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Un vote de barrage au FN qui profite à la droite

Publié le par Daniel Sario

Dessin d'Aurel dans Politis
Dessin d'Aurel dans Politis

La participation en nette hausse, ce soir, a permis d’écarter l’extrême droite de la présidence de régions. Un sursaut citoyen que la gauche paie au prix fort, avec la perte d’environ la moitié des régions qu’elle dirigeait au profit des listes de droite, selon les premiers résultats disponibles à vingt heures. Par Sébastien Crépel

C’est un tir de correction du premier tour, en forme de sursaut citoyen pour faire barrage au Front national, mais qui penche fortement à droite, qu’a émis hier une partie des citoyens dans les urnes. Le premier fait politique du scrutin est d’abord la hausse de la participation, supérieure de huit à neuf points à celle du premier tour (58,5 %, contre 49,9 % dimanche dernier) et de sept points à celle du deuxième tour des régionales de 2010 (51,2 %). Les résultats du 6 décembre, qui avaient placé le FN en tête dans six régions sur treize (Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Provence-Alpes-Côte d’Azur), avec des chances de l’emporter sur le papier dans plusieurs d’entre elles, ont créé un électrochoc dans une partie de l’électorat, décidé à ne pas laisser triompher le parti des Le Pen.

Un soulagement pour les progressistes qui se paie au prix fort

Les estimations disponibles hier à 22 heures confirmaient le sens de cette mobilisation : aucune région ne tomberait dans l’escarcelle de l’extrême droite, qui serait nettement battue en Nord-Pas-de-Calais-Picardie (57,5 %, selon l’Ifop, à Xavier Bertrand, contre 42,5 % à Marine Le Pen), Paca (54,5 % à Christian Estrosi, selon l’Ifop, contre 44,5 % à Marion Maréchal-Le Pen), Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine (48,4 %, selon TNS-Sofres, au LR Philippe Richert, contre 36,4 % au FN Florian Philippot et 15,2 % au divers gauche Jean-Pierre Masseret). C’est un soulagement pour tous les progressistes et les démocrates, mais qui se paie au prix fort : dans deux régions où le PS a retiré ses listes au second tour en favorisant le rassemblement sur les listes de droite arrivées devant les siennes au premier tour (Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Provence-Alpes-Côte d’Azur), aucun élu de gauche ne siégera pour faire contrepoids à la droite de Xavier Bertrand et Christian Estrosi, lesquels devraient être portés à la tête de ces assemblées que la gauche dirigeait respectivement depuis 1986 et 1998.

Si le FN accuse le coup, sa présidente ayant escompté au moins un succès pour crédibiliser sa candidature à la présidentielle de 2017, il n’en reste pas moins que son score reste exceptionnellement haut, surtout pour un deuxième tour. Qualifié pour la première fois dans toutes les régions (il n’avait réussi à se maintenir que dans douze régions sur 22 en 2010), il aurait obtenu près de 29 % des voix hier, soit davantage que les 27,7 % recueillis il y a huit jours. Hier, Marine Le Pen a masqué sa déception en évoquant « un bipartisme qui va désormais organiser la vie politique », selon elle : les « mondialistes contre les patriotes. Cette distinction sera le grand enjeu, le grand choix politique de la présidentielle ».

Emmanuel Valls veut continuer comme avant

Le premier ministre, Manuel Valls, a de son côté affirmé ne tirer « aucun soulagement, aucun triomphalisme » de la mobilisation des électeurs qui « ont répondu à un appel très clair, net, courageux, celui de la gauche qui appelait à faire barrage à l’extrême droite ». On retiendra surtout qu’il a d’emblée écarté tout changement de politique au plan national, estimant que le résultat d’hier l’« oblige à agir sans relâche, plus vite, pour obtenir plus de résultat ».

Une lecture pour le moins optimiste des résultats. Car, si le danger FN a été écarté des exécutifs régionaux grâce à la mobilisation des abstentionnistes du premier tour, c’est essentiellement au profit de la droite, qui fait mieux que ce que lui laissait espérer son score de premier tour (31,7 %). Avec 40 à 41 % des voix au plan national, elle semblait en mesure de remporter sept régions sur treize, parmi lesquelles, outre Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Paca, la région Auvergne-Rhône-Alpes (41,3 %, à Laurent Wauquiez, contre 36,3 % à Jean-Jack Queyranne et 22,4 % au FN), la Normandie (36,4 % à Hervé Morin, 36,1 % à la gauche et 27,5 % au FN), les Pays de la Loire (42,3 % pour Bruno Retailleau, selon Ipsos, devant le PS Christophe Clergeau, à 37,1 %, et le FN, à 20,6 %), et surtout l’Île-de-France, qui constitue la plus belle prise de la droite, avec le succès de la liste de Valérie Pécresse (43,6 % contre 41,9 % à Claude Bartolone et 14,5 % au FN).

