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Espagne : vers une convergence Podemos-Izquierda Unida

Publié le par Daniel Sario

Pablo Iglesias et Alberto Garzon . Photo Agustin Catalan
Pablo Iglesias et Alberto Garzon . Photo Agustin Catalan

Podemos et Izquierda Unida s’allieront dans le cadre d’une coalition nationale en cas de réédition des élections générales le 26 juin prochain, selon un pacte qui n’est pas signé, mais qui à l’aval de Pablo Iglesias et d’Alberto Garzon. Des sources du parti violet ont confirmé aujourd’hui que le principe de l’accord n’a pas été officialisé dans l’attente prévisible de la dissolution des Cortes et la convocation d’un nouveau scrutin, le mardi 3 mai, mais ils donnent pour établi qu’il y aura entente.

Parmi les détails à régler il reste le nom, bien qu’il soit déjà prévisible qu’on y mélange l’estampille Podemos En Común. Le parti d’Iglesias qui s’est refusé à ce que soit inclue le sigle IU, voit d’un bon œil la proposition de récupérer le nom de la plateforme Ahora En Común apparue en 2015 pour faciliter justement une convergence entre Podemos et IU mais, ensuite, ne fut pas possible. La formule de la coalition et la dénomination finale est importante, car, au-delà de tout sentimentalisme, elle permettra à Izquierda Unida de recevoir des subventions et solder une partie de la dette qui s’élève à 14 millions selon le dernier rapport du Tribunal des comptes.

L'hommage implicite de Rajoy

Après avoir pris connaissance du document, IU demanda « prudence et patience », face à la crainte que ce soit « utilisé comme monnaie d’échange » dans la ligne droite finale du calendrier sur lequel sont toujours possibles des négociations, et qu’on puisse faire un usage partisan du pacte. La chef de cabinet de Podemos, Irène Montero, nuança qu’il n’y avait encore rien de signé, mais elle admit qu’il y a « volonté » et « compréhension » pour « explorer » l’alliance. Et depuis la Moncloa, Mariano Rajoy exprima que la coalition « des radicaux et extrémistes » ce serait « mauvais pour le bien être des espagnols ». Ce qui en dit long sur la crainte que cette coalition inspire au leader de la droite et président du gouvernement en fonction, et valorise donc la portée de cet accord.

Des sources bien au fait des négociations révèlent que Garzon a sollicité une dizaine de postes et qu’il revendique une place de premier plan sur la liste madrilène, ce qui place le leader violet dans une situation embarrassante. Les listes – il n’y aura pas de primaires - sont « zippées », c'est-à-dire, qu’elles alternent homme et femme. Si Iglesias prend le numéro un et que Garzon réclame logiquement le trois, Iñigo Errejon qui occupait cette position en décembre pourrait être déplacé en cinquième place. En fonction de l’emplacement des candidats de Izquierda Unida, la tension à Podemos pourrait monter. Quoiqu’il en soit, l’accord devra être avalisé par les sympathisants alors que le délai pour s’inscrire comme "coalition" au Ministère de l’Intérieur expire le 13 mai.

Avec cette décision, Podemos transige sur sa feuille de route. Rappelons que pour les élections du 20 décembre, il n’avait pas accepté un pacte national avec Izquierda Unida et scella seulement des accords en Catalogne et en Galice. Jusqu’où mènera ce virage. Certains dans l’entourage du leader « violet » refusent que les liens soient trop étroits car ils souhaitent bâtir un parti expérimental. Ainsi les Errejonistes qui pensent qu’avec la fusion se perdrait la capacité de séduire un éventail plus large de l’électorat. Il ne s’agit pas là d'une réflexion purement rhétorique car elle a des implications directes, comme par exemple de savoir si la campagne se fera ensemble ou en parallèle.

« A la hauteur du moment historique »

Si la thèse de la fusion s’impose, la campagne sera unitaire, avec des identités mêlées et des meetings des candidats de Podemos et d’IU sur le même scénario. Si, finalement, le choix se porte sur la stratégie « ensemble mais parallèlement » (1) les actions s'effectueront séparément. Reste à savoir qui dirigera la campagne. Jusqu’à maintenant c’est Errejón qui a coordonné toutes celles de son parti et, ce mercredi, Pablo Iglesias a assuré qu’il compte sur lui pour être la « tête principale » de la prochaine. Mais il n’a pas confirmé qu’il en serait l’unique directeur et, pas davantage, qu’il lui laissera les reines de tout autre type de campagne, surtout si l’accord conclu au final s’est éloigné de ses conceptions stratégiques.

En interne, Iglesias a demandé aux siens qu’ils soient « à la hauteur de ce moment historique » car ce n’est un secret pour personne que les dirigeants errejonistes sont réticents à la convergence avec Izquierda Unida. Jusqu’aux dernières élections générales ils considéraient que cette position les plaçait dans un front des gauches éloigné de la centralité de l’échiquier politique. Le nouveau contexte imposé par la répétition des élections fait qu’ils ont nuancé leur position et qu’ils considèrent maintenant que la convergence avec Garzon peut finir par rajouter des suffrages, même s'ils persistent à tracer des frontières qu’ils ne souhaitent pas franchir et revendiquent que soient maintenue une ligne transversale afin de séduire un électorat au-delà des marges de la gauche. « Nous poursuivons la feuille de route, qui n’est pas de s’adresser à ceux qui partagent les mêmes étiquettes, sinon la volonté commune de refondation démocratique, pour établir des institutions au service des gens, là est le leitmotiv », expliqua Errejon en conférence de presse mardi dernier eu égard au débat identitaire.

Ada COLAU et Monique OLTRA très favorables

Les pourparlers entre Iglesias et Garzon ont retenu l’attention d’autres voix écoutées. La maire de Barcelone avait déjà transmis la semaine dernière à Madrid son souhait que Podemos et Izquierda Unida réalisent un accord plus ample que celui conclu le 20 décembre en Catalogne et Galice. Ainsi, Ada Colau invita personnellement Alberto Garzon le député malagueño pour qu’il assiste à son intervention à l’occasion d’un colloque informatif dans la capitale et, significativement, Garzon avait partagé la photo officielle avec l’édile, Iglesias y Errejón.

Egalement, la leader de Compromís, Mónica Oltra, a préconisé l’amplification des pactes conclus par les forces du changement pour avoir « un meilleur rendement » et combattre « la dispersion des votes ». Le 20 décembre, Podemos rassemblait cinq millions de votes, 300 000 de moins que le PSOE, pendant que Izquierda Unida en obtenait un million. Du côté de la direction du parti violet on considère que l’alliance pour le 26 juin pourrait permettre de dépasser les socialistes et aboutir à un gouvernement progressiste.

Note : 

(1)  je n'ai pas trouver mieux pour traduire "juntos pero no revueltos"

 

 

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