Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Après les raffineries, les salariés de l'énergie, du rail et du ciel appellent à la grève

Publié le par Daniel Sario

dessin : Placide
dessin : Placide

Pétrole, rail, aviation... la liste des secteurs dans lesquels les salariés votent la grève s’allonge. Contre la loi travail, tous les signaux se mettent au rouge.


Le réacteur numéro 1 du site de Nogent-sur-Seine étant déjà à l'arrêt pour un problème technique, le réacteur numéro 2 va subir "une baisse de charge jusqu'à l'arrêt total", prévu pour jeudi, précise le dirigeant syndical. Au plan national, la CGT-Energie a appelé, mardi, à un mouvement d'action, jeudi, notamment dans ses centrales nucléaires, "le plus fort possible". Elle n'exclut pas "des baisses de charges" électriques. "On sent clairement que le mouvement de contestation monte", assure la CGT, qui souhaite "le retrait de la loi travail" mais entend également réitérer ses inquiétudes quant à l'avenir de la branche énergétique. L’objectif consiste à faire pression sur le gouvernement pour obtenir le retrait de la réforme du code du travail.

La CGT, rejointe dans certaines unités par Force ouvrière, a prévu des blocages de sites jeudi, des barrages pour filtrer l’accès du personnel, mais aussi des baisses de production électrique. Elles pourraient aller jusqu’à l’arrêt complet de certaines centrales. La direction d’EDF se prépare à faire face à ces perturbations, même si elle ne peut pas, pour l’heure, en prédire l’ampleur. « C’est en ce moment que se joue le sort du projet de loi travail, donc c’est maintenant qu’il faut agir, argumente Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la fédération CGT-Energie. Jeudi, nous appelons donc le personnel à participer au mouvement et à faire monter la pression, que ce soit par des baisses de charge ou des coupures sur le réseau. »

La journée de mardi a aussi été marquée par des coupures de courant revendiquées par les salariés en colère contre la loi El Khomri. A Plan-de-Campagne, près de Marseille, le plus grand centre commercial d’Europe a été victime d’une interruption de ce type, selon la CGT, et d’autres ont eu lieu à Nantes.

Durcissement dans les raffineries

Dans les raffineries, la situation s’est durcie dans la journée de mardi après l’intervention des forces de l’ordre pour débloquer les accès aux dépôts pétroliers de Fos-sur-Mer et de Lorient a incité le personnel à faire bloc. Mercredi matin, six raffineries, sur les huit que compte le pays, sont à l’arrêt ou tournent au ralenti, particulièrement celles de Total. Les sites de Feyzin (Rhône) et Gonfreville-L’Orcher (Seine-Maritime) sont ainsi totalement à l’arrêt, tandis que celui de Grandpuits (Seine-et-Marne) est en cours d’arrêt total, que « quelques unités » ne fonctionnent plus à Donges (Loire-Atlantique) et que La Mède (Bouches-du-Rhône) fonctionne toujours « en débit réduit ».

L’accès au dépôt de carburants de Douchy-les-Mines, dans le Nord, où des manifestants opposés au projet de loi travail occupaient les lieux depuis le 19 mai, a été débloqué à l’aube par les forces de l’ordre. « On a levé tous nos barrages », a expliqué le porte-parole du syndicat SUD dans le Valenciennois. L’opération s’est déroulée « sans heurts », a-t-il précisé : « Les CRS sont allés vite, ils ont utilisé le canon à eau. On sent les forces de l’ordre sur les nerfs. » L’intervention a débuté vers 5 heures pour dégager l’accès à cet important dépôt de carburants situé près de Valenciennes. Environ 80 militants de la CGT et de SUD étaient encore présents sur les lieux. Vingt camions de CRS avaient été mobilisés pour les déloger, a précisé le syndicaliste.

Mardi, la préfecture du Nord avait annoncé qu’environ un cinquième des stations-service du département étaient à sec. Le même jour, le secrétaire d’Etat aux transports Alain Vidalies avait quant à lui fait savoir que 20 % des quelque 12 000 stations-service françaises étaient « en difficulté » d’approvisionnement. A l’Assemblée nationale, il avait confirmé que le gouvernement garantirait « la liberté d’accès aux dépôts » pour desservir ces dernières.

Au même moment, mercredi matin, à Brest, des membres de Force ouvrière et des militants du mouvement Nuit Debout bloquaient le rond-point des Foulques, point d’accès au dépôt d’essence de la ville. D’après nos journalistes présents sur place, les CRS étaient en train d’intervenir pour disperser les manifestants.

La CGT cheminots appelle à la grève reconductible à partir du 31 mai

Du côté du rail, la CGT cheminots, premier syndicat à la SNCF, avait déjà déposé dès le 12 mai un « préavis de grève reconductible illimité, par tranche de quarante-huit heures hebdomadaire, couvrant chaque semaine les mercredis et jeudis ». Elle a appellé hier à reconduire la grève chaque jour à partir du 31 mai. Avec SUD rail, les deux organisations syndicales veulent se donner les moyens de réussir les journées de mobilisation des 25 et 26 mai. Pour les cheminots, la lutte contre la casse sociale du transport ferroviaire public se mêle au combat contre la loi travail. Chez leurs collègues du métro parisien, la CGT RATP a déposé un préavis de grève illimitée à compter du 2 juin. Eux non plus ne veulent plus continuer de subir un gel des salaires depuis deux ans et des conditions de travail dégradées que viendrait aggraver encore plus la loi travail et ses mesures.

Annnonce de mouvements dans l'aviation civile

De leur côté, tous les syndicats de l'aviation civile appellent à la grève du 3 au 5 juin pour demander l'arrêt des baisses d'effectifs et peser sur la renégociation de leur cadre social et indemnitaire. "Les négociations protocolaires piétinent car les propositions du gouvernement et del'administration ne sont pas acceptables", dénonce l'USAC-CGT, premier syndicat de la DGAC, dans un communiqué, mardi. La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) a précisé qu'une "prochaine et a priori dernière" réunion de négociation sur le cadre social s'appliquant aux agents chargés de superviser la sécurité aérienne était programmée le 31 mai, "à la suite de laquelle on saura si les préavis sont maintenus ou pas". Il y a tout lieu de penser que début juin la concordance de cette grève avec le blocage des raffineries qui devrait se poursuivre et le mouvement social à la RATP qui commence le 2 juin, la colère qui gronde face à la loi travail et au mépris des salariés ne pourra plus être ignorée par le gouvernement !

Commenter cet article