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ArcelorMittal : la trahison du gouvernement

Publié le par Daniel Sario

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Au terme de plusieurs semaines de bras de fer entre ArcelorMittal qui voulait fermer les hauts fourneaux et le gouvernement qui menaçait de nationaliser l'ensemble du site pour le revendre à un mystérieux repreneur, les annonces de Jean-Marc Ayrault sur l'avenir du site mosellan ont déçu tant les syndicats que les politiques.


A l'issue d'âpres négociations, le gouvernement a obtenu d'ArcelorMittal qu'il s'engage à préserver l'emploi à Florange (Moselle) et investisse 180 millions d'euros en cinq ans dans le site, "Il n'y aura pas de plan social à Florange. Le groupe Mittal s'est engagé à investir au moins 180 millions dans les cinq prochaines années", a déclaré Jean-Marc Ayrault vendredi soir. Il a en outre annoncé que la nationalisation des hauts-fourneaux était écartée. Une source à Matignon a précisé qu'il y aurait cependant des suppressions de postes induites par les départs à la retraite, qui se feront "au fur et à mesure" mais a assuré qu'il n'y aura ni licenciements, ni mobilités forcées.
Le groupe, qui souhaitait fermer la filière chaude (production d'acier brut, comprenant les hauts-fourneaux), s'est finalement engagé à "maintenir les hauts-fourneaux" de Florange "en l'état" dans l'attente de la réalisation d'un projet européen de captage et de stockage de CO2, baptisé Ulcos, a expliqué le Premier ministre. Ulcos (Ultra-Low Carbon Dioxide Steelmaking), proposé pour un des hauts-fourneaux de Florange, est un prototype de captage stockage du CO2 qui doit permettre de réduire considérablement la pollution de l'air par la fabrication de l'acier. Ce projet, dans lequel l'Etat pourrait augmenter sa participation, est en attente de financements européens prévus d'ici fin décembre.

Pas de nationalisation. "Le gouvernement n'a pas retenu l'hypothèse d'une nationalisation transitoire (..) au vu des engagements qu'il a obtenus d'ArcelorMittal", des engagements "inconditionnels", a souligné Jean-Marc Ayrault. "La nationalisation (...) peut certes être nécessaire dans des circonstances historiques particulières ou pour sauvegarder des intérêts supérieurs de la nation", a dit le Premier ministre. "Mais elle n'est pas efficace face à un problème de débouchés pour une entreprise ou face à un problème de compétitivité", a-t-il ajouté, dans une allusion au marché de l'acier en Europe, très déprimé. L'annonce d'une nationalisation temporaire avait été brandie par le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg et avait rallié une part importante de la classe politique, de droite comme de gauche. La menace d'une nationalisation temporaire avait été brandie par le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg et avait rallié une part importante de la classe politique. Le ministre avait en outre affirmé à plusieurs reprises avoir reçu des marques d'intérêt et des offres de repreneurs potentiels pour le site dans son intégralité. Mercredi, il avait même évoqué un repreneur prêt à investir "jusqu'à près de 400 millions d'euros".

"De l'enfumage" pour la CGT. A Florange, les syndicats ont accueilli froidement les annonces du gouvernement, la CFDT jugeant même que les salariés étaient "une nouvelle fois trahis" et exigeant une réunion tripartite entre gouvernement, syndicats et direction. "Nous avons été le cauchemar de (Nicolas) Sarkozy, on pourrait être celui de ce gouvernement", a menacé vendredi son représentant Edouard Martin. "Les rénovations et les investissements, c'est maintenant que nous les voulons, pas dans cinq ans. Nous exigeons que les travaux de rénovation démarrent tout de suite", a-t-il ajouté. Pour Lionel Burriello, représentant du collectif jeunes de la CGT à Florange, "c'est une trahison, une incohérence totale par rapport aux déclarations de toute la semaine, c'est de l'enfumage". "Rien que le mot accord avec ArcelorMittal ça me donne envie de pleurer, on a l'impression de vivre un Gandrange 2", a ajouté le syndicaliste. Le responsable fédéral de Force Ouvrière Frédéric Souillot s'est déclaré "satisfait" mais redoute de la "poudre aux yeux".

"Le scénario d'Ayrault peut tourner vite en mauvais film, ces prochains mois" estime le PCF. Même son de cloche du côté de la gauche, dans un communiqué le Parti communiste a estimé vendredi soir que "le refus de nationaliser laissait Florange et les salariés dans les griffes de Mittal". "On connaît dorénavant le scénario de Jean Marc Ayrault. Il annonce un accord avec Mittal pour éviter un plan social et la poursuite de l'activité à Florange. Le scénario du Premier ministre a déçu les 650 salariés car il peut tourner vite en mauvais film, ces prochains mois", a ajouté le PCF. Pour lui, en refusant de nationaliser Florange, le gouvernement a opté pour une solution qui "n'est pas à la hauteur, au vu de l'enjeu industriel". "La seule garantie qu'aurait dû prendre le Premier ministre", a-t-il jugé, "aurait été de prendre la main avec une majorité de blocage au sein du conseil d'administration sur la base d'investissements publics, garantissant l'avenir de Florange". Le maire PS de Florange (Moselle) Philippe Tarillon s'est dit pour sa part "sceptique", même s'il a qualifié l'accord "d'acceptable dans son principe". L'élu a invité les salariés à "maintenir la pression sur le gouvernement" et sur Arcelor. "Comme les salariés j'ai du mal à croire en la parole de Mittal", a-t-il ajouté. "Je respecte la déception des gens qui ont mené et mènent encore une lutte digne et courageuse", a-t-il dit.

Arnaud Montebourg contesté. Promoteur d'une nationalisation qui a rallié de nombreux soutiens sur presque tout l'échiquier politique, le ministre du Redressement productif s'est retrouvé isolé dans le gouvernement. "Montebourg voulait vraiment nationaliser. Mais pas les autres", selon une source gouvernementale. Selon une source proche de Matignon, le Premier ministre a critiqué le travail de d'Arnaud Montebourg, disant qu'il n'y avait pas de repreneur "crédible". Ce n'était "pas solide" et "pas bordé", insiste-t-on du côté de Matignon. Montebourg, première victime du compromis entre l'État et Mittal ?

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