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La CGT solde les comptes de la crise de 2014

Publié le par Daniel Sario

Bernard Rondeau / Photosociale
Bernard Rondeau / Photosociale

Lors de la deuxième journée du 51e congrès du syndicat, à Marseille, les délégués ont cherché à tirer les leçons « des erreurs du passé », en particulier de la « crise » traversée par la confédération et qui a conduit au changement de secrétaire général entre deux congrès.

Par Clotilde Mathieu | Mercredi, 20 Avril, 2016 | L'Humanité

Marseille (Bouches-du-Rhône), envoyée spéciale. Quinze mois après la démission de Thierry Lepaon, les militants présents au parc Chanot n’ont pas retenu leur colère quant « aux dysfonctionnements graves » pointés à l’époque. Un débat franc mais serein qui a marqué la deuxième journée du 51e congrès de la CGT, à Marseille. « Nous sommes là pour dire les choses. Alors que nous assistons à une vague de régression, la crise interne n’a pas facilité la tâche », a ainsi résumé le délégué de la fédération du commerce. Des « difficultés internes » sur les « prises de décisions impliquant l’argent des syndiqués, l’utilisation malsaine de documents internes » qui, selon la fédération des finances publiques, sont « inadmissibles et intolérables ». Cette dernière a voté contre ce rapport d’activité, tout comme le syndicat des journalistes SNJ-CGT qui a, entre autres, dénoncé la « communication désastreuse » qui a accompagné la crise de 2014. Une fédération qui exige d’avoir une réponse, afin de savoir « qui a profité des surfacturations » générées par les travaux de l’appartement et du bureau de fonction de l’ancien secrétaire général.

La logique de blocs, de tendances, d’écuries, ne peut être la logique de la CGT

« Cette crise révélée durant ce mandat est née bien avant le 50e congrès de la CGT, note une syndicaliste de la Mécanic Vallée cherchant à relativiser l’impact en interne. « Dans nos entreprises, nos syndiqués étaient bien plus préoccupés par la situation de leur entreprise que par ces règlements de comptes au sommet, mais il est temps de remettre la CGT dans le bon ordre », a-t-elle ajouté. Alain Alphon-Layre, ancien membre du bureau confédéral dirigé par Thierry Lepaon, s’est expliqué sur la gestion de l’affaire de l’appartement et du bureau de l’ex-secrétaire général de la CGT.

Celui qui a voulu « donner les faits et uniquement les faits » a également estimé que « les préconisations du CCN (Comité confédéral national – NDLR) pour tirer les conséquences de ces faits ont été mises en place immédiatement. D’autres font l’objet d’avancées significatives », comme l’entrée en vigueur de « nouvelles procédures financières plus détaillées et contraignantes », a précisé Michel Faivre-Picon, pour la commission financière de contrôle (CFC), ou la création d’un « groupe de travail sur les moyens mis à disposition des dirigeants de la confédération et des organisations CGT pour assurer leur mandat ». Mais « les faits », a rappelé Alain Alphon-Layre, « sont aussi des personnes qui ont préféré mettre ça sur la place publique plutôt que de le régler à la CGT ». Avant de rappeler que « les questions de fond, les désaccords à la CGT, doivent être débattus dans les instances prévues pour cela et en aucun cas par des groupes de pression, (…) a fortiori en se servant de la presse. La logique de blocs, de tendances, d’écuries, ne peut être la logique de la CGT », a-t-il conclu.

Au final, 68,3 % des délégués ont validé le document d’activité, 31,3 % ont voté contre, parmi les suffrages exprimés, 14,1 % des délégués choisissant par ailleurs de s’abstenir. Lors du 50e congrès, en 2013, le rapport d’activité, saluant le dernier mandat de Bernard Thibault, avait été validé à plus de 87 %. Les délégués présents hier à Marseille sont également intervenus sur d’autres sujets. Car, pour eux, l’essentiel est devant. À l’image de ces six derniers mois de luttes, six mois qui manquent dans le rapport d’activité, afin « de respecter les délais prévus par les statuts », a expliqué Nathalie Verdeil, citant notamment la lutte contre la loi El Khomri. « Six mois qui témoignent de notre capacité de réactivité, notre capacité à avoir des revendications claires et précises », a appuyé Christine, une déléguée.

« La colère est très importante, très profonde, bien au-delà de la loi El Khomri », estime une autre déléguée, syndicaliste d’une clinique privée bordelaise. « Après la bataille des retraites de 2010, il est difficile de mettre les salariés en lutte, a-t-elle analysé. Malgré cela, les salariés recommencent à reprendre le goût de la lutte. » Une analyse partagée par un de ses camarades de Michelin. Car, face aux profits records de 6,5 milliards d’euros, la direction de son groupe a proposé 500 suppressions d’emplois sur le site de Clermont-Ferrand. « Jusqu’à présent, nous n’avons pas su créer le rapport de forces nécessaire. Et nous devons retenir les erreurs du passé pour ne pas rester une machine à perdre. » Des questionnements et des défis dont les congressistes auront à débattre ce mercredi après-midi.

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