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La baisse globale du chômage n’a été que de 9600 personnes en mars

Publié le par Daniel Sario

La baisse globale du chômage n’a été que de 9600 personnes en mars
Si la baisse du nombre d’inscrits à Pôle emploi de la catégorie A atteint 62.400 personnes en mars, la hausse des gens inscrits en catégorie B et C, ceux qui ne travaillent que quelques heures dans le mois, est de 52.800. Au final, la diminution totale du chômage n’est que 9.600 personnes. Avec 630.000 demandeurs d’emploi de plus qu’en mai 2012, nous sommes donc loin de l’objectif, du quinquennat de François Hollande, d'inversion de la courbe du chômage.

Par Gérard le Puill | Mercredi, 27 Avril, 2016 | Humanite.fr


La nouvelle a fait les grands titres des journaux télévisés du soir : le nombre d’inscrits à Pôle emploi n’ayant pas du tout travaillé au mois de mars a diminué de 62.400. Mais aucune précision n’a été donnée pour analyser ce recul. On ne sait si cela correspond vraiment à autant d’emplois retrouvés par des chômeurs de catégorie A, où si une part de ce recul correspond à des radiations qui ne seraient pas synonymes d’un retour à l’emploi. Cette baisse intervient après une hausse de 38.900 inscrits en catégorie A au mois de février. La France comptait donc 3,79 millions de chômeurs de catégorie A au 31 mars 2016 contre 3,16 millions au tout début du quinquennat de François Hollande. Il faudrait donc que leur nombre de demandeurs d’emplois dans la catégorie des gens qui n’ont pas travaillé une seule heure dans le mois diminue de 630.000 personnes d’ici mai 2017 pour que François Hollande gagne son pari sur l’inversion de la courbe du chômage durant son quinquennat.

La partie est loin d’être gagnée. Car un autre chiffre a été occulté dans la plupart des journaux télévisés d’hier soir. En mars, le nombre de demandeurs d’emplois qui perçoivent l’allocation chômage tout en travaillant quelques heures dans le mois a augmenté de 52.800. Du coup, la baisse totale du nombre des demandeurs d’emplois n’est plus que de 9.600 personnes. En mars, cette inversion de tendance semble indiquer que les patrons fonctionnent comme si le projet de Loi El Khomri avait déjà été voté. On a embauché plus facilement d’un côté en précarisant davantage l’emploi de l’autre. En témoigne l’évolution du travail en intérim. Il progresse de 5,9% en mars après une hausse de 4,3% en février. Mais, signe d’une précarisation accrue dans des métiers difficiles, l’intérim augmente en mars de 12,3% dans les transports, de 7,1% dans le bâtiment et les travaux publics, de 6,5% dans le commerce et il augmente de 9,6% chez les ouvriers qualifiés et de 7,7% chez les cadres et les professions intermédiaires.

Le règne du mensonge et de l'imposture

Sitôt connus les chiffres du chômage pour le mois de mars, les commentaires sont allés bon train pour savoir si cela crée ou non un terrain favorable pour que François Hollande se représente à la présidentielle de 2017, lui qui déclarait dès 2012, qu’il ne solliciterait pas un second mandat s’il ne parvenait pas à finir son mandat avec moins de chômeurs que lors de son arrivée à l’Elysée. Nous avons recherché et retrouvé les principales déclarations faites sur le sujet par François Hollande depuis quatre ans. Le 15 avril 2012, le candidat Hollande déclarait au Journal du Dimanche : « le chômage n’est pas une fatalité et j’inverserai la courbe ». Dix jours plus tard, lors d’une conférence de presse de l’entre deux tours il déclarait : « j’inverserai la courbe du chômage. J’accepte d’être jugé sur cette promesse ». Le 9 septembre de la même année, au journal de 20H de TF1 présenté à l’époque par Claire Chazal il promettait d’ « inverser la courbe du chômage d’ici un an», avant de préciser par quels moyens; lesquels n’ont guère fonctionné depuis.

Le 17 avril 2014, lors d’une visite dans une usine du groupe Michelin, François Hollande déclare devant les salariés : « Si le chômage ne baisse pas d’ici à 2017, je n’ai aucune raison d’être candidat, ou aucune chance d’être réélu ». On remarquera ici un premier changement dans le discours. Dans la tête du président Hollande, le chômage doit baisser entre avril 2014 et avril 2017, sans qu’il termine forcément son quinquennat avec moins de chômeurs que lors de son élection en 2012. Le 27 juillet 2015, lors d’une rencontre avec une centaine de journalistes à l’occasion du dîner annuel de l’Association de la presse présidentielle, le langage de François Hollande évolue encore sur le sujet. Il explique qu’il doit « faire diminuer le chômage suffisamment longtemps pour qu’il soit suffisamment crédible ». Car, explique-t-il, « s’il n’y a pas de résultat, il ne peut pas y avoir de crédibilité sur une candidature» .

Bien que le résultat tarde à venir, le président répète encore sur France Inter le 19 février 2016 à propos d’un nécessaire recul du chômage sans toutefois reprendre les propos qu’il tenait en 2012: « j’ai dit que je serai jugé sur cette question là. Je ne me déroberai pas. Je n’ai de ce point de vue-là qu’une seule parole. J’ai été candidat pour que nous créions les conditions pour qu’il y ait une baisse du chômage et il doit y avoir une baisse du chômage, et s’il n’y a pas de baisse du chômage, vous savez quelles conclusions j’en tirerai ». Après les chiffres publiés hier, la France compte en ce mois d’avril 2016 quelques 630.000 chômeurs de catégorie A de plus que lors de l’arrivée de François Hollande à l’Elysée en mai 2012. La promesse fait en début de mandat d’avoir moins de chômeurs en France en 2017 qu’en 2012 est devenue intenable.

Le fin mot de la loi El Khomri

C’est pour cela que le chef de l’Etat et son gouvernement ont mis en chantier le projet de loi El Khomri dont la ligne directrice consiste à précariser l’emploi en réduisant les droits acquis dans les entreprises et les banches professionnelles dans l’espoir de faciliter les embauches durant les derniers mois du quinquennat en cours. Cette manœuvre est perceptible dans les propos tenus par François Hollande en 2015 devant deux journalistes qui l’ont rapporté dans un livre (1) paru le mois dernier. A ses interlocuteurs en attente de dates et de chiffres sur l’ampleur de cette baisse du baisse du chômage, le président a dit ceci : « Ce sera une tendance, une ambiance. Plus une ambiance qu’une tendance, d’ailleurs. Il y a les chiffres, il y a les statistiques, et puis, il y a ce que les Français ont comme sentiment, comme impression de ce qu’est la réalité économique sur leur propre vie. Aujourd’hui, ils se disent que ça va quand même un peu mieux. Ce n’est pas encore ce qu’ils voudraient, mais aujourd’hui, quand je dis que la reprise est là, ce n’est pas perçu comme une provocation. Il y aura toujours des gens au chômage, mais il faut qu’ils aient le sentiment qu’ils ne le seront plus pendant longtemps. S’ils ont le sentiment qu’ils le seront jours, ça n’ira pas ».

Voilà donc, en creux, toute l’explication du projet de loi El Khomri : donner aux Français le sentiment que les choses vont s’améliorer sur le front de l’emploi. Afin de donner une seconde chance à un président qui n’a pas tenu ses engagements.

(1) Le Pari de Charlotte Chaffanjon et Bastien Bonnefous , éditions Plon , page 57.

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