La droite dans le piège FN

Il n’empêche que, même si elle apparaît comme la gagnante de cette élection, la droite n’a pas soldé les débats qui l’ont agitée dans l’entre-deux-tours quant à l’attitude à adopter face au risque FN dans les régions, ni la « dette » qu’elle a désormais contractée auprès des électeurs de gauche. « Si les électeurs avaient appliqué le ni-ni (ni PS ni FN, ligne de conduite prônée par Nicolas Sarkozy et adoptée par la direction des « Républicains » – NDLR), nos candidats en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Paca auraient été battus, a ainsi taclé Nathalie Kosciusko-Morizet (LR). Je suis heureuse qu’au contraire, les électeurs n’aient pas appliqué le ni-ni… » En filigrane, la question de la stratégie de la droite, qui n’a cessé de courir après les idées du FN, accentuant le transfert de ses électeurs à l’extrême droite, est posée.

Avec à peine 30,6 % des voix, la gauche enregistre quant à elle une vraie contre-performance, ses résultats confirmant – et même amplifiant – l’érosion observée au premier tour (37,5 %, contre… % six ans plus tôt). Ses listes, toutes conduites par le PS – sauf en Corse, où le divers gauche Paul Giacobbi était aux commandes – et rassemblant cette fois toutes les autres composantes de la gauche en capacité de fusionner entre les deux tours (Front de gauche et/ou Europe écologie-les Verts, sauf en Bretagne où PS et EELV n’ont pas trouvé d’accord), obtiennent un score très éloigné du second tour des régionales de 2010 (54 % des voix toutes listes confondues il y a cinq ans) et même inférieur à celui du second tour des départementales de 2015, où ses candidats avaient recueilli seulement 32,1 % des voix (contre 45 % à la droite et 22,3 % au FN). Son désistement dans deux régions très peuplées a évidemment lourdement pesé, puisque son score remonterait à 37 %, à égalité avec la droite (tandis que le FN serait à 26 %) dans les seules dix régions où ses listes restaient en lice.

La gauche conserverait ainsi cinq régions sur treize, dont Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes (44,3 % pour Alain Rousset contre 34,1 % à la candidate « LR » Virginie Calmels et 21,7 % au FN), Bourgogne-Franche-Comté (34,7 % pour Marie-Guite Dufay contre 32,9 % pour François Sauvadet et 32,4 % au FN), la Bretagne, où la liste de Jean-Yves Le Drian est arrivé largement en tête avec 51,4 % des voix, Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (44 % à Carole Delga, 33 % au FN Louis Aliot et 22 % à Dominique Reynié) et Centre-Val de Loire (35,4 % pour François Bonneau, 34,6 % pour Philippe Vigier et 30 % au FN). Pour le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, qui s’exprimait hier au micro d’Europe 1, ces élections montrent que « ce n’est pas seulement à une inflexion, mais un vrai changement de cap auquel il faut se livrer ». « Derrière tous ces résultats, il y a un pays angoissé par le chômage et la précarité. C’est à cela qu’il faut s’attaquer. »

Un autre bouleversement politique est survenu en Corse, avec la victoire surprise des nationalistes, qui ont arraché l’Île de beauté à la gauche et la dirigeront pour la première fois.

Les résultats en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon.

En devenant à 44 ans la deuxième plus jeune des présidents de région de France, la socialiste Carole Delga confirme la mainmise historique de la gauche sur Midi-Pyrénées et Languedoc­Roussillon. Elle l’emporte avec un score de 44,81 %, alors qu’elle n’avait obtenu que 24,41 % au premier tour, devant le FN de Louis Aliot (33,87 %) – qui n’avait atteint que 9,44 % en Midi-Pyrénées en 2010 – et la liste LR conduite par Dominique Reynié (21,32 %). Avec 62,02 %, la participation est en hausse de 10 points par rapport au dimanche précédent. Mme Delga va diriger un territoire politiquement coupé en deux. Arrivée en tête dans tous les départements de Midi-Pyrénées, sa liste de large union de la gauche – PS, PRG, MRC, EELV, PCF, Front de gauche, Régionalistes – est devancée dans deux des cinq départements de Languedoc-Roussillon par celle du FN. Celui-ci réalise des scores très élevés dans le Gard (42,62 %) ou les Pyrénées-Orientales (43,97 %). Si Mme Delga inverse la tendance du premier tour en Aveyron, en Lozère et dans l’Aude, elle doit aussi peut-être sa victoire au maintien de la liste de M. Reynié, qui améliore de 2,48 points son score du premier tour (18,84 %).

Les résultats dans l'Hérault. Carole DELGA (Union de la Gauche) 41,99 %. Louis ALIOT ( Front National) 38,84 %. Dominique REYNIÉ (Union de la Droite) 19,17 %

Balaruc-les-Bains. La liste Front National conduite par M. Louis ALIOT était en tête des suffrages avec 47,61 %. Les autres listes (liste Union de la Gauche) et liste Union de la Droite) menées par Mme Carole DELGA et M. Dominique REYNIÉ ont recueilli respectivement 34,69 % et 17,7 % des voix. Dans cette localité, 36,09 % des inscrits ne sont pas allés voter.

