Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chantage au Brexit : des députés européens refusent de tomber dans le piège

Publié le par Daniel Sario

Chantage au Brexit : des députés européens refusent de tomber dans le piège

Au moment où débute à Bruxelles la dernière ligne droite du grand marchandage entre David Cameron et le Conseil européen, à gauche les députés européens sont partagés entre le refus de faire des concessions ultra-libérales au chef du gouvernement britannique, et le mauvais signal que représenterait une sortie du Royaume Uni de l’Europe.

Jean-Jacques Régibier | Jeudi, 18 Février, 2016 | Humanite.fr


Should I stay or should I go ? « Si je pars, il y a aura des problèmes, et si je reste, il y en aura le double » chantaient les Clash. Des paroles que David Cameron connaît visiblement sur le bout des doigts si l’on en juge par l’indécision qu’il entretient savamment depuis des semaines quant à savoir s’il appellera à voter oui ou non au referendum britannique portant sur le maintien ou la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne. Ainsi que sur la manière dont il souffle le chaud et le froid sur tous les sujets dont il prétend imposer le débat au Conseil de l’Europe.

Bien sûr, nul n’est dupe qu’en s’engouffrant dans la brèche, beaucoup de médias cherchent à en rajouter dans cet alarmisme cher aux populistes, et qui fait vendre. C’est spécialement vrai pour les tabloïds britanniques qui ne font jamais dans la dentelle. Il y a quelques jours, le Daily Mail, évoquant les bases du compromis entre Cameron et le Conseil de l’Europe, criait ainsi à « l’arnaque », tandis que le Sun dénonçait le fait que les contribuables britanniques soient obligés de subventionner des pays aussi lointains que la Pologne ou la Bulgarie.

« I want my money back » ( « je veux qu’on me rende mon argent » ), refrain éculé de Margaret Tatcher qui date déjà de plus de 35 ans, exactement l’âge de la chanson des Clash, les conservateurs britanniques semblent adorer les vieux tubes. « On sait bien que le bras de fer lancé par Cameron est avant tout à usage interne. Il s’agit de donner des gages non seulement aux eurosceptiques partisans d’une sortie de l’Europe qui sont en dehors de son parti, mais également, à ceux qui sont à l’intérieur », explique Philippe Lamberts, co-président du groupe des députés Verts/ ALE au Parlement européen, qui dénonce par ailleurs la désinvolture avec laquelle le chef du gouvernement britannique a traité cette semaine les députés européens, refusant de venir à la séance plénière. " Il s’est comporté de manière tout à fait irrespectueuse ", estime Philippe Lamberts, pointant le peu d’intérêt que le premier ministre britannique semble prêter aux représentants démocratiquement élus des 28 pays européens.

Le chantage britannique

Une méthode qui n’est pas non plus du tout du goût des députés de la Gauche unitaire européenne / GVN. Sur des questions fondamentales qui touchent à l’avenir de l’Europe, tout se passe en effet pour l’instant entre Cameron et le Conseil de l’Europe, comme si son président, le Polonais Donald Tusk, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne jouit pas d’une immense notoriété politique, incarnait à lui seul la volonté européenne. « Nous rejetons le principe que le Conseil laisse tomber le Parlement européen et les parlements nationaux des états membres sur des décisions aussi fondamentales pour l’Europe, en dictant des lois dans des domaines où le Parlement est co-législateur . C’est le cas par exemple pour tout ce qui touche aux problèmes bancaires, à la coordination des systèmes de sécurité ou à la liberté de mouvement des travailleurs », explique le groupe. D’autant, ajoute-t-il, que "l’agenda des réformes que le premier ministre britannique prétend imposer aujourd’hui à l’Europe n’a aucun rapport avec les questions urgentes et importantes que doit traiter l’Union, comme la crise des réfugiés, la crise climatique, le problème de la dette pour de nombreux pays, le chômage élevé, la grande pauvreté et le déficit de démocratie."

