme construit sur du vent, mais néanmoins extrêmement dangereux pour les citoyens des régions aujourd’hui menacées d’être dirigées pour les six ans à venir par le parti d’extrême droite. Non que le FN de Marine Le Pen se désintéresse des questions locales et a fortiori régionales. Dans son programme national, c’est une véritable condamnation des collectivités territoriales qui est théorisée.

Dans le programme du FN, le transfert de certaines responsabilités à l’échelon local s’y résume à « un creusement des inégalités entre les territoires et les Français, une complexité accrue de la décision publique, une corruption aggravée et la reconstitution de féodalités locales dépensières au détriment d’un État stratège ». A contrario, le FN se présente en parti extrêmement centralisateur (pour ne pas dire totalitaire). Ainsi, il se propose dans un premier temps d’affaiblir les collectivités en leur ôtant des moyens (« baisse de 2 % des dotations de l’État aux conseils généraux et conseils régionaux, assortie d’une interdiction législative d’augmenter les impôts locaux pour les collectivités concernées »), mais aussi d’imposer une tutelle du pouvoir central sur l’utilisation du peu de fonds qu’il leur resterait. On peut en effet lire dans le projet du FN qu’il prône un « rétablissement du contrôle de légalité a priori de l’État sur les engagements de dépense supérieurs à un pourcentage du budget annuel de la collectivité territoriale qui sera défini par une loi ». Le FN ne s’en cache pas (même s’il ne le met pas en avant le temps de la campagne), il vise un « transfert progressif à l’État des compétences relatives aux transports régionaux et à l’action économique » (de fait, les deux compétences principales des régions), c’est-à-dire l’éloignement des centres de décision de la réalité du terrain. Un comble pour un parti qui se complaît à dénoncer sans cesse le « parisianisme » des élites !

Qui dit baisse des ressources dit forcément baisse des services. Dans son projet, Marine Le Pen souhaite donc obliger les collectivités à « présenter chaque année au préfet de leur département (...) un plan impératif de réduction ou de stabilisation de leurs effectifs ». Un plan finalement pas si « antisystème », puisqu’il s’inscrit dans la droite ligne des politiques d’austérité menées au niveau national tant par Sarkozy que par les gouvernements de François Hollande, par lesquelles les collectivités ont toujours été présentées comme trop dépensières.

Haro sur les associations et la démocratie locale

Évidemment, les candidats frontistes ont d’autres idées pour faire « des économies ». Ils ne cessent de le répéter depuis des mois : les régions distribuent trop de subventions aux associations… Enfin, aux associations qui n’ont pas l’heur de leur plaire. Ainsi peut-on trouver dans le projet de Marion Maréchal-Le Pen en région Paca l’affirmation de sa volonté d’une « suppression des subventions versées aux associations communautaristes et aux organismes d’aide à l’immigration clandestine ». Outre le fait qu’un organisme « d’aide à l’immigration clandestine » ne peut exister et encore moins recevoir de subventions puisqu’il serait par essence illégal, on peut imaginer que, dans l’esprit frontiste, cette définition pourrait couvrir aussi bien le Mrap que des organisations comme la Croix-Rouge, qui vient en aide aux migrants parqués dans la « jungle » de Calais. Quant aux « communautarismes », tous ne sont pas visés. Marion Maréchal-Le Pen, qui souhaite créer une « vice-présidence à l’identité », est plus précise que cela dans son programme, visant explicitement le « communautarisme étranger ». Dans le même temps, elle prône « l’affirmation de nos traditions populaires et de notre héritage civilisationnel, notamment en installant des crèches dans l’ensemble des bâtiments de la région en période de Noël ». Sûr que les citoyens de Paca gagneraient à cette pure provocation « identitaire ».

