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Le retrait de la loi travail fait toujours marcher

Publié le par Daniel Sario

Le retrait de la loi travail fait toujours marcher

La votation citoyenne mise en place par l’intersyndicale a envahi, en trois semaines, tous les espaces et récolté 389 124 voix demandant le retrait du projet de loi travail, selon les premières estimations des syndicats. Mobilisés aujourd’hui, ils rencontreront dans la matinée le conseiller social de l’Élysée.

Fanny Doumayrou, Kareen Janselme, Clotilde Mathieu, Pauline Pinatel et Lola Ruscio
Mardi, 28 Juin, 2016 | L'Humani

Aujourd’hui, jour de vote du projet de loi El Khomri au Sénat, les salariés opposés à la loi travail défilent dans toute la France, y compris à Paris, pour la 11e journée d’action nationale. Après le tollé de la semaine passée, les Parisiens ont arraché le droit de manifester sans tourner en rond. « Il n’était pas concevable que nous recommencions comme la semaine dernière », affirme Pascal Joly, secrétaire général de l’union régionale CGT d’Île-de-France. Après avoir proposé une nouvelle fois « une manifestation statique » place de la Nation, puis un nouveau circuit fermé plus long de Nation à Nation, le préfet a fini par accepter le parcours demandé par l’intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, UNL, Fidl). Cette fois-ci, les manifestants marcheront bien de la place de la Bastille à la place d’Italie, même si des mesures préventives sont prévues sur le trajet du parcours. « Le préfet a entendu notre mécontentement et nous avons trouvé ce compromis qui nous donne satisfaction », souligne Pascal Joly.

Une 11e journée d’action durant laquelle les syndicats iront remettre le résultat des votations citoyennes organisées par l’intersyndicale (CGT-FO-FSU-Solidaires-Unef-UNL-Fidl). « L’objectif de cette initiative était de connaître l’avis de tous les salariés sur la loi travail, et d’étendre le mouvement au-delà de la sphère syndicale », explique Didier Porte, responsable confédéral FO en charge de la loi travail. « Une réussite pour cette votation inédite », affirme de son côté Marie Saavedra, responsable confédéral de la CGT en charge de la votation citoyenne. Laquelle, « en à peine trois semaines, et en menant de front la mobilisation dans les entreprises, a permis de recueillir 329 164 votes exigeant le retrait du projet de loi travail », a affirmé la syndicaliste, estimant qu’un référendum syndical de cette ampleur, « ça reste du jamais-vu ». Des voix auxquelles il convient d’ajouter les 60 000 collectées, sur une quarantaine de départements, par Force ouvrière, qui n’avait pas encore dépouillé l’ensemble des urnes de votation, hier. L’analyse détaillée devrait être réalisée dans la soirée, mais dans les confédérations comme sur le terrain, les syndicats se réjouissent.

« Les gens ne veulent pas un Code du travail à géométrie variable »

Dans l’Orne, par exemple, l’intersyndicale CGT, FO et FSU a organisé deux stands de votation dans les rues d’Alençon et remettra aujourd’hui les bulletins de vote à la préfecture, à l’issue de la manifestation qui démarre à 11 heures. « Les votations organisées dans les entreprises ont bien marché quand les militants ont fait le boulot », se félicite Philippe Brossard, secrétaire de l’union départementale CGT, qui a rassemblé 1 700 votations, sans compter les votes par Internet qui sont remontés directement à la Confédération. Chez KME Brass, près de L’Aigle, une fonderie employant 300 personnes en CDI et 40 intérimaires, un préavis de grève reconductible a été déposé fin avril par la CGT et des débrayages sont organisés tous les jours dans les différents ateliers.

Le syndicat a organisé la votation le 6 juin, sur une heure d’information syndicale. « La moitié des salariés ont voté, ce qui correspond à presque 100 % du collège ouvrier, explique Jean-Pierre Guérin, délégué CGT. Seulement sept votes étaient contre le retrait du projet de loi, et encore, il s’agit peut-être d’erreurs à cause de la formulation du bulletin. » D’après lui, de nombreux salariés auraient souhaité exprimer leur opposition à l’utilisation du 49-3, car « c’est ce qui a le plus choqué les gens, le passage en force ». La votation a été l’occasion d’organiser un petit débat autour de la loi. « Les salariés ne connaissent pas toute la loi mais les grandes lignes sur le licenciement économique, le référendum, la hiérarchie des normes », pointe le délégué. D’après lui, c’est la question de la majoration des heures supplémentaires qui intéresse le plus les collègues – d’autant que, depuis trois mois, la direction a appliqué la loi El Khomri en avance et décidé de les majorer à 10 % et non plus à 25 %.

Récit identique dans le Puy-de-Dôme, où près de 5 000 bulletins de vote ont été recensés dans l’union départementale Force ouvrière (FO). Selon le secrétaire général FO du Puy-de-Dôme, Frédéric Bochard, « les gens qui savent ce qu’est une convention collective sont attachés à leurs droits et ne veulent pas d’un Code du travail à géométrie variable ». Des syndicalistes de la CFDT se sont même joints à l’organisation d’une votation citoyenne dans une entreprise de laboratoire pharmaceutique, MSD, raconte Frédéric Bochard. « C’est une première, ça montre bien que la ligne de la CFDT à l’égard de la loi El Khomri ne passe pas dans tous les syndicats de base », estime le syndicaliste.

La votation a eu un franc succès

Chez Thales, la votation a également eu un franc succès. « C’est en moyenne à 80 % que les salariés rejettent la loi travail », salue Laurent Trombini, en charge de la coordination CGT du groupe. La participation tourne autour de 30 à 40 % avec un pic dans l’Essonne à Limours, puisque la moitié du personnel de l’entreprise est allée voter. Idem chez Airbus à Nantes, où 1 027 salariés ont participé au vote, soit près de la moitié là encore des effectifs de l’entreprise. « D’habitude on ne dépasse pas les 800 participants, là c’est vraiment une bonne surprise », se félicite Pascal Buisson, secrétaire général CGT du site : 822 salariés se sont prononcés pour le retrait de la loi, 145 contre, tandis que 60 ont voté blanc.

Au-delà du résultat, « cette votation a permis à toutes celles et tous ceux qui ne peuvent pas se rendre aux manifestations de donner leur opinion », affirme Sophie Binet, secrétaire générale adjointe de l’Ugict-CGT. « Nous avons eu un vrai débat critique sur le fond, alors que depuis quatre mois les médias parlent de tout sauf du contenu de la loi travail », poursuit-elle.

La votation citoyenne (1 200 bureaux de vote) a, durant trois semaines, envahi tous les espaces – marchés, entreprises, Internet –, selon les résultats mis en ligne sur le site et qui concernent 150 000 votants. On relève que 9 sur 10 se sont déclarés pour le retrait de la loi travail, et 8 sur 10 en faveur de nouveaux droits. Le résultat devait être affiné dans la soirée, avant la remise des résultats prévue ce matin à 10 heures à l’hôtel de Marigny, une annexe de l’Élysée, « où nous espérons pouvoir discuter avec le conseiller social de l’Élysée et lui rappeler nos principaux points d’achoppement sur le texte comme l’article 2, le référendum, la médecine du travail », a affirmé le syndicaliste de Force ouvrière. L’intersyndicale se retrouvera mercredi pour discuter des suites. En attendant, la votation « se poursuivra », garantit Marie Saavedra. Une votation est d’ailleurs programmée par le Clip-P, aujourd’hui, à 11 heures, sous la Canopée au Forum des Halles à Paris.

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