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Le plan B s'installe dans le paysage

Publié le par Daniel Sario

Le plan B s'installe dans le paysage

Contre l'austérité et le joug néolibéral en Europe, des personnalités et des dizaines d'élus de différents pays créent une structure souple de convergences. Au coeur du projet, la rupture avec les traités européens.

Par Thomas Lemahieu -l'Humanité- lundi 25 janvier

La victoire électorale de Syriza en Grèce, il y a tout juste un an, pas question de la célébrer, pour les quelques centaines de participants au sommet internationaliste du plan B en Europe, organisé ce week-end par le Parti de gauche (PG) à la Maison de la chimie à Paris. Après l'accord extorqué au gouvernement Tsipras par les institutions européennes et le Fonds monétaire international (FMI) en juillet 2015, la réflexion stratégique et programmatique à gauche tourne autour des leçons de l'expérience grecque, et, ici beaucoup enfoncent les clous du cercueil.

Figure tutélaire du plan B -elle avait signé, en septembre, le manifeste lancé à l'occdasion de la Fête de l'Humanité, en compagnie de Jean-Luc Mélenchon, Oskar Lafontaine, Stéfano Fassina, Yanis Varoufakis et une vingtaine d'élus de la gauche radicale européenne, Zoé Konstantopoulou, ex-présidente du Parlement grec qui a rompu avec Syriza cet été, dresse un réquisitoire partagé par l'écrasante majorité des participants : "Aujourd'hui Alexis Tsipras gouverne. il s'est transformé en celui qui achève le coup d'Etat contre le peuple grec. Il répète qu'il n'y a pas d'alternative, comme l'avaient fait avant lui ses prédécesseurs du Pasok, de la Nouvelle Démocratie et de la formation d'extrême droite Laos. La différence, c'est que lui a été élu précisément sur cette alternative. C'est ce qui rend la trahison du peuple plus grave encore. Cela risque d'annihiler tout espoir en Europe."

Un danger qui conduit Jean-Luc Mélenchon à prendre ses distances sans pincettes : "Ce qui se nomme aujourd'hui Syrisa ne correspond plus du tout à ce en quoi nous avons cru. Je désapprouve absolument le choix qu'a fait mon camarade Alexis Tsipras. Je ne lui fait pas la leçon, mais je ne peux pas le soutenir au nom d'un internationalisme d'un autre temps. Simplement, je ne voudrais pas qu'une seule personne puisse croire que moi, je cèderai. Je ne cèderai pas, ça serait me renier".

Par delà la Grèce, ce que sont venus alimenter, avec des économistes politiques et des chercheurs, des dirigeants politiques et des parlementaires d'une partie de la gauche radicale européenne, c'est un processus visant à faire sauter les verrous, en particulier ceux des traités budgétaires et de l'union économique et monétaire, qui, à leurs yeux, rendent impossible toute politique alternative dans chaque pays européen.

Jean-Luc Mélenchon rêve de la conférence permanente du plan B en Europe, une structure souple se assemblant deux fous par an pour une plénière (la prochaine sera en février à Madrid), semant à tous vents à travers des commissions thématiques et labellisant des initiatives locales ou nationales, comme d'une déclinaison européenne du forum de Sâo Paulo, qui rassemble les partis de gauche d'Amérique latne : " Au début, rappelle-t-il, cela faisait sourire en coin les observateurs, mais cela a fini pa servi de foyer à dix gouvernemets là-bas. La conférence permanente du plan B pourait être ce creuset pour l'Europe."

A une différence près, toutefois, c'est que, dans le processus européen, les participants viennent "à titre individuel et non en tant que représentants de leur parti", comme le précise Lola Sanchez, députée européenne de Podemos. "Nous utilisons cette méthode pour décontracter tout le monde, insiste Jean-Luc Mélenchon. Nous le savons, il n'y a pas qu'un seul plan B, mais mettre le pluriel, ça n'aurait pas trop fonctionné... Nous sommes ouverts à toutes les hypothèses et toutes les contributions qui permettront de rompre avec la technocratie et l'oligarchie contrôlant les institutions européennes."

Dans cet esprit d'ouverture, Stefano Fassina, ex-ministre de l'Economie et des Finances en Italie, en rupture de ban avec les démocrates de gauche de Matteo Renzi ne dissocie pas les batailles dans le cadre institutionnel actuel et les actes de désobéissance aux traités : "L'Union européenne est à la croisée des chemins, avance-t-il. A droite, c'est la régression xénophobe et nationaliste; à gauche, une voie alternative peut s'ouvrir. On ne doit pas délaisser le plan A pour obtenir une révision des statuts de la BCE afin qu'elle puisse prêter directement en dernier ressort, nous devons restreindre les excédents commerciaux, réduire les sanctions sur les déficits publics."

Clivage important dans la gauche de transformation sociale européenne, l'hypothèse d'une sortie "progressiste" de l'euro gagne du terrain à travers le processus du plan B en Europe. Pour l'heure, elle demeure portée par des économistes tels que Frédéric London ou Costas Lapavitsas, et pas encore adossée directement par les dirigeants politiques. "Le bon euro n'aura pas lieu", prédit, par exemple, l'économiste Cédric Durand, militant à Ensemble. "Quand on se tourne du côté de l'Espagne ou le Portugal, il n'est pas sûr que l'illusion sur l'euro soit derrière nous. Une sortie si possible négociée de l'euro est la seule voie possible, avec la création d'une nouvelle monnaie et un moratoire sur les dettes publiques. Cela forme le socle d'une politique alternative, et, à mes yeux, un passage obligé."

Mais pour Marina Albiol, eurodéputée Izquierda Unida, "le problème de l'Union européenne va bien au delà de la question monétaire. Les inégalités qui existent entre les nations, mais surtout entre les classes sociales, ne sont pas apparues avec la monnaie unique. Dans l'euro ou hors de l'euro, la seule solution, c'est de sortir du capitalisme et, pour cela il nous faut d'abord assurer que les ressources sont entre les mains du peuple, que leur gestion est contrôlée démocratiquement".

Cofondateur de Die Linke en Allemagne, Oscar Lafontaine appuie sur les contradictions des socialistes européens et, citant directement Syriza et le PCF, appelle toute la gauche alternative européenne à faire l'effort de s'unir. "Les sociaux-démocrates sont confrontés à un dilemne, ils doivent prendre acte que l'union économique et monétaire est antidémocratique. Nous devons montrer les étapes pour pour permettre à un gouvernement de gauche d'échapper aux traités européens et au joug néolibéral. Attendre que tous les Etats membres abandonnent le paradigme néolibéral, c'est comme attendre Godot. Mon pronostic, c'est qu'une banque centrale dans un pays devra s'en charger . Si la Grèce, le Portugal et l'Espagne se mobilisaient ensemble, cela pourrait changer la donne pour remettre sur pied la démocratie en Europe et reconstruire la démocratie sociale."

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