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Le référendum sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes laisse perplexe

Publié le par Daniel Sario

Manifestation contre le projet d aéroport Notre dame des landes, le 17 novembre 2012. - FABRICE ELSNER/20MINUTES
Manifestation contre le projet d aéroport Notre dame des landes, le 17 novembre 2012. - FABRICE ELSNER/20MINUTES
Qui, l’annonce, jeudi, par François Hollande, d’un référendum sur la réalisation de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes fait-elle sauter de joie ? Visiblement pas grand monde. Partisans et opposants au projet aéronautique de l’agglomération nantaise expriment à minima des réserves quant au processus, dont ni le périmètre, ni la question, ni la date, ni même la faisabilité ne sont connus.

Par Marie-Noëlle Bertrand | L'Humanite | Vendredi 12 février 2016


Les opposants redoutent des dés pipés. Côté opposants, d’abord, on interroge la façon dont sera menée la démarche. Le président de la République est, il est vrai, resté vague au moment de sa déclaration. " D'ici le mois d'octobre je demande au gouvernement (...) d'organiser un référendum local pour que l'on sache exactement ce que veut la population", avançait-il jeudi soir. Les services de Manuel Valls semblaient, pour leur part, s’en remettre plus sûrement aux représentants locaux. Le périmètre du futur référendum sur le projet contesté d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes sera "défini" localement, a indiqué ce vendredi Matignon à l'AFP, précisant toutefois que le gouvernement suggérait l'échelle du département de la Loire-Atlantique.

Trop limité, jugent la majorité des ONG opposées au projet. "Les modalités du référendum devront obligatoirement être définies en accord avec l'ensemble des parties prenantes", prévient la Fondation Nicolas Hulot (FNH), qui accueille l'annonce "avec une grande prudence", réclamant l’implication des régions Bretagne et Pays de la Loire et la mise à disposition auprès du public d'une nouvelle étude sérieuse des alternatives possibles. "Sans un consensus sur son périmètre, sur la question posée et le contenu du dossier d'information, l'exercice souffrira des mêmes problèmes de légitimité que le projet existant", relève l’organisation.

Même son de cloches du côté d’EELV. "Il faudra un débat public et que le référendum ait les garanties nécessaires pour qu'il soit légitime", estime Sophie Bringuy, conseillère régionale du groupe et tête de liste écologiste aux dernières régionales. "Il nécessite une remise à plat de toutes les informations sur ce dossier, ainsi qu’une étude sérieuse, indépendante sur l'optimisation de Nantes-Atlantique (actuel aéroport)".

Même les plus optimistes préviennent : "J'ai toujours défendu le principe d'un référendum donc c'est une bonne nouvelle", note Ronan Dantec, sénateur EELV de Loire-Atlantique. Mais "il y a des conditions ", nuance-t-il, " il faut se donner les moyens de trouver une règle du jeu commune entre les pour et les contre". Une condition sine qua non, insiste pour sa part Denez L'Hostis, président de France Nature Environnement (FNE), première fédération environnementale de France (3.000 associations), faute de quoi, un référendum sera " plus piégeux qu’autre chose ".

Pour Julien Durand, enfin, porte-Parole de l'Acipa, principale association d'opposants, le référendum "vient trop tard : le dossier est trop avancé". Cela dit, quitte à ce qu’il ait lieu, "mieux vaudrait attendre le rendu du rapport commandé par la Ségolène Royal", estime-t-il. Commandé le 31 janvier, celui-ci vise à évaluer les projets alternatifs ou complémentaires à celui de Notre Dame des Landes. Alors qu’il est censé être remis à la ministre de l’environnement fin mars, le vœux du porte-parole associatif devrait pouvoir être exaucé.

Les partisans craignent un enlisement sans fin. "Si c'est oui et que la population veut cet aéroport, alors tout le monde devra accepter cette décision. Si c'est non, l'Etat en tirera les conséquences", a avancé François Hollande lors de sa déclaration de jeudi. Soit. Et donc quoi ?, s’interrogent beaucoup. "Ce que nous réclamons, c'est d'abord l'évacuation de la Zad", explique André Tameza pour l'association pro aéroport "Les Ailes pour l'Ouest", lequel qualifie rudement le référendum de "déni de démocratie".

Aura-t-elle lieu, cette évacuation, si le non l’emporte ? La question n’est pas soulevée que par les seuls partisans du projet. " Beaucoup en ont marre de la Zad et de la non prise de décision", explique ainsi Jean-Paul Naud, le maire sans étiquette de Notre-Dame-des-Landes, pourtant lui-même engagé dans la lutte contre le projet de transfert de l’aéroport nantais. Si l'issue du référendum est la victoire du "non", estme-t-il, "on ne sait pas du tout si cela refermerait définitivement le dossier et si le résultat engagerait le gouvernement suivant en cas d'alternance aux présidentielles". Et même si c’était le oui, " je ne pense pas qu'ils (les zadistes, ndlr) partiraient. On se retrouverait dans la même situation qu'aujourd'hui: pour faire les travaux il faudrait évacuer la Zad par la force".

" Et pourquoi pas un referendum sur le « Grand Paris », sur le « Grand Stade » à Lyon ou sur le développement des énergies renouvelables ? ", fustige pour sa part Gilles Bontemps, responsable de l’Association départementale des élus communistes et Républicains (ADECR) de la Loire Atlantique. Le président "remet en cause l'engagement pris avec les collectivités territoriales qui ont répondu présentes à la demande de l’Etat pour la réalisation d'un équipement d'intérêt public", insiste-t-il. " L’ensemble des dispositifs de concertation démocratique, du grand débat public de 2003 jusqu’aux instances complémentaires mises en place par le Gouvernement Ayrault sont tout autant méprisés. Pourtant, dans le même temps, pour appliquer ses politiques d'austérité (…), le gouvernement n’organise ni référendum, ni concertation populaire."

Bruno Retailleau (LR), de son côté, nouveau président de la Région, qui a succédé en décembre au socialiste Jacques Auxiette, lui-même déjà farouche défenseur du projet, estime que "l'annonce de ce référendum est caractéristique de la méthode Hollande : alors que toutes les procédures ont été scrupuleusement respectées et que la justice s'est prononcée favorablement sur le transfert de l'aéroport, à travers plus de 150 décisions, le Président de la République renonce à décider. J'espère que l'impopularité de François Hollande ne pèsera pas dans la décision des citoyens et ne compromettra pas un projet essentiel au développement des Pays de la Loire et de la Bretagne."

Plus disciplinés, enfin, le président du département de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet (PS), la maire de Nantes Johanna Rolland (PS), et le président de Nantes Métropole David Samzun (PS), ont d’ores et déjà annoncé qu'ils s'engageront en faveur du "Oui" au projet d'aéroport… tout en soulignant, sagement mais clairement, que " l’option référendum " n’émanait pas d’eux.
In fine, seul le leader régional PS Christophe Clergeau faisait montre, ce vendredi, d’un soupçon d’enthousiasme vis à vis de l'annonce présidentielle. Appelant " dés à présent à la création d'un comité pour le oui, au-dessus des rivalités politiciennes ", il se disait confiant dans un résultat favorable à l'aéroport.

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