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Pierre Laurent invite à « pousser la porte » de la primaire

Publié le par Daniel Sario

Pierre Laurent, Bernard Thibaut, Caroline de Haast et Patrick Apel Muller - Photo Patrick Nussbaum
Pierre Laurent, Bernard Thibaut, Caroline de Haast et Patrick Apel Muller - Photo Patrick Nussbaum

Lors de la soirée Lundis de gauche organisée par les communistes avant-hier soir, avec Caroline De Haas et Bernard Thibault, le secrétaire national du PCF a appelé son parti à se saisir des appels à une primaire pour permettre « l’implication populaire » et le débat de fond.

Par Julia Hamlaoui | Mercredi, 10 Février, 2016 | L'Humanité

Primaire ou pas ? Posé comme tel, le débat est réducteur, à en croire les intervenants de la deuxième session des Lundis de gauche – porte ouverte sur 2017, organisés par le PCF. Animé par le directeur de la rédaction de l’Humanité, Patrick Apel-Muller, le deuxième rendez-vous d’une série qui devrait se prolonger jusqu’à fin mars, au moins, a réuni, avant-hier soir au siège du Parti communiste à Paris, outre son secrétaire national, Pierre Laurent, l’ancien secrétaire général de la CGT devenu membre du Bureau international du travail (BIT), Bernard Thibault, et la militante féministe initiatrice de l’un des appels à une primaire de gauche, Caroline De Haas.

« Si rien ne bouge, les choses sont écrites d’avance »

« C’est positif qu’il y ait des espaces qui nous permettent de sortir de la sinistrose à gauche », a salué Bernard Thibault, fustigeant le « slogan répété » et « de plus en plus insupportable » selon lequel une seule politique est possible. Un symptôme de l’« urgence démocratique » à laquelle le PCF cherche à faire face en prenant ces initiatives dans un contexte où « la bataille est engagée pour convaincre le peuple français qu’il n’est plus capable de changements politiques », relève Pierre Laurent. Et le « piège redoutable » est prêt à se refermer sur 2017, d’après le chef de file des communistes : « Si rien ne bouge, les choses sont écrites d’avance. On scénarisera des échéances de 2017 qui marginaliseront totalement toute possibilité de poser les questions qui sont les nôtres. » En clair : un affrontement François Hollande-Nicolas Sarkozy (ou équivalent) pour s’assurer une place face à Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, à l’exclusion de toute alternative. L’enjeu est donc avant tout, pour Pierre Laurent, de « lever une dynamique populaire et citoyenne capable de mettre en échec ce scénario »,

celui-ci estimant dès les premières minutes du débat « qu’il y a probablement et contrairement à l’apparence morose une sorte de soulèvement à la fois visible et invisible d’un très grand nombre de gens qui n’ont pas envie d’accepter (cet) agenda politique » qui « nous réduit au rôle de spectateurs de projets et de candidats autoproclamés ». « Quand la situation politique est si forte de dangers, qu’il y a autant de forces disponibles (pour une alternative) mais tellement de dispersion que le scénario le plus probable est qu’elles ne seront pas capables de converger, la responsabilité d’un parti comme le mien est de tout faire pour tenter d’y parvenir », a-t-il souligné, appelant à démultiplier les débats à l’échelle des territoires et jugeant un peu plus tard que son parti, « resté un grand parti de militants », aura « à débattre de la manière dont (il) utilise cette force », son congrès étant programmé pour le mois de juin.

Sous la coupole du siège du PCF, les attentes sont nombreuses. La salle bondée en est un signe. Mohamed Aissani, un militant du PCF arrivé en avance de Bobigny (Seine-Saint-Denis), l’explique à sa façon : « Plus on sera nombreux à se rassembler autour d’un collectif, plus on aura de chances de combattre la droitisation qu’essaie de nous imposer le gouvernement. On a besoin d’espace de débat non pas pour peser mais pour miser sur une victoire, on ne peut plus se contenter des miettes du PS », assure le militant, pour qui « le socle commun avec ce parti n’existe plus » du fait de sa direction actuelle. Reste que, dans le cas d’une primaire, il n’exclut pas que Hollande y participe, tout en refusant que son parti finisse par le soutenir. À quelques travées de là, Dominique, une militante parisienne, aspire, elle, à sortir d’un « sentiment de confusion », et elle est persuadée que « s’il y a une aspiration à une primaire, c’est bien qu’il y a une volonté d’alternative ». « Ça peut paraître simpliste, mais il y en a marre d’être éparpillés », résume-t-elle, regrettant que, pour l’heure, aucune personnalité n’apparaisse capable de « fédérer » tous ceux qui rêvent d’une politique de gauche.

« Inverser la déportation de la société vers la droite »

Entrant à la tribune dans le vif du sujet, c’est avec ce sentiment d’urgence que Caroline De Haas dit avoir, à « quelques-uns », imaginé l’appel lancé fin janvier à l’organisation d’une primaire à gauche. « Cette colère de voir la situation sociale se dégrader, de savoir qu’on peut changer les choses et de voir celles et ceux pour qui on a voté (y renoncer – NDLR)… Cette colère nous a donné envie de participer à créer un mouvement qui permette à la fois d’inverser la déportation de la société vers la droite et l’extrême droite, de prendre le pouvoir et de mettre en place des politiques qui changent la vie des gens », explique l’ex-militante PS, farouchement opposée en 2011 à la primaire. « Par définition, il y a marqué “piège” mais la question, c’est : “Qu’est-ce qu’on peut faire ?” », interroge-t-elle, résumant les éléments l’ayant poussée malgré tout à ce choix : « On s’est dit que la primaire était peut-être un moyen de rassembler des citoyennes et citoyens, de créer un rapport de forces avec les appareils pour les pousser à se mettre autour d’une table. » Pour elle, pas de doute, il s’agit bien d’une primaire de « l’alternative », et non pas de « gouvernement ». « Cela soulève toute une série de problèmes et le processus engagé n’est pas aujourd’hui assuré », a également convenu Pierre Laurent, qui a pour autant réaffirmé son intention de « travailler les yeux ouverts et avec vigilance à la convergence » : « La porte qui vient de s’ouvrir (avec les différents appels à une primaire à gauche – NDLR), il faut la pousser et l’investir pour créer du projet et de l’implication populaire. Ce sont les deux clés. » Et de mettre en garde : « Dans cette situation, si chacun n’est pas capable de faire un pas vers l’autre, nous commenterons les uns et les autres le désastre politique. »

Sur le fond, à l’heure où le FN, qui prône le repli national, marque des points, l’enjeu international a occupé le débat. « Il est particulièrement attendu que la gauche sache dessiner une ambition à l’échelle internationale. Nous ne sommes pas en vase clos. Sur les questions sociales, on ne peut plus s’extraire de cette dimension car une des caractéristiques du système économique capitaliste, c’est bien de mettre en concurrence les travailleurs au-delà des frontières », a noté Bernard Thibault, énonçant plusieurs propositions à l’appui, comme l’interdiction de déroger aux normes internationales du travail. Et la question s’invite dans nombre de vies, ne serait-ce que parce que les délocalisations et autres avatars de la concurrence généralisée justifient nombre de licenciements. « Investir cette dimension, alors qu’elle apparaît pour énormément de salariés en lutte comme inaccessible, nous ouvrirait beaucoup de perspectives », estime Pierre Laurent, qui souligne par ailleurs qu’en France « redonner du pouvoir à la société ne passe pas que par un processus de primaire mais par les luttes sociales et populaires, par la politisation populaire pour la construction d’un projet alternatif ».

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