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Espagne : Izquierda Unida débat de son avenir

Publié le par Daniel Sario

Alberto Garzón et Cayo Lara (Photo Mundo Obrero)
Alberto Garzón et Cayo Lara (Photo Mundo Obrero)
  • Le coordinateur fédéral Cayo Lara s’est vu obligé samedi dernier de retirer de son rapport politique l’ultimatum aux fédérations galicienne et catalane sous la pression de quelques dirigeants proches d’Alberto Garzón qui le qualifièrent d’irresponsable.
  • La tension dans l’organisation créée par l’ « anomalie » d’avoir trois députés dans le groupe Podemos-En Comú-En Marea et deux dans le groupe Mixte (non inscrits du Parlement) a été évidente au Conseil politique fédéral d’IU.
  • Analyse à trois mois d’une assemblée d'IU pour sa refondation, avec différentes positions sur les objectifs et le degré des relations à adopter avec Podemos et les Convergences.

Alberto Garzón a fait plier Cayo Lara ce samedi. Le porte-parole parlementaire de Izquierda Unida a obligé son coordinateur fédéral à baisser de ton et à respecter la fédération galicienne, Esquerda Unida (EU) et son parti frère en Catalogne, Esquerra Unida i Alternativa (EUiA). Pourquoi ? Parce que Lara culpabilisait les trois députés des Convergences - Yolanda Díaz (EU), Joan Mena (EUiA) et Fèlix Alonso (EUiA)- sur le fait que IU-UP se retrouvait sans groupe au Congrès (Parlement espagnol). Le rapport de Lara faisait des trois députés des Convergences les artisans et responsables des conséquences des difficultés financières que va devoir supporter l’organisation sans les deux millions d’indemnités que lui procurait le groupe parlementaires (IU avait obtenu 11 députés en 2011). Lara, de cette manière, situait l’organisation au bord du séisme, non pas avec les organisations galicienne et Catalane mais avec ceux, à l’intérieur de IU, qui misaient sur la convergence avec Podemos et d’autres organisations, ceux que certains appellent « bloc du changement ».

A la suite de Lara, Garzón, lui-même, prit la parole et lui reprocha son rapport : « je crois que IU et EUiA peuvent nous aider mais surtout pas au prix de rompre les convergences et faire le jeu de Ciudadanos. Ils peuvent nous aider pour un projet fédéral et parce que nombreux sont ceux qui, en votant pour les convergences, veulent voter pour nous aussi, mais jamais au prix de rompre les convergences. » Soutenir les vœux de Lara jusqu’au bout aurait supposé la rupture en Galice et en Catalogne, et même l’exclusion, puisque Díaz, Mena y Alonso s’inscrivaient dans le groupe Podemos-En Comú-En Marea en vertu des accords souscrits pour la candidature aux élections.

Des accords stipulant, certes, que ses contractants pourraient constituer leur propre groupe, mais une possibilité, qui s’est malheureusement échouée sur l’opposition du PP, du PSOE et de Ciudadanos au bureau du Parlement. Dans cette éventualité aujourd’hui réalité, il avait été décidé, à la majorité, de ce qu’il convenait de faire : soit, aller au groupe mixte (groupe des non inscrits en France), soit, incorporer un « groupe pluriel » avec Podemos, ce qui advint pour finir. Et si les trois avaient occulté les accords corroborés par leurs candidatures, ils auraient alors rompu les Convergences, chose que certains des dirigeants d’Izquierda unida, souhaitent, mais ce qui n’est pas le cas de la tendance dirigée par Alberto Garzón.

Différents projets

La théorie basique du marxisme théorise la synthèse par l’intermédiaire de la dialectique. Izquierda Unida se nourrit du marxisme, mais il y a des cas, clé de l’instant politique présent, par lesquels on n’arrive pas à atteindre la synthèse. L’un, c’est la convergence, et l’autre, c’est le point jusqu’où peut et doit aller l’organisation. Mais, est-ce que dans ces deux cas, la synthèse pourrait plomber le leadership d’Alberto Garzón, à ne pas vouloir rendre évidente la rupture avec la vieille garde d’Izquierda Unida et du Parti communiste espagnol (PCE) ? Mais, surtout, la solution se situe t-elle dans cette rupture ? Et le problème se pose-t-il réellement en ces termes ?

De la même façon que les fédérations de Galice et Catalogne partagèrent des espaces de convergence avec d’autres organisations et Podemos depuis le début de la campagne électorale, la fédération du Pays Valencian s’y refusa en considérant que la 4è position c’était peu. Au final, Izquierda Unida ne sortit aucun député valencian, bien que la coalition Compromís-Podemos-Es el Moment en obtienne cinq dans la capitale valenciana. L’Andalousie constitua un exemple identique puisque ce fut l’unique fédération de IU qui ne réussit pas à converger lors des dernières élections avec pourtant plus d’atouts qu’ailleurs. Ainsi, l’affrontement arrive entre ceux qui défendent la permanence dans les convergences galicienne et catalane avec l’espoir d’un processus stable – pour lequel ne devraient pas manquer des passerelles avec Podemos-, et ceux qui misent sur le contraire : sortir des convergences catalanes et galicienne parce qu’elles sont en train de démontrer que la référence magnétique c’est davantage Podemos qu’Izquierda Unida.

