Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Détruire l’Urssaf pour enrichir Uber

Publié le par Daniel Sario

Détruire l’Urssaf pour enrichir Uber
Jean-Marc Daniel est un professeur aux idées courtes mais aux dents longues dans sa posture de larbin au service du capital. D’où ses commentaires scandaleux dans Les Echos du 25 mai contre l’Urssaf qui ose encore collecter les cotisations sociales qu’Uber Pop ne veut pas payer en saisissant la justice. Lesquelles cotisations assurent, pour le moment, une couverture sociale à peu près digne de ce nom à tous les Français, Jean-Marc Daniel compris.

Par Gérard Le Puill | Vendredi, 27 Mai, 2016 | Humanite.fr

Nous vivons dans un drôle de pays. Un pays où beaucoup de journalistes et autres commentateurs politiques déconnectés des réalités du terrain passent leur temps à dénigrer la CGT. Elle est coupable à leurs yeux de ne pas accepter que la précarité du travail et des conditions de vie du plus grande nombre doivent continuer de se dégrader se généraliser en ce début du XXIème siècle alors que la chose deviendrait inéluctable, au nom de la modernité. Dans cette surenchère pour devenir le meilleur larbin du capital, certains veulent avoir un coup d’avance, au point de préconiser la disparition pure et simple de la Sécurité sociale. Sans le dire clairement, cela va de soi. Mais en « argumentant » pour que cela arrive via les potentialités de « l’ubérisation » de l’économie.

C’est le cas de Jean-Marc Daniel dans une tribune parue dans Les Echos du 25 mai. Jean-Marc Daniel est un polytechnicien qui a d’abord travaillé à l’INSEE où il se serait occupé du régime de Sécurité sociale des mineurs. On sait qu’il n’y a plus beaucoup de mineurs en vie dans notre pays. Et, connaissant le parcours de Jean-Marc Daniel devenu depuis professeur et invité quai permanent de certains médias, on se dit qu’il a du se dire que l’on n’avait plus besoin d’un système collectif de protection sociale en France.

Dans Les Echos, il plaide carrément pour la suppression de la Sécurité sociale. Pas directement certes, mais à travers la mise en cause de l’Urssaaf, organisme gouvernemental et officiel qui se charge de collecter les cotisations et contributions sociales des entreprises dans le but d’assurer la gestion de la trésorerie de la Sécurité sociale. Aux yeux de ce partisan d’une nouvelle forme d’esclavagisme, l’Urssaf qui menace de poursuivre Uber pour le contraindre à payer les cotisations sociales de ses chauffeurs et autres travailleurs précaires ne mène pas « un combat contre la fraude mais un combat d’arrière garde contre le progrès et contre l’évidence. En agissant ainsi, l’Urssaf retrouve les réflexes des tisserands anglais des années 1810 qui cassaient les machines sous prétextes qu’elles supprimaient des emplois et surtout, qu’en dénaturant le travail, elles conduisaient à la disparition de tout un art de vivre… »

Cette tribune est un monument d’imbécilité. Une imbécilité doublée d’une tentative de manipulation de l’opinion sur fond de malhonnêteté intellectuelle. Le professeur Daniel veut convaincre que « l’ubérisation » donne plus de liberté à chacun dès qu’elle permettrait de mettre fin au salariat en généralisant le statut d’auto-entrepreneur précaire et sous payés. Il affirme au passage que « dans la société ubérisée, les relations deviennent contractuelles, les tensions sont concurrentielles et les différents se règlent par une justice en pratique assez souvent arbitrale ». Il occulte sciemment, la surexploitation à laquelle sont soumis les gens qui exercent surtout des métiers de domestiques en transformant leur voiture en taxi qui ne dit pas son nom, en livrant des repas en vélo pour gagner péniblement de quoi survivre tout en travaillant beaucoup à des heures pas possibles.

Il accuse l’Urssaf de vouloir « préserver ses rentes » comme s’il s’agissait d’une banque privée en quête de profits et non d’un organisme chargé de collecter le salaire différé que l’entreprise doit payer pour le compte de chaque travailleur, afin de financer notre système de protection sociale et les retraites. Comme il ne peut pas occulter totalement le sujet, la dernière phrase de sa tribune nous dit qu’il vaut mieux aujourd’hui « organiser le changement dans le financement de la santé et de la retraite à la lumière du monde dans lequel nous vivons que de laisser l’Urssaf entretenir un combat vain net rétrograde contre Uber » Sauf qu’il n’a pas un seul mot pour dire où et comment on va trouver l’argent via le changement qu’il appelle de ses vœux. Mais peut-être ne veut-il plus de protection sociale, ni de retraite pour le plus grand nombre. Drôle de mentalité pour un professeur dont la rémunération est assurée par le budget de l’Etat. Un budget que chaque habitant de ce pays alimente par les impôts qu’il paie directement ou indirectement via la TVA.

Comme Jean-Marc Daniel s’exprime souvent sur des chaînes publiques et surtout privées de la télévision, la question se pose aussi de savoir ce qui fait, aux yeux des chaînes qui l’invitent, l’intérêt d’un raisonnement à ce point hystérique, déplacé et odieux quand tant de gens souffrent déjà dans ce pays de la précarité de l’emploi et du recul de la protection sociale. « Les cons ça ose tout, c’est même à cela qu’on les reconnaît », faisait dire Michel Audiard à l’un des personnages des « Tontons flingueurs ». 53 ans plus tard, le propos est plus actuel que jamais! Reste à comprendre pour quelles raisons on les invite à débiter leurs âneries un peut partout.

Commenter cet article