Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Espagne : les socialistes prêts à investir Rajoy à la présidence du gouvernement

Publié le par Daniel Sario

Susana Diaz et Pedro Sanchez à Séville dans leur meilleur rôle : je ne t'aime pas non plus. Photo : C. Marquezphotoe, moi non plus.
Susana Diaz et Pedro Sanchez à Séville dans leur meilleur rôle : je ne t'aime pas non plus. Photo : C. Marquezphotoe, moi non plus.
Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) se prépare à soutenir l'investiture de Mariano Rajoy (Parti Populaire - droite) à la présidence du gouvernement espagnol, sous le prétexte de défendre l'unité de l'Espagne qui serait menacé par la relance du processus indépendantiste en Catalogne. Dans ces conditions, le projet de Pedro Sanchez d'organiser une alternative de gauche comme au Portugal prend du plomb dans l'aile pour autant que les "pesos pesados" du PSOE aient jamais voulu la voir naître .

Ils sont probablement très peu ceux qui voudront le reconnaître en public, sans doute parce qu'il y a un mandat fédéral qui trace la route inverse, mais, en privé, ce que se disent les hauts dirigeants du PSOE après la nouvelle étape souverainiste ouverte en Catalogne, c'est que "c'est l'heure de regarder du côté de l'Etat et pas de défendre des intérêts partisans". En d'autres termes, que le premier secrétaire national doit oublier la guerre interne ouverte dans le PSOE pour le contrôle de l'organisation, changer de registre politique et serrer les rangs avec le Parti Populaire (PP), la force arrivée en tête du vote du 20 décembre dernier. Et ce, jusqu'au désarmorçage complet du baroud d'honneur que l'indépendantisme catalan s'apprête à lancer dans sa version la plus radicale, celle envisagée ce dimanche depuis le gouvernement de la Generalitat.

"C'est l'heure de regarder du côté de l'Etat et pas de défendre des intérêts partisans" explique-t-on au PSOE. Durant toute la nuit de samedi, Pedro Sanchez, le secrétaire national du PSOE échangea des avis avec des membres de son entourage ainsi qu'avec plusieurs "barones" régionaux et quelques "pesos pesados" du parti socialiste (1) afin de connaître leur opinion sur le dénouement et ses conséquences de la négociation entre le mouvement "Junts pel Sí" (Ensemble pour le Oui) et la CUP (Candidatures d'Unité Populaire) (2) qui hissa Carlos Puigdemont, le maire de Gerone, à la présidence de la Généralité de Catalogne, en rempacement d'Artur Mas pourtant de la même formation politique que lui (3).

Tous lui indiquèrent que le nouveau scénario prend naissance dans un moment de clair vascillement institutionnel qui oblige le PSOE à être à la hauteur des circonstances et à reconsidérer quelques prises de positions politiques initiales, y compris celle de repousser aussi fermement que Sanchez le fit récemment, la possibilité de faciliter l'investiture de Mariano Rajoy, le président PP du gouvernement sortant. "Les circonstances ont changé et pour nous il serait mortel que les Espagnols nous perçoivent comme prisonniers de notre famille. Nous sommes un parti de gouvernement et nous devons veiller au respect de l'intérêt général sinon nous laissrions la défense de l'unité de l'Espagne entre les seules mains de la droite" affirme un membre du comité fédéral du PSOE.

Le Parti socialiste fut le dernier parti national à réagir publiquement à la nouvelle situation catalane. Pedro Sanchez laissa en effet au Parti socialiste catalan (PSC) la primeur des déclarations, par l'intermédiaire de son premier secrétaire, Miquel Iceta, pour qui Convergence démocratique catalane (CDC) est le principal gagnant de l'accord. Selon lui, Convergence a pris la CUP en otage et a gagné du temps en échange d'une sorte de "vente aux enchères" de la présidence de la Généralité. S'il y a du vrai dans cette opinion, il faut alors aussi considérer que la droite gagnerait sur deux tableaux : en Espagne et en Catalogne ce que ne veulent pas avouer les socialistes, prisonniers une fois de plus du"système constitutionnel et électoral dont ils profitent grandement eux aussi. Ainsi de la même manière que la menace terroriste sert en France d'expédient à l'état d'urgence et à la poursuite des politiques d'austérité, c'est le spectre de la sécession que Rajoy agite en Espagne pour des raisons similaires et obtenir l'union sacrée.

