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Affaire Findus : "Grand temps d’agir pour un nouveau modèle agricole européen"

Publié le par Daniel Sario

andre chassaigneCombien de temps encore allons-nous laisser notre agriculture aux arbitrages des marchés ?  Par André Chassaigne, député (PCF) du Puy-de-Dôme. Président du groupe communistes, républicains, citoyens

 
En apprenant vendredi dernier que de la viande de cheval avait été retrouvée dans de la viande de bœuf composant certains produits transformés distribués par la marque Findus, beaucoup de nos concitoyens ont fait un constat édifiant : l’origine des ingrédients alimentaires de la plupart des produits transformés est tout simplement inconnue. Sans doute ont-ils découvert aussi les circuits de commercialisation de la viande, et en particulier du «minerai», ces parties les moins nobles utilisées le plus souvent hachées. L’itinérance entre le producteur et le consommateur est révélatrice du système : abattoirs, traders, société commerciale, usine alimentaire, marques généralistes et grande distribution. Si la traçabilité peut permettre d’identifier tout ce beau monde, de six nationalités différentes, force est de constater que cela fait beaucoup du pré jusqu’à l’assiette.

Renoncements politiques. En réalité, nous touchons, aujourd’hui, les fruits de trop nombreuses années de renoncements politiques : abandon de la régulation des échanges agricoles, déréglementations successives dans le secteur commercial, coupes claires dans les moyens affectés à la sécurité sanitaire de l’alimentation et à la répression des fraudes... L’image était d’ailleurs saisissante de voir sur les plateaux de télévision, dès le lendemain de l’annonce de cette affaire, d’anciens ministres de l’Agriculture déplorer l’absence de règles et de contrôles sur les importations, ou de normes sur l’étiquetage de l’origine. Autant de sujets qu’ils n’ignoraient pourtant pas lorsqu’ils étaient en fonction!
Me reviennent en mémoire les échanges avec l’ancienne majorité, notamment en octobre 2011, lors de l’examen du projet de loi «visant à renforcer les droits, la protection et l’information des consommateurs», quand je défendais un amendement visant à rendre obligatoire l’indication du pays d’origine pour les produits agricoles et alimentaires et les produits de la mer, à l’état brut ou transformés. Un amendement rejeté, une fois encore, sous prétexte qu’il était incompatible avec le droit communautaire. Pourtant, l’article 3 de la loi du 27 juillet 2010 de modernisation de l’agriculture et de la pêche prévoyait déjà cette possibilité, mais le décret d’application n’est jamais paru.
Et quelle hypocrisie, lorsque l’on oublie sciemment de revenir sur les suppressions d’emplois massives de la révision générale des politiques publiques (RGPP) à la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), ou sur les coupes successives dans les moyens consacrés à la sécurité de l’alimentation dans les budgets de l’agriculture ! Dès mars 2008, j’avais dénoncé par une question écrite le non-remplacement des départs à la retraite des agents de la santé publique vétérinaire (600 postes supprimés). J’avais renouvelé mes interpellations au ministre à deux reprises, en janvier 2009, puis en août 2009, en pointant les risques que ces choix politiques faisaient peser en matière de sécurité sanitaire des aliments. S’il y a «un ménage à faire», comme l’affirme Stéphane Le Foll, nouveau ministre de l’Agriculture, il y a sans doute aussi des moyens à recouvrer pour le service public dans ce domaine.

Arbitrages des marchés. Mais nous touchons surtout, avec cette nouvelle «affaire», le cœur de la problématique agricole européenne et mondiale. Continuons-nous sur la voie d’une agriculture laissée aux arbitrages des marchés, où les produits alimentaires deviennent des marchandises comme les autres, sujets à toutes les manipulations financières? Le marché des matières premières agricoles est devenu le nouveau champ des pratiques prédatrices des spéculateurs: de 15 milliards de dollars en 2003 à 200 milliards de dollars en 2008. De même, allons-nous laisser notre politique de l’alimentation aux mains du secteur agroalimentaire et de celui de la grande distribution, guidés tous deux par les logiques de rentabilité, où les stratégies de marges conduisent à abandonner les productions locales, nationales, voire européennes, au profit d’importations massives?

Bannir les intermédiaires. Nous le voyons avec ce «cheval de discorde», il est grand temps d’agir pour un nouveau modèle agricole européen. Ce n’est pourtant pas la voie que semblent choisir les chefs d’État et de gouvernement européens lorsqu’ils s’accordent sur un budget européen au rabais, avec des coupes claires pour la PAC 2014-2020. Au contraire, il faut faire preuve de volonté pour porter une réorientation de notre modèle agricole et alimentaire vers des productions relocalisées, pour une présence agricole forte sur tous nos territoires, avec des exploitations à taille humaine, fournissant l’essentiel des besoins alimentaires des Européens en quantité et en qualité.
L’obligation de la mention de l’origine pour l’ensemble des produits agricoles dans les produits transformés est un premier pas, que nous continuerons de pousser avec le dépôt d’une nouvelle proposition de loi des députés du Front de gauche dans les jours qui viennent. Il faut aussi faire preuve de courage politique pour bannir les intermédiaires inutiles et les financiers des circuits agricoles. C’est l’objet de l’amendement n° 112 que nous avons déposé sur le projet de loi de séparation et de régulation des activités bancaires. «Le mal vient à cheval et le bonheur à pied.» Ce proverbe n’aura jamais aussi bien matérialisé le sens du nouveau défi agricole et alimentaire qui s’impose à l’Europe aujourd’hui. Mais, là aussi, les petits pas gouvernementaux ne suffiront pas.

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