Mais jusqu’où veut et peut aller IU ? Il n’y a pas de réponse claire. Et le rôle du PCE, divisé, peut faire incliner la balance, avec l’ombre de la crise financière interne aggravée par l’impossibilité d’avoir obtenu un groupe parlementaire. Certains avancent l’hypothèse d’enterrer Izquierda Unida au bénéfice d’un PCE fort qui cherchera des coalitions électorales qui ne soient pas organiques – à la façon du Parti communiste portugais, ou de l’Union aragonaisiste (CHA) en Espagne - et qui se présentent de manière différente selon qu’il s’agisse d’élections locales, régionales, nationales ou européennes Pour cette option on dénombre d’importants dirigeants communistes andalous et Valencians.

Les autres, les plus liés à Cayo Lara et Gaspar Llamazares (Izquierda Abierta), agissent pour qu’Izquierda Unida conserve encore son image de marque, et la refondation ne devrait donc pas passer nécessairement par l’enfouissement d’un sigle qui existe depuis maintenant trente ans. En outre, ils se sentent très à l’aise avec la façon dont s’est articulée et comportée la fédération sous l’égide d’Unidad Popular lors du dernier processus électoral remporté en Galice et en Catalogne. Cette tendance, réticente à Podemos, montra déjà son refus au processus de Ahora Madrid – qui se termina par l’exclusion temporaire des conseillers Mauricio Valiente, Carlos Sánchez Mato y Yolanda Rodríguez- et soutint, avec Lara à sa tête, et en opposition aux résolutions des organes de IU, la candidature de Raquel López à la mairie de Madrid.

Alberto Garzón mise sur les convergences dans l'action politique de terrain

Enfin, une possibilité alternative à celle proposée par cette tendance, pourrait se retrouver dans celle défendue par une partie de la direction du PCE. Elle consisterait à remplacer sans grands changements le « parapluie » d’Izquierda Unida par celui d’Union Populaire. Il semblerait que ce soit la tendance la plus proche d’Alberto Garzón qui en débat avec la meilleure façon de refonder Izquierda Unida afin de « transcender » l’organisation en la convertissant en un « outil utile » et la perspective d’une rencontre avec Podemos et les Convergences.

Le pari de Garzón exposé par écrit cette semaine, réitère que « Le mouvement du 15 mars et Podemos, entre autres, constituent un phénomène social qui manifeste une partie des souhaits et des inquiétudes des classes populaires. Mais que, cependant, ce n’est pas suffisant pour transformer la réalité ni même pour prétendre construire un horizon socialiste. Il défend la construction d’un instrument de radicalité démocratique, rassemblant les demandes républicaines des mouvements sociaux avec un projet politique anticapitaliste, héritage du mouvement ouvrier, plongeant ses racines dans une rigoureuse analyse marxiste de la réalité socio-économique. Il soutient l’autonomie politique, sans référence aux autres forces politiques, mais il exprime son intention de collaborer avec d’autres personnalités, politiques et sociales, et, surtout, il place au dessus de la table la nécessité de renforcer le réseau social et son incidence concrète sur la vie des gens. C’est-à-dire, qu’il privilégie la présence dans les conflits sociaux. Avec la formation et l’éducation comme éléments centraux à l’établissement d’une culture politique partagée. » Une philosophie politique très gramscienne.

Mais, il y a aussi ceux qui considèrent que Podemos est le nouvel « outil utile » autour duquel la gauche est en train de se refonder. Et quelques-uns d’entre eux ont déjà laissé la direction d’IU ou sont même carrément sortis de l’organisation, comme l’ex-responsable de Convergence, Lara Hernández ou l’ancien dirigeant de la Jeunesse Carlos Martínez Núñez. D’un autre côté, tout n’est pas parfait dans le parti « morado » (violet) et ses graves dissensions internes en Galice -la région considérée comme le laboratoire politique de la gauche-, font la démonstration que cette nouvelle formation politique est elle aussi secouée par des débats ouverts par les Convergences, nommées ici « En Maréa ».

Finalement, c’est l’Espagne tout entière qui devient le champ de l’affrontement entre le vieux et le neuf. Et il est sans doute encore trop tôt pour dégager des éléments stables d’analyse. L’urgence, car il y en a beaucoup dans ce pays classé parmi les plus inégalitaires d’Europe, s’appellent : l’emploi, les bas salaires, les droits sociaux et … la corruption des milieux d'affaires..

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