Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Terrorisme : des mesures institutionnelles pour seule réponse

Publié le par Daniel Sario

Terrorisme : des mesures institutionnelles pour seule réponse

Après les dérapages donnant dans la surenchère sécuritaire quelques heures seulement après le drame de Nice, la droite met en sourdine ses critiques, tandis que l’exécutif s’en tient à une réponse institutionnelle.

Par Lionel Venturini

Montrer qu’on agit : l’Élysée, à la suite du carnage à Nice le soir du 14 Juillet, va poursuivre aujourd’hui dans la même voie, en faisant savoir qu’un nouveau conseil restreint de défense se tient ce matin. De son côté, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a appelé samedi soir « tous les Français patriotes qui le souhaitent » à rejoindre la réserve opérationnelle. Les préfets peuvent puiser « dès à présent » dans « une ressource rapidement mobilisable » de 12 000 volontaires pour épauler les forces de sécurité. Le discours du pouvoir tend ainsi vers une mobilisation de la population et non plus des seuls services de sécurité, à la manière de ce que pratique la droite israélienne pour entraîner la population dans son projet politique.

Dans un communiqué, le PCF oppose que « le seul état d’urgence qui peut véritablement nous protéger est celui qui consistera à mettre “l’État islamique” hors d’état de nuire en faisant reculer, dans le monde et les têtes, ce qui a fait naître et grandir le monstre : les logiques de guerre et de chaos, les dominations, les injustices ». Décrivant un pays « sur un fil », avec notamment un risque de « basculement fatal » de la société « minée par les inégalités et les frustrations », Olivier Dartigolles rappelle que « l’objectif ultime des terroristes est un climat de guerre civile, en misant sur les peurs et les haines, les stigmatisations et les divisions ». Il faut changer « de méthode, de regard, de moyens » demande son côté le député Pouria Amirshahi.

« L’impuissance » de l’exécutif face à la menace djihadiste

Tandis qu’un pays tente de se tenir dignement, comme en témoigne l’afflux à Nice des personnes pour le don de sang, pouvait-on en dire autant d’une partie de la droite pour qui il n’y avait pas plus urgent que d’escompter un bénéfice politique de cadavres tièdes ? Le député LR Henri Guaino s’est dit vendredi convaincu que le carnage aurait pu être évité, car « il suffit de mettre à l’entrée de la promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquettes ». « Si tous les moyens avaient été mis en œuvre », assure Alain Juppé, l’attentat de Nice « n’aurait pas eu lieu ». Alors qu’on sait déjà que l’auteur du carnage n’était fiché nulle part. Député (LR) des Yvelines, Jacques Myard, pro-Bachar Al Assad, prêche, lui, la reprise des relations diplomatiques avec le régime sanguinaire de Damas au nom de la lutte contre Daech.

Marine Le Pen applique à l’événement sa grille de lecture habituelle, pourfendant « des gouvernements qui n’ont eu de cesse de préférer à la fermeté et à l’autorité la culture de l’excuse, de la compréhension ». La prolongation de l’état d’urgence et le maintien de l’opération militaire Sentinelle, annoncés vendredi par le président François Hollande après l’attaque de Nice, démontrent « l’impuissance » de l’exécutif face à la menace djihadiste, a critiqué le président de cette commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015, le député LR Georges Fenech. Tancée comme rarement dans la presse tout au long du week-end, la droite va-t-en-guerre se met depuis aux abonnés absents.

L’efficacité même de l’état d’urgence en vigueur depuis le mois de novembre est pourtant fortement mise en cause comme unique, ou peu s’en faut, réponse politique à la menace terroriste. La prolongation du dispositif sera examinée cette semaine en Conseil des ministres puis au Parlement. La loi sur la procédure pénale promulguée en juin doit prendre à terme le relais de l’état d’urgence, en étendant notamment les possibilités de contrôle et d’assignation à résidence des individus soupçonnés de terrorisme. Selon le député PS Sébastien Pietrasanta, rapporteur de la commission d’enquête sur le Bataclan, si les perquisitions administratives et assignations à résidence ont eu un effet dans un premier temps, il « semble s’être rapidement amenuisé ». L’état d’urgence n’a pas tari le vivier des djihadistes.

« Le logiciel de ce terrorisme n’a pas été compris par le pouvoir »

Pour l’heure, la réponse de l’exécutif est donc purement institutionnelle sur le territoire français, et strictement militaire au plan extérieur. François Hollande, dans la nuit de jeudi à vendredi, a ainsi annoncé « l’intensification des frappes aériennes en Irak et en Syrie » contre Daech. Manuel Valls, qui fait de la réponse autoritaire son fonds de commerce politique, pousse son avantage et évoque une menace terroriste « qui pèsera encore longtemps ». Ou comment acter d’une situation ainsi résumée, au moment des attentats de Bruxelles, par l’historien du Moyen-Orient Pierre-Jean Luizard, celle d’un « déficit identitaire dans beaucoup de banlieues » tel que « beaucoup de jeunes, ni d’ici ni d’ailleurs, trouvent un remède à leur souffrance de perte d’identité dans un engagement suicidaire au service de “l’État islamique” ». Pour un autre spécialiste, Gilles Kepel, « le logiciel de ce terrorisme-là n’a toujours pas été compris par le pouvoir politique, quel qu’il soit ». Voir une société basculer dans une méfiance généralisée, confinant à la guerre civile : tout ce que veulent les terroristes islamistes.

Commenter cet article