Balaruc-le-vieux. la liste Front National conduite par M. Louis ALIOT est arrivée en tête du scrutin, avec 52,5 % des suffrages exprimés. Elle a devancé la liste Union de la Gauche de Mme Carole DELGA qui a obtenu 31,8 % et la liste Union de la Droite de M. Dominique REYNIÉ, qui a recueilli 15,7 % des voix. Dans cette localité, 33,1 % des inscrits ne sont pas allés voter.

Frontignan. les électeurs ont voté en majorité pour la liste Front National de M. Louis ALIOT (46,35 % des voix). Elle a devancé la liste Union de la Gauche de Mme Carole DELGA qui a obtenu 39,32 % et la liste Union de la Droite de M. Dominique REYNIÉ, qui a recueilli 14,33 % des voix. Dans cette commune, 39,34 % des inscrits ne sont pas allés voter.

Gigean. Le Front National de M. Louis ALIOT était en tête du scrutin, créditée de 46,66 % des suffrages. Elle a devancé la liste Union de la Gauche de Mme Carole DELGA qui a obtenu 36,78 % et la liste Union de la Droite de M. Dominique REYNIÉ, qui a recueilli 16,55 % des voix. Dans cette localité, le taux d'abstention a atteint 41,14 %.

Mireval. Le Front National de M. Louis ALIOT est arrivée en première position avec 43,85 % des voix. Elle a devancé la liste Union de la Gauche de Mme Carole DELGA qui a obtenu 35,09 % et la liste Union de la Droite de M. Dominique REYNIÉ, qui a recueilli 21,07 % des voix. Le taux d'abstention pour ce second tour a été de 37,32 % dans cette commune.

Vic-la-Gardiole. La liste Front National conduite par M. Louis ALIOT était en tête des suffrages avec 49,7 %. Les autres listes (liste Union de la Gauche) et liste Union de la Droite) menées par Mme Carole DELGA et M. Dominique REYNIÉ ont recueilli respectivement 35,13 % et 15,16 % des voix. Dans cette localité, 42,36 % des inscrits ne sont pas allés voter.

Sète. La liste Front National de M. Louis ALIOT était en tête du scrutin, créditée de 41,4 % des suffrages. Les autres listes (liste Union de la Gauche) et liste Union de la Droite) conduites par Mme Carole DELGA et M. Dominique REYNIÉ ont recueilli respectivement 38,44 % et 20,16 % des voix. Le taux d'abstention pour ce second tour a été de 39,25 % dans cette commune.

Mèze. La liste Front National de M. Louis ALIOT était en première position avec 51,61 % des voix. Les autres listes (liste Union de la Gauche) et liste Union de la Droite) conduites par Mme Carole DELGA et M. Dominique REYNIÉ ont obtenu respectivement 33,13 % et 15,26 % des voix. Dans cette localité, le taux d'abstention a été de 39,19 %.

Poussan, La liste Front National conduite par M. Louis ALIOT était en tête des suffrages avec 41,49 %. Les autres listes (liste Union de la Gauche) et liste Union de la Droite) conduites par Mme Carole DELGA et M. Dominique REYNIÉ ont recueilli respectivement 39,34 % et 19,16 % des voix. Dans cette localité, le scrutin a été marqué d'un taux d'abstention de 44,73 %.

Villeveyrac. La liste Front National conduite par M. Louis ALIOT était en tête des suffrages avec 50,07 %. Les autres listes (liste Union de la Gauche) et liste Union de la Droite) conduites par Mme Carole DELGA et M. Dominique REYNIÉ ont obtenu respectivement 34,79 % et 15,15 % des voix. Dans cette localité, 36,52 % des inscrits ne se sont pas présentés aux urnes.

Bouzigues. La liste Front National de M. Louis ALIOT était en tête du scrutin, créditée de 49,94 % des suffrages. Elle a devancé la liste Union de la Gauche de Mme Carole DELGA qui a obtenu 28,59 % et la liste Union de la Droite de M. Dominique REYNIÉ, qui a recueilli 21,47 % des voix. Dans cette localité, 34,86 % des inscrits se sont abstenus.

Loupian. les électeurs ont voté en majorité pour la liste Front National de M. Louis ALIOT (44,7 % des voix). Elle a devancé la liste Union de la Gauche de Mme Carole DELGA qui a obtenu 40,44 % et la liste Union de la Droite de M. Dominique REYNIÉ, qui a recueilli 14,87 % des voix. Dans cette localité, le taux d'abstention a été de 34,75 %.

Marseillan. la liste Front National de Louis ALIOT obtient 50,9 % des voix. Les autres listes (liste Union de la Gauche) et liste Union de la Droite) menées par Mme Carole DELGA et M. Dominique REYNIÉ ont obtenu respectivement 29,25 % et 19,86 % des voix. Le taux d'abstention pour ce second tour a été de 40,08 % dans cette commune.

Montagnac. Avec un score de 42,08 % des voix, la liste Union de la Gauche de Carole DELGA est arrivée en tête du scrutin. Les autres listes (liste Front National) et liste Union de la Droite) conduites par M. Louis ALIOT et Dominique REYNIÉ ont recueilli respectivement 41,63 % et 16,29 % des voix. Dans cette localité, 37,12 % des inscrits se sont abstenus.

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