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Affaire Kerviel : une enquête "manipulée par la Société générale"

Publié le par Daniel Sario

Affaire Kerviel : une enquête "manipulée par la Société générale"
Alors que Jérôme Kerviel demande ce lundi une révision de son procès, est publié un enregistrement d’une magistrate qui dénonce une enquête sous pression, bien trop favorable à la Société Générale.

Mediapart et 20 Minutes publient des extraits d’un enregistrement d’une magistrate, dans lesquels il est clairement fait mention que l’enquête concernant la Société Générale dans l’affaire Kerviel a été « manipulée ». Dans ces documents, la magistrate Chantal de Leiris discute avec Nathalie Le Roy, la policière de la Brigade financière qui avait été en charge de l'enquête et a elle-même exprimé ses doutes sur le dossier, et qui l'a enregistrée à son insu lors d'une conversation en juin 2015. « Quand vous en parlez, tous les gens qui sont un peu dans la finance, ils rigolent, sachant très bien que la Société générale savait. (...) La Société générale savait, savait, c'est évident, évident » , avance la magistrate. Concédant avoir "toujours obéi", alors qu'"ils savent bien que je n'étais pas favorable à tout ça", Chantal de Leiris met en cause sa hiérarchie. « C'est surtout Michel Maes (chef de la section financière au parquet à l'époque, ndlr). Sans arrêt, il me disait : "tu vas pas mettre en défaut, en porte-à-faux, la Société générale. Ca a été jugé, t'as pas à y revenir". C'est eux qui ont voulu à tout prix sabrer (les plaintes). (...) Mais c'est vrai ce que vous dites : vous avez été entièrement manipulée par la Société générale» dit-elle à son interlocutrice. Et d'ajouter: « Maes, c'est les avocats de la Société générale » .

Des révélations qui arrivent à point nommé pour Jérôme Kerviel: à la veille d'une audience où l'ex-trader demandera la révision de son procès. Il avait été condamné en première instance, puis en appel, à cinq ans de prison dont trois ferme pour abus de confiance, une peine confirmée par la Cour de cassation en avril 2014. L'ancien trader a toujours refusé de porter le chapeau seul, accusant son employeur d'avoir connu ses agissements et de les avoir couverts. Il avait obtenu une première victoire quand la Cour de cassation avait rejeté la somme de 4,9 milliards d'euros de dommages-intérêts réclamée par la banque, lui reprochant d'avoir failli dans ses mécanismes de contrôle. Il avait aussi porté plainte, en pointant une enquête menée pour protéger la Société générale. Une thèse désormais renforcée par les propos d'une ancienne vice-procureure du parquet de Paris, qui a suivi l'enquête.

Dans 20 Minutes, Nathalie Le Roy indique avoir remis l'enregistrement à l'avocat de Jérôme Kerviel, défendant sa méthode car elle se dit lâchée par sa hiérarchie depuis qu'elle a témoigné. L'enquêtrice avait fait part de ses doutes dans le bureau du juge Roger Le Loire, qui instruit les plaintes déposées par Jérôme Kerviel. Ces plaintes avaient été classées sans suite par le parquet de Paris. Au bout du compte, une instruction a tout de même été ouverte, après une nouvelle plainte avec constitution de partie civile de Jérôme Kerviel. A l'origine, le trader avait été renvoyé en procès par la décision d'un juge d'instruction, après des réquisitions du parquet allant dans le même sens.

L'avocat de l'ancien trader, Me David Koubbi, considère dans 20 Minutes que "le parquet s'est gravement compromis" et demande "à François Hollande et (la garde des Sceaux) Christiane Taubira de mettre un terme sans délai aux dysfonctionnements qui affectent ce dossier et gangrènent l'institution". Julien Bayou, porte-parole national EELV dénonce également une affaire d'Etat née « de la confiscation de la Justice par la banque. Une enquête indépendante doit être lancée et la Garde des Sceaux doit prendre les mesures les plus radicales pour redonner son indépendance à l'institution judiciaire. »

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