Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Affaire Snowden : nous sommes tous les cibles de Big brother

Publié le par Daniel Sario

Nous sommes tous des cibles! Les révélations du magazine allemand Der Spiegel s’appuyant sur des documents confidentiels en possession de l’homme le plus recherché des États-Unis, Edward Snowden, si elles ne sont pas totalement surprenantes pour qui connaît l’histoire de la première puissance mondiale, n’en sont pas moins révoltantes et méritent une réponse ferme des Européens.

Les institutions de l’Union européenne à Bruxelles, sa délégation à Washington et auprès des Nations unies à New York… font l’objet d’une vaste entreprise d’espionnage. La France fait partie des «cibles» – comme on dit dans les services américains – surveillées par Big Brother. De bons vieux micros placés dans les bureaux, jusqu’au viol de la correspondance sur Internet, du Watergate puissance XXIe siècle, rien ne semble pouvoir échapper aux grandes oreilles transatlantiques. Nous sommes tous les cibles, en effet, car la collecte d’informations réalisée par l’agence NSA dans le cadre de l’opération Prism a frappé des millions de citoyens européens.

De nombreuses voix à Berlin, Bruxelles ou Paris se sont fait entendre pour s’indigner, s’offusquer, ou plus modestement déplorer ces informations qui jettent une ombre sur des relations entre l’Europe et les États-Unis au moment précisément où la Commission de Bruxelles s’apprête à négocier un traité de libre-échange entre les deux côtés de l’Atlantique. Des négociations sous haute surveillance, en quelque sorte! Les dirigeants de l’UE vont-ils en rester au stade des protestations verbales et poursuivre le processus engagé avec Washington, ou vont-ils devoir tenir compte de l’ampleur du scandale et de l’impact de ces révélations sur les opinions publiques des États européens? Le sens le plus élémentaire de la dignité commanderait d’interrompre immédiatement les négociations, qui sont très loin d’être, comme l’avait promis le président Obama, «fair and free».

Être pris la main dans le sac ne semble guère émouvoir le secrétaire d’État américain John Kerry, qui, avec un sens aigu de la litote, admet que la collecte de renseignements de cette sorte et selon cette méthode «n’a rien d’inhabituel». Quoi de plus naturel, pour une superpuissance qui ambitionne toujours de dominer le monde, que d’espionner ses propres partenaires et alliés! L’impérialisme n’est pas mort, il survit à l’évidence aux changements de locataires à la Maison-Blanche. Le Patriot Act, qui donne toute latitude aux services de renseignements, a été instauré par George W. Bush après le 11 septembre 2001, prétendument pour combattre le terrorisme. L’opération d’espionnage électronique mondiale, dont Edward Snowden a courageusement révélé l’existence au monde entier, ne vise évidemment pas le terrorisme, sauf à prétendre que nous serions tous des cibles terroristes.

«La France ne peut pas accepter ce genre de comportement» a déclaré François Hollande. Mais alors, un tel acte «d’hostilité» – le terme est de la ministre de la Justice, Christiane Taubira – ne peut rester sans réponse de la France, qui depuis 2008, participe au commandement intégré de l’Otan et s’apprête à acquérir des drones aux États-Unis! L’établissement d’autres relations, enfin «fair and free», avec les États-Unis appelle une résistance à Big Brother. Mais c’est une affaire de courage politique.

 

Affaire Snowden : nous sommes tous les cibles de Big brother

Commenter cet article