Outre les associations antiracistes (car c’est bien de cela qu’il s’agit), la Le Pen de troisième génération a annoncé face aux militants de la Manif pour tous son intention de couper toute subvention au Planning familial, car elle « considère qu’aujourd’hui, ce sont des associations politisées, on le sait bien, et elles véhiculent une banalisation de l’avortement », ce à quoi elle oppose une « responsabilisation des femmes » (sic), oubliant qu’une femme ne tombe pas enceinte seule. Certes, par cette proposition, elle a un peu gêné sa tante et le candidat d’extrême droite en Île-de-France, Wallerand de Saint-Just, qui s’est fait siffler par d’autres militants de la Manif pour tous en leur confiant avoir « considéré qu’il n’y avait pas lieu d’en parler en 2015 ». Loin d’un démenti…

Haro sur la culture et la création

Évidemment, le FN est aussi connu pour ses attaques permanentes contre les milieux culturels. La lettre de Marine Le Pen aux artistes n’a trompé personne. « Contrairement à ce qu’on a pu entendre, nous n’avons pas pour ambition de baisser le budget de la culture, assure la fille de son père. En revanche, nous souhaitons une culture populaire pour mettre en valeur notre patrimoine. »

Si l’on se base sur l’action culturelle dans les municipalités déjà passées sous le joug frontiste, on peut se faire une idée de la conception de la culture populaire que promeut le FN : entre messe menée par des prêtres intégristes dans les arènes de Béziers (dont le maire est Robert Ménard), l’organisation de conférences des têtes pensantes de la droite extrême (Laurent Obertone, Éric Zemmour) dans la même ville, ou même l’organisation d’un concert du groupe néonazi In Memoriam par le maire de Fréjus, Stéphane Ravier. Quand elle entend « art contemporain », Maréchal-Le Pen sort son revolver : « Dix bobos qui font semblant de s’émerveiller devant deux points rouges sur une toile, car le marché de la spéculation a décrété que cet artiste avait de la valeur, n’est pas franchement ma conception d’une politique culturelle digne de ce nom. » Un mot de plus et il y a tout à parier qu’elle aurait parlé d’art dégénéré. En tous les cas, la candidate veut y opposer sa version de l’art héroïque : un « grand projet de spectacle historique régional inspiré du parc du Puy du Fou »

Un parti « probusiness » pour les patrons

Mais si le FN tient tant à faire des économies, ce n’est pas pour rien. En tout cas pas pour tout le monde. Car si le FN aime à se présenter (et surtout qu’on le présente) comme antilibéral, son programme est étrangement « probusiness », comme dirait l’autre. Et si, dans l’absolu, il veut retirer le développement économique des mains régionales, il n’oublie pas qu’il est à ce jour la principale compétence des régions. Et il choisit son camp : « Nous voulons placer la région aux côtés des entrepreneurs. Nous pensons qu’à une forme de fatalisme économique (« c’est la crise ! ») doit répondre un véritable volontarisme politique. » « Lorsqu’elles accèdent aux responsabilités, les extrêmes droites renoncent au volet social ‘‘subversif’’ de leur discours et soutiennent une politique libérale, à condition que soient menées des politiques de lutte contre l’immigration et de fierté nationale », constatait le spécialiste Nicolas Lebourg, il y a quelques jours, dans Libération. C’est encore une fois en Paca qu’on trouve la vérité des prix dans la politique que prévoit de mettre en œuvre le FN. « Cent millions d’euros sont actuellement réservés aux entreprises. C’est moins que l’aide aux associations. Nous, nous prévoyons de débloquer cinq cents millions d’ici à la fin de notre mandat. » Pierre Gattaz a beau jouer les vierges effarouchées, il a tout à gagner à une victoire du FN…

Il n’y a pas beaucoup à creuser pour démontrer que le projet du FN pour les régionales est fondamentalement un mensonge. Mais ce n’est qu’un pas. Les ressorts du vote d’extrême droite sont hélas bien plus complexes et bien moins rationnels. Il est fondamental d’éviter le pire dimanche, mais sans perdre de vue que la bataille pour laquelle l’ennemi se prépare se déroulera en 2017.

  • Le Front national, premier parti de France chez les petits patrons, artisans et commerçants. Si le vote des ouvriers et des employés en faveur du FN a été maintes fois pointé du doigt, rares sont les commentateurs qui font état de celui, massif, des petits patrons, artisans et commerçants. Au premier tour des régionales, ils ont été 40 % à choisir le FN, selon l’étude de l’Ifop datée du 6 décembre. Même constat pour l’institut lors d’un sondage réalisé un an plus tôt. À la question « quel est, selon vous, le parti politique le plus proche des préoccupations des Français », chez les patrons de TPE, le FN obtient 49 % de réponses positives, contre 32 % pour l’UMP et seulement 17 % au PS.

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