Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les "mains blanches" de l'Infante Christina

Publié le par Daniel Sario

L'infante Christina au fond à gauche, sous les projecteurs.
L'infante Christina au fond à gauche, sous les projecteurs.

Le Parquet Anticorruption (la Fiscalía Anticorruption) et le Barreau de l'Etat ( Abogacía del Estado) qui représentent le Ministère des finances (Hacienda) se sont alliés avec la défense de l'Infante Christina pour que le premier jour du procès du " caso Nóos " soit aussi le dernier pour la soeur de Felipe VI. Conformément au scénario prévu, les trois parties ont serré les rangs et demandé ensemble son acquittement. "L'unique réponse juridique possible pour l'Infante c'est le classement de l'affaire" a déclaré le procureur général de l'Etat Pedro Horrach

Le plus étrange dans cette situation est que le parquet anticorruption et le barreau de l'Etat non seulement n'accusent pas l'Infante, mais au contraire la défendent avec le même soin que ses avocats. Brandissant la fameuse "doctrine Botín" (1) la triple alliance a pressé le tribunal de délégitimer le syndicat "Manos Limpias" (Mains propres) qui portera en solitaire l'accusation populaire, la seule qui reste désormais pour que soit jugée la fraude des finances de l'Etat. Appliquer cette doctrine signifierait aller dans le sens d'un précédent jugement édicté par le Tribunal suprême en faveur d'Emilio Botin, le fameux banquier qui évita ainsi d'être jugé car ni le Parquet ni les victimes de ce délit financier, ne "voulurent" l'accuser de quoi que se soit, comme c'est aujoud'hui le cas avec la soeur du Roi.

Le tribunal décidera avant le 9 février sur les questions soulevées en préalable par les défenseurs, et notamment la demande de classement de l'affaire pour l'Infante Christina. Les déclarations des inculpés seront entendues ce même jour. José luis Ballester, ancien directeur général des sports du gouvernement des Baléares, sera le premier, tandis que la soeur du Roi, en supposant qu'elle ne soit pas blanchie, sera la dernière. A partir de mars débutera l'audition des témoins et des experts. A leur suite, chaque partie exposera ses conclusions puis ce sera le moment des dernières dépositions pour les accusés. Et tout être terminé le 30 juin.

L'avocat de l'Infante, Jesus Silva, en est venu à affirmer que juger l'Infante dans de telles conditions à de quoi provoquer que des pères du droit pénal "se révoltent dans leurs tombes". Le procureur général Pedro Horrach ne rechignant pas à la tâche, a apporté une nouvelle information que le tribunal accepta de recevoir, et dont le but était de démontrer qu'il n'y avait pas eu de fraude aux Finances de l'Etat et s'est demandé pourquoi cette doctrine (doctrine Potin -NDLR) s'appliquait à d'autres citoyens mais pas à l'infante. Pour lui, un paradoxe qui entraînerait pour elle un "traitement discriminatoire".

L'avocat de l'Etat, quant à lui, a surpris l'assistance en justifiant que la phrase "Hacienda somos todos" (Nous sommes tous ministre des finances), un des principes sur lequel l'Association "Manos limpias" appuie son accusation, est un slogan publicitaire qui n'a aucune valeur juridique. Bien entendu, la tournure que prenne les évènements dès le premier jour de ce procès emblématique puisqu'il touche à la monarchie, alertent les associations de citoyens qui exigent que la lumière soit faîte sur cette nouvelle affaire de fraude et de détournement des fonds publics, surtout dans une période de crise et de politiques d'austérité. Ainsi, dans un appel publié hier, la Junta Estabal Republicana qui regroupe une cinquantaine d'associations et de partis politiques de toute l'espagne exige "Justicia y no impunidad" et que "soit respecté l'indépendaance du pouvoir judiciaire"

Ce mouvement rappelle que "ce qui se joue dans cette instruction de plus de 70 000 feuillets et 100 tomes en relation avec des membres de la maison royale est le résultat de manoeuvres frauduleuses portant sur un total de 6 millions d'euros entre 2004 et 2007, violant les lois des marchés publics de l'Etat, et détournant ces fonds vers un enchevêtrement de plusieurs entreprises privées, notamment Aizoón. Et tout ceci encore aggravé par de la fraude fiscale".

Alors que le nouveau Roi Felipe VI cherche à redonner à la Monarchie espagnole une image plus honorable ce procès lui sera, de toutes les façons, défavorables, mais sans doute plus encore si les pressions du pouvoir devaient déboucher sur une nouvelle "doctrine Botin" qu'on pourrait alors requalifier d'un autre nom.

Note : 

1. Emilio Botin le bien nommé (Butin en Français) est un banquier espagnol décédé en 2014 dont le nom est apparu à plusieurs reprises dans des affaires financières troubles mais dont il réchappa systématiquement faute de plaignants y compris, et surtout, du côté de l'Etat. De là vient la "doctrine Botin" conclusion par un non-lieu juridique d'accusations "venues de la rue".

Commenter cet article