Marge de manoeuvre plus étroite pour Susana Diaz. Mais Pedro Sanchez a aussi voulu sonder les intentions de Suzana Diaz, la présidente de l'Andalousie, qui face à l'éventualité qu'il pourrait y avoir de nouvelles élections dans cette communauté régionale, avait interrompu ces derniers jours son offensive contre le leader du parti, conseillée pour une bonne part, par les barons régionaux du PSOE, mais aussi par Felipe Gonzalez, le président socialiste espagnol des années 82 à 96 (4). Diaz en vint même à cautionner le travail engagé par Sanchez de former une coalition des gauches sur le modèle portuguais, mais tout en restant persuadée que ce projet était condamné à l'échec. Ses plans seront bientôt connus, bien que des sources proches de l'exécutif fédéral expliquaient avant le nouveau scénario catalan, qu'il serait suicidaire pour elle d'engager une guerre ouverte avec Sanchez pour le contrôle du secrétariat général, d'autant plus que son opinion favorable à donner une réponse d'Etat à la provocation séparatiste ne s'arrête pas à gagner des adeptes dans le PSOE.

La conviction que l'effort pour mettre au pas un gouvernement alternatif des gauches s'avèrera vain est aussi ce qui fera, toujours selon des sources socialistes, que redoublent les pressions sur Sanchez pour qu'il laisse tomber des options impossibles et place le Parti socialiste à la hauteur de ses responsabilités, sans donner des espoirs à la possibilité de conclure une alliance qui, pour être mathématiquement faisable, devrait, pour l'occasion, comptabiliser presque une trentaine de députés nationalistes catalans, basques, valencians et galiciens, qui, cautionnant ou pas le défi indépendantiste, en représentent toutefois la mauvaise image.

Cela ne signifie pas, insistait-on dans le cercle des dirigeants du PSOE, que cela va modifier le timing. Il y a un accord pour que ce mercredi 13, une fois le Parlement constitué, ce soit Mariano Rajoy, après les consultations que doit organiser le roi, qui doit prendre l'initiative de former un gouvernement et de réunir les principales forces politiques avec un calendrier sur lequel les personnels de la Moncloa planchent déjà depuis dimanche soir.

Notes :

1- Principalement d'Emiliano Garcia-page, président de la Communauté autonome de Castilla-La Mancha et du PSOE régional, de Ximo Puig, Javier Lambàn, Javier Fernandez et surtout Susana Diaz  ses homologues dans les régions de Valencia, Aragon, Asturies et Andalousie. Mais il faut aussi y ajouter le basque Patxi Lopez et le catalan Miquel Iceta ainsi que les "pesos pesados" (poids lourds) comme Felipe Gonzalez et José-Luis Zapatero, José Antonio Griñan, le président national du PSOE, le madrilène Tomàs Gomez, l'ancien ministre et secrétaire du PSOE Alfredo Perez Rubalcaba.

2- Ensemble pour le oui (en catalan : Junts pel Sí) (JxSí) est une coalition politique indépendantiste catalane formée par les partis Convergence démocratique de Catalogne (CDC), Gauche républicaine de Catalogne (ERC), Démocrates de Catalogne (DC) et Mouvement des gauches (MES), ainsi que les organisations Assemblée nationale catalane, Òmnium Cultural et Association de communes pour l'indépendance regroupée en assemblée générale citoyenne dans la CUP (Candidatures d'unité populaire).

3- Convergence démocratique de Catalogne (CDC rebaptisée CiD le temps des législatives) a été créé en 1974  par Jordi Pujol,  président de la Catalogne de 1980 à 2003 et mis aujourd'hui en examen pour fraude et évasion fiscale.

4- Du 1er décembre 1982 au 4 mai 1996.

Commenter cet article