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Alerte à l’explosion des budgets en faveur de la bombe atomique

Publié le par Daniel Sario

Alerte à l’explosion des budgets en faveur de la bombe atomique

La France projette de consacrer près de 3 milliards d’euros annuels supplémentaires à sa dissuasion nucléaire. Ce choix heurte les pacifistes qui organisent, samedi, des marches à l’appel de 80 organisations, signataires d’un texte commun à l’initiative du Mouvement de la paix.

Par Gérald Rossi | Vendredi, 23 Septembre, 2016 | L'Humanité

Ce n’est pas une promesse de campagne faite par François Hollande, ni en 2012 ni en prévision de celle de 2017. Et pourtant, elle figure bien en tête des budgets que l’État entend quasiment doubler dans les prochaines années. L’école ? La santé ? L’emploi ? La lutte contre le terrorisme ? Pas du tout : l’objet de tous les soins des prochaines lois de finances d’ici à 2030 sera… l’arme atomique. Aucune annonce ministérielle officielle n’a été faite sur les télévisions et les radios : la mèche a été vendue lors de l’université d’été de la Défense, dont la 14e édition s’est tenue à Palaiseau, en région parisienne, les 5 et 6 septembre, dans les locaux de l’École polytechnique. Devant quatre cents militaires de haut rang, politiques et industriels de l’armement, le premier ministre a confirmé que le budget de la Défense pour 2017 sera en augmentation. Avec une ligne spéciale consacrée à l’armement nucléaire, qui devrait être remarquée. Il en a profité pour préciser que le gouvernement maintiendrait pour ce budget « l’objectif des 2 % du PIB et peut-être plus ». Ainsi que l’Otan le préconise.

À Palaiseau, Laurent Collet-Billon, délégué général pour l’armement, qui dépend du ministère de la Défense, a défendu le principe « à l’horizon 2030 d’un effort absolument colossal au milieu de la décennie, de l’ordre du six milliards d’euros par an » pour le seul armement nucléaire, soit une hausse de plus de 60 %. En 2016, le chapitre de la dissuasion nucléaire dans la loi de finances occupait déjà une place de choix : 3,64 milliards d’euros de crédits, et même 5 milliards si l’on compte l’ensemble des engagements de dépenses autorisées sur l’année mais payables au-delà (les « autorisations d’engagement », en jargon des lois de finances). Soit plus de 10 % du budget global de la défense, hors pensions des militaires. Une proportion qui pourrait encore grimper dans les années à venir. Pour que les autres missions de la défense ne soient pas en reste, le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, a carrément plaidé pour que les 32,7 milliards du budget prévu pour 2017 passent à 41 milliards dès 2020. « Je vous vends un modèle d’armée à 2 % (du PIB) qui est bon et qui assurera la protection des Français. C’est le prix de la paix, l’effort de guerre. Moi, je ne discute pas du prix de la guerre », a-t-il exposé.

« Cette réponse aux défis actuels est désuète et inadaptée » . Des propos qui font bondir Roland Nivet, un des porte-parole nationaux du Mouvement de la paix, lequel organise, samedi, avec plus de 80 organisations, des marches dans tout le pays, autour de la Journée internationale de l’ONU célébrée le 21 septembre dernier. « Il s’agit de quasiment doubler le budget consacré aux armes nucléaires », pointe-t-il, alors que « cette réponse aux défis actuels est désuète et inadaptée, avec une vision politique totalement dépassée. Comment peut-on imaginer un seul instant que ce soit une réponse possible à la violence et aux attentats ? » Arguer de la force de la « dissuasion » nucléaire face aux terroristes de l’organisation de l’« État islamique » semble en effet relever de l’absurde… Et pourtant. C’était le 19 février 2015. Un mois après l’attaque terroriste de Charlie Hebdo, François Hollande justifiait ainsi son choix stratégique : « Il ne suffit pas de proclamer le désarmement nucléaire immédiat et total, il faut que la réalité des actes de chacun soit cohérente avec les discours. (…) Certes, la France ne se sent pas directement agressée, elle n’a pas d’ennemi déclaré, mais nous avons vu, je le rappelais, au cours des douze derniers mois, la crise ukrainienne, la montée en puissance de Daech. (…) Alors en tant que chef de l’État, j’ai le devoir impératif de prendre ces menaces en compte. (…) Le contexte international n’autorise aucune faiblesse. Et c’est pourquoi le temps de la dissuasion nucléaire n’est pas dépassé. Il ne saurait être question, y compris dans ce domaine, de baisser la garde. »

Une déclaration d’amour à la bombe, il fallait le faire… Hollande l’a osé. Une déclaration d’amour à la bombe et autres missiles M51 et lasers de simulation du feu thermonucléaire au nom de la « cohérence du discours et des actes » sur le désarmement, il fallait le faire… Hollande l’a osé. Ancien ministre socialiste de la Défense de 1985 à 1986, Paul Quilès, aujourd’hui président d’IDN France, une association pour le désarmement nucléaire, se dit « atterré ». « De quelle guerre parle-t-on ? » demande-t-il, déplorant « beaucoup d’irresponsabilité en donnant à penser que l’on pourrait utiliser juste une ‘‘petite bombe’’ qui figerait toutes les communications, les systèmes électriques et électroniques, etc. » Pour Yann Le Pollotec, responsable du secteur défense nationale au PCF, à rebours du « rôle que la France peut jouer pour un désarmement nucléaire multilatéral », la course à la relance des dépenses nucléaires militaires s’inscrit « dans un contexte de retour en arrière, voire de nouvelle escalade armée ». Pour lui, non seulement il faudrait que « la France sorte de l’Otan mais aussi qu’elle limite dans un premier temps ses dépenses au strict maintien de l’entretien de notre arsenal nucléaire ».

Une conception pacifiste en faveur d’un désarmement progressif et global qui ne pourra s’imposer que par la force des opinions publiques mobilisées face à des décideurs politiques cramponnés aux vertus de la « dissuasion », prétexte à l’inflation des budgets militaires. Paul Quilès ne résiste pas à citer « la formule du président Eisenhower du 17 janvier 1961, qui parlait du lobby militaro-industriel qui cherche à acquérir une influence injustifiée dans les structures gouvernementales ».

« Faire de l’Europe un espace exempt d’armes nucléaires », propose le PCF. L’ancien ministre appelle la France à signer le traité qui va être proposé à l’ONU par une centaine d’États pour aboutir à une interdiction des armes nucléaires, comme il en existe concernant les armes chimiques. Le PCF, lui, a proposé, dans une déclaration publiée le 21 septembre à l’occasion de la Journée internationale de la paix, que la France « prenne une initiative pour faire de l’Europe un espace exempt d’armes nucléaires » et porte le projet d’« un traité d’interdiction et d’élimination des armes nucléaires ». Des idées qui pourraient nourrir le « débat public pendant la campagne présidentielle », estime Yann Le Pollotec. Quant au « livre blanc » du Mouvement de la paix dont Roland Nivet annonce la publication pour janvier, il s’inscrira de fait dans le débat électoral. « Il faut que les gens qui souhaitent des solutions pour leur sécurité et la paix se fassent entendre. Ça devient trop grave », estime-t-il.

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