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C’est le moment d’Unidos Podemos

Publié le par Daniel Sario

C’est le moment d’Unidos Podemos
Par Alberto Garzón Espinosa - Coordinador Federal de Izquierda Unida

Finalement, la mutinerie des oligarques du PSOE a eu du succès. Les partisans de Susana Diaz et Felipe Gonzalez ont cherché de nombreuses excuses ces derniers temps, mais il paraît évident que le péché majeur de Pedro Sanchez a été celui de laisser entendre qu’il tenterait un Gouvernement alternatif avec Unidos Podemos. Aux émeutiers, peu leur importe l’accord avec Ciudadanos, pas plus que l’abstention face à l’investiture de Rajoy et du Partido Popular ; ce qui les dérange, et les préoccupe, c’est que la gauche puisse avoir de l’influence dans les décisions politiques et économiques d’Espagne. Définitivement, l’Espagne qui préoccupe Suzana Diaz ce n’est pas celle des travailleurs, mais celle des grandes entreprises et des grandes fortunes, la même Espagne qui a parlé par la bouche de Felipe Gonzalez (1).

Cependant, le drame de la social-démocratie européenne ce ne sont pas ces luttes fratricides, mais l’absence d’un projet politique cohérent. On sait que les partis sociaux-démocrates ont abandonné la cause socialiste depuis longtemps, mais il est moins connu qu’ils ont aussi abandonné, il y a des décades, la cause social-démocrate. Le virage du Labour britannique, avec sa conversion au social-libéralisme sous la main de Blair, et la pratique politique de gouvernement comme celui d’Hollande ou de José-Luis Rodriguez Zapatero sont la manifestation que la rhétorique des partis socio-démocrates ne correspond plus aux actes. Le projet politique de la social-démocratie, qui contribua à construire l’Etat social après la seconde guerre mondiale, est entrée en contradiction aigüe avec le modèle institutionnel de l’Union européenne et avec le monde globalisé à la manière néolibérale.

L’immense quantité de désertions dans le secteur social-démocrate, exprimée tendanciellement dans toute l’Europe par les résultats électoraux, trouve son origine dans ces contradictions de fond. Un monde néolibéral qui pousse à la précarité et à la misère des secteurs chaque fois plus importants de la société ; une situation face à laquelle la social-démocratie n’a pas offert d’alternative aussi crédible que rigoureuse. Au contraire, dans la pratique, leurs gouvernements se sont comportés de façon identique aux gouvernements conservateurs.

La classe laborieuse n’est pas étrangère ni à ces transformations économiques de fond ni aux va-et-vient politiques des organisations qui disent la représenter. La crise économique continue dans notre pays, comme aussi, avec d’autres intensités, dans le reste de l’Europe, et les conditions matérielles de vie de la majorité sociale se détériorent à des rythmes dramatiques. La classe laborieuse nécessite un projet politique qui lui procure sécurité et protection face à l’agression du néolibéralisme et de ce monde globalisé.

Un projet, qui, à mon avis, peut seulement avancer si les causes profondes de cette crise y sont reconnues. Pour cela la recette n’est pas plus social-démocrate que populiste, mais un pari ferme et rigoureux de gauche, c’est-à-dire, une gauche capable de connecter avec les préoccupations et les problèmes de la classe laborieuse. Ni liturgie, ni langage fossilisé et inintelligible, ni débats scolastiques, ni posture télévisée. Ce qu’il nous faut c’est une gauche qui se mette en quatre pour fournir des solutions à la classe laborieuse, question qui pourra seulement se faire à partir du travail depuis le conflit social.

Tout n’est pas mauvais. Les crises sont aussi des opportunités. Si quelque chose a clairement laissé une telle situation dans le PSOE c’est que nous avions raison : il s’agit d’une structure organique au service de l’oligarchie et, cependant, elle est soutenue par des militants et des électeurs de la classe laborieuse qui s’identifient avec la gauche politique. L’explosion de cette contradiction peut générer un séisme d’une envergure suffisante tel que la classe laborieuse de ce pays peut se réorganiser dans un outil capable d’affronter l’oligarchie avec succès, et construire aussi un modèle de justice sociale. C’est la tâche qui correspond, je crois, à Unidos Podemos, se consacrer corps et âme à unir la classe laborieuse dans un projet politique de gauche, indépendamment de ce qu’a été sa loyauté politique et quelles qu’aient été ses décisions électorales passées.

Je ne sais pas si un gouvernement Rajoy sera inévitable. Tout paraît montrer que oui. Mais, cependant, nous, nous ne nous rendons pas. Ni devant le parlement, ni dans la rue. Cela ne fait que commencer et le nouveau monde que nous portons dans nos cœurs exige d’aller à la rencontre de la réalité concrète dans nos quartiers et cités.

Notes :
  1. L’ancien premier ministre socialiste émarge dans plusieurs conseils d’administration de l’Ibex 35 (Le CAC 40 espagnol)

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