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EDF valide Hinkley Point et démembre RTE

Publié le par Daniel Sario

EDF valide Hinkley Point et démembre RTE
Le groupe est parti pour céder 49 % du gestionnaire du réseau français de transport d’électricité à la Caisse des dépôts. Son conseil d’administration a donné son feu vert aux projets d’EPR en Angleterre.

Par Marie-Noëlle Bertrand | Vendredi, 29 Juillet, 2016 | L'Humanité

Feu vert à l’EPR d’Hinkley Point d’une main, l’ouverture du capital de RTE (Réseau de transport d’électricité) de l’autre : Jean-Bernard Lévy a marqué un coup double, jeudi, lors du conseil d’administration d’EDF. Le PDG du groupe électricien français a réussi à faire entériner deux de ses projets fétiches, comptant aussi au rang des plus controversés. Il affirme ainsi une stratégie financière que beaucoup dénoncent comme périlleuse : ouvrant la voie au démantèlement de la filière énergétique française, elle la place aussi sur un terrain industriel glissant.

Fermement soutenue par le ministre de l’Économie et de l’Industrie Emmanuel Macron, l’idée de vendre 49 % du capital de sa filiale RTE était dans les tuyaux d’EDF depuis des mois. Le fait, révélé par le Monde jeudi après-midi, que l’énergéticien a fini par trouver un accord avec le groupe Caisse des dépôts (CDC) visant à lui céder la moitié des 105 000 kilomètres de ligne à haute tension, ne s’affiche donc pas comme une surprise. Pas plus que la précipitation avec laquelle EDF a soumis sa lettre d’intention, signée le matin même, à son conseil d’administration convoqué préalablement dans l’après-midi (on martèle depuis des semaines que l’affaire sera conclue d’ici août).

Le prix sur lequel EDF et la CDC cherchent à s’entendre n’était pas encore rendu public. Ce qui est sûr, c’est qu’il s’inscrit dans un programme plus large de cessions d’actif à hauteur de 10 milliards d’euros, prévu par EDF à l’horizon 2020. Alors que des acheteurs chinois et canadiens restent à l’affût, les syndicats dénoncent un bradage des infrastructures énergétiques françaises.

Un administrateur a démissionné juste avant le conseil

Le gouvernement et la direction y voient, eux, une opération financière permettant de réduire le lourd endettement de la société et de financer ses investissements… entre autres ceux nécessaires à la construction de deux réacteurs nucléaires EPR à Hinkley Point, en Grande-Bretagne. Extrêmement contesté – mais, là encore, solidement défendu par Emmanuel Macron —, le projet a, lui aussi, été entériné jeudi par le conseil d’administration… non sans mal. Car la majorité était loin d’être acquise à Jean-Bernard Lévy.

Du côté des salariés, la CGT, FO et la CFE-CGC dénoncent, depuis le début, un investissement trop lourd – près de 22 milliards d’euros – et trop précipité. Encore sous le coup du démantèlement d’Areva, « la filière nucléaire française doit retrouver sa stabilité avant de se lancer dans une telle opération », relève ainsi Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la FNME-CGT. Le projet risque, en outre, de grever l’investissement nécessaire à la réalisation de grand carénage (50 milliards d’euros) visant la sécurisation du parc français, souligne la syndicaliste. « Et alors qu’aucun retour d’expérience n’a pu être fait des deux EPR encore en construction à Flamanville et en Finlande, on se prive d’une possibilité d’optimiser les nouveaux modèles », conclut-elle.

Plus éloquent : les voix discordent aussi du côté des administrateurs d’État siégeant au CA du groupe. Entre autres, celle de Gérard Magnin, fondateur d’Energy Cities, réseau européen des villes en transition énergétique et ancien délégué régional de l’Ademe, lequel a démissionné avec fracas quelques heures seulement avant la réunion fatidique, déplorant la voie du tout atome pour laquelle EDF semble opter avec Hinkley Point. Paradoxalement, sa voix a manqué pour que le projet soit abandonné.

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