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Jusqu'où laissera-t-on aller "l'allié" Ergogan ?

Publié le par Daniel Sario

Jusqu'où laissera-t-on aller "l'allié" Ergogan ?
La Turquie bombardait intensément jeudi soir des zones contrôlées par les Kurdes dans le nord de la province d'Alep, en Syrie, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Son directeur, Rami Abdel Rahmane, a précisé à l'AFP que les bombardements visaient le bastion kurde d'Afrin, et non plus seulement les zones contrôlées depuis peu par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde largement dominée par les Unités de protection du peuple kurde (YPG).
Par Francis Wurtz - l'Humanité dimanche - 19 février 2016

La même complaisance manifestée il y a 25 ans par nos « élites » envers un tyran intouchable de l’époque -Hassan II du Maroc-, on l’observe à nouveau , de nos jours, à l’égard d’un autre autocrate ultra-conservateur, nationaliste et répressif, adepte lui aussi d’alliances inavouables : le Président turc, qui se rêve en nouveau sultan tout-puissant et craint , Recep tayyip Erdogan. Aussi, comme ce fut le cas, il y a un quart de siècle, avec les révélations sur « Notre ami le Roi » (1) , est-il grand temps de placer les laudateurs -en particulier français et européens- de ce dangereux personnage devant leurs responsabilités. Le temps presse, car sa haine anti-kurdes ne connaît plus aucune limite. Depuis samedi dernier, le fauteur de guerre d’Ankara a franchi un nouveau seuil de l’irresponsabilité en bombardant les forces kurdes des YPG de Syrie -fer de lance universellement reconnu du combat contre Daech- coupables, à ses yeux, d’avoir repris des positions stratégiques à des groupes djihadistes ( Ahrar Al-Cham ) financés et armés par la Turquie ! Et c’est de…Washington qu’est venue « l’exhortation à cesser ces tirs » ! Ce n’est qu’ après une deuxième journée de bombardement que, du côté français et européen , l’on se résigna à briser enfin un long silence gêné.

Il en va ainsi depuis le déclenchement, par Erdogan, l’été dernier, de la chasse aux Kurdes, d’une sauvagerie inouïe en Turquie même. Le quartier historique de Diyarbakir est un champ de ruines. Les principales villes du Sud-Est anatolien sont dévastées. Les couvre-feu imposés signifient pour les habitants l’obligation de se cloîtrer chez eux, sans accès à la nourriture ni aux soins, et le risque d’être pris pour cible par des troupes fanatisées par le nationalisme anti-kurde qui voit des « terroristes » partout ! D’où d’innombrables victimes civiles parmi lesquelles nombre d’enfants ! Quant au siège de la ville de Cizré ( 120 000 habitants ) depuis plus de deux mois, il entrera dans l’Histoire des grands crimes de guerre : en particulier le récent massacre de plus de 70 personnes réfugiées dans des caves, pilonnées jour et nuit par des tirs de tanks , et dont les corps ont, ensuite, été dispersés pour faire croire à des victimes isolées.

Et pourquoi ce déchaînement de fer et de feu ? « Pour mettre hors d’Etat de nuire les terroristes du PKK » -répondent les « autorités ». De fait, de jeunes combattants de cette organisation -contre l’avis du co-président du parti le plus représentatif des Kurdes, le HDP : Selahattin Demirtas- ont repris les armes contre les forces de répression turques, jusque dans les villes. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que l’origine de ces actes de désespoir est la rupture unilatérale , par Erdogan, des négociations de paix entre l’Etat turc et le leader historique kurde ( emprisonné ) , Abdullah Öcalan, qui se déroulaient depuis 2013 ! Öcalan avait, en effet, réussi à obtenir de la plupart des combattants du PKK qu’ils arrêtent la lutte armée et même qu’ils quittent le pays ! C’est cette chance historique qu’Erdogan a délibérément gâchée après les élections de juin 2015 marqué par le succès éclatant du HDP. Car ce résultat a ruiné l’ ambition du maître d’Ankara de s’octroyer les pleins-pouvoirs en changeant la Constitution. Erdogan a tiré de cet échec stratégique la conclusion qu’une lutte politique, démocratique et pacifique profiterait au HDP. C’est alors qu’il a décidé de relancer le cycle infernal de la violence et de la guerre contre les Kurdes . Un tel personnage ne peut être un allié de la France ni de l’Europe ! Une seule position doit prévaloir : il n’y a pas de solution militaire au problème kurde ! Il faut cesser le feu ! Il faut cesser les violences ! Il faut revenir aux pourparlers de paix !

———(1) Ce livre de Gilles Perrault (1990) révéla au grand public la nature réelle du régime marocain d’alors et mît au jour les complicités du « beau monde » français avec le monarque.

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