Dans le même temps, de nombreux députés sont bien conscients de la manière dont s’articule le chantage britannique posant de manière assez brutale l’alternative: des concessions ou on s’en va. D’autant, comme le remarque la socialiste Pervenche Berès ( S et D ) qu’en Grande Bretagne, « le camp du Non est déterminé. » Elle explique : « l’argument selon lequel il faut faire beaucoup de concessions à David Cameron pour qu’il puisse faire campagne pour le maintien dans l’Union européenne, doit être raisonné. La question, c’est : quel est le pourcentage de l’électorat qu’on peut bouger en fonction du contenu de l’accord. Pas sûr que ce soit cette partie là des électeurs qui fera la différence. » Une autre façon de dire que dans un referendum sur l’Europe, ce n’est pas forcément à la question posée que répondent les électeurs. On l’a déjà constaté un peu partout en Europe.

Si depuis maintenant des semaines, on connaît les grandes concessions sur lesquelles David Cameron veut voir le Conseil de l’Europe céder (compétitivité, gouvernance économique de la zone euro, souveraineté ), il en est une sur laquelle les députés de gauche au Parlement européen refusent de céder, c’est la libre circulation des travailleurs et la suppression des prestations sociales pour ce qu’on appelle dans une expression dont on ne manquera pas de noter toute l’ambiguité, les " migrants européens ". En bon français : les gens d’un pays européen qui vont travailler dans un autre, ce qui l’un des principes fondateur de l’Union.

Une attaque contre les droits sociaux

David Cameron voudrait supprimer les prestations sociales pour tous les travailleurs européens non britanniques pendant les quatre premières années de leur séjour au Royaume Uni, au motif que dans son pays les prestations sociales ne proviennent pas de cotisations que paient tous ceux qui travaillent comme c’est le cas par exemple en France, mais sont assises sur un impôt. Et utiliser les impôts des contribuables britanniques pour payer des prestations sociales à des non-britanniques, ça, Cameron n’en veut pas.

« Si on obtient des droits sans avoir contribué, je comprends que ça peut susciter des abus », analyse Philippe Lamberts, « mais de là à prendre des mesures générales d’accès aux droits, il y a un pas qui est extrêmement dangereux. Rappelons que beaucoup de nationaux britanniques jouissent de la Sécurité sociale dans les autres états de l’Union. Il ne faut jamais oublier que ça va dans les deux sens. Il faut par ailleurs que tous les travailleurs venant de différents pays aient les mêmes droits ne serait-ce que pour que la concurrence soit loyale. Quand on ouvre la boite de Pandore qui consiste à restreindre les droits des travailleurs, on ne sait plus où l’on va, » conclut-il. « Je ne comprends pas, ajoute Pervenche Berès, pourquoi l’Europe n’a pas tout simplement dit à David Cameron de changer son système de collecte des cotisations, plutôt que de nous obliger à changer l’ensemble du droit européen dans un domaine déjà assez fragile comme l’accès aux droits sociaux. »

Pas question non plus pour la Gauche unitaire européenne de réduire la libre circulation des travailleurs en Europe en réduisant leur accès aux cotisations sociales. Pour sa présidente, la député allemande Gabi Zimmer, " c’est d’abord une forme de discrimination inadmissible entre citoyens européens, mais c’est aussi une discrimination qui va toucher les travailleurs britanniques eux-mêmes, dont le gouvernement britannique sera amené à diminuer les droits au nom du dumping social pratiqué en Grande Bretagne. Au bout du compte, ça touchera tout le monde, et c’est bien, avec la complicité du Conseil de l’Europe, à cette agression contre les droits sociaux en Europe qu’on assiste aujourd’hui " . La militante de Die Linke ajoute que le problème c’est aussi les restrictions imposées aux budgets nationaux par une gouvernance économique européenne qui mène les pays à toujours plus d’austérité, comme on le voit en Grèce.

Commenter cet article