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Florange : la honte après la trahison

Publié le par Daniel Sario

Placide- mittal-hollande-montebourg-ayrault

Par Jacques Sapir


Et cela continue. Comme si la liste des avanies infligées par le groupe MITTAL aux salariés de Florange ne suffisait pas, il faut que ce dernier achève de ridiculiser le gouvernement français et son Premier ministre ! Le groupe MITTAL vient d’annoncer le retrait du site de Florange pour le projet ULCOS, soutenu par la Commission Européenne. Ce n’est qu’un camouflet de plus, mais il met cruellement en lumière les mensonges du Premier ministre, mercredi soir, sur France-2.


- L’accord avec MITTAL garantit qu’il n’y aura pas de licenciements ? À la bonne heure ; quand on regarde l’accord on voit que MITTAL prévoit plusieurs centaines de mises à la retraite anticipée et n’exclut pas des «départs volontaires». Tout cela rappelle le plan social le plus traditionnel.
- Le groupe MITTAL se serait engagé sur 180 millions d’euros d’investissements ? On apprend que 127 millions sont programmés pour des opérations de maintenance, nécessaires en tout état de cause, que seuls 53 millions peuvent être considérés comme des «investissements stratégiques».

- Il n’y aurait pas eu de repreneur ? ici encore Jean-Marc Ayrault prend ses aises avec la vérité des faits. Bernard Serin de Cockerill Maintenance était bien sur les rangs, et, derrière lui, le groupe russe SEVERSTAL, intéressé de longue date par l’acquisition d’ARCELOR, et qui avait été évincé en 2006 par MITTAL. Cela impliquait de réaliser une opération non seulement sur la partie «chaude» et la partie «froide» du site de Florange, mais d’y associer les autres établissements d’ARCELOR-MITTAL en France très probablement. Mais, une telle opération impliquait un plan stratégique pour la sidérurgie en France. Et de cela, en réalité, le Premier ministre et les libéraux du gouvernement ne veulent sous aucun prétexte.
- Une nationalisation de Florange aurait coûté à l’État 1 milliard d’euros ? C’est, encore une fois, une contrevérité. La présence d’un repreneur assurait à l’État la possibilité de revendre les installations. La solution d’une participation dans une société d’économie mixte avec les repreneurs aurait été aussi possible. Dans tous les cas, les sommes dépensées auraient été nettement inférieures au milliard lancé à la cantonade par le Premier ministre.

L’annonce que MITTAL vient de rendre publique aura au moins eu l’avantage d’exposer en pleine lumière la situation tragique et ridicule dans laquelle s’est mis le gouvernement français. Tragique, parce que l’on joue avec le travail et avec la vie de centaines de personnes. Ridicule, parce que tout le monde peut voir à travers cet exemple que le gouvernement de la France ne compte pas, que l’on peut lui raconter des bobards en toute impunité. Et, le plus grave, c’est que cette réputation va coller à ce gouvernement. On le verra dans toutes les négociations qui auront lieu dans les semaines et les mois prochains avec de grandes entreprises. Il a visiblement échappé à Jean-Marc Ayrault que, derrière le cas Florange et ses relations avec MITTAL, il en allait de la crédibilité de son équipe pour tous les dossiers qui viendront s’ajouter à celui-ci. C’était bien pourquoi Florange avait valeur d’exemple. Si le gouvernement avait montré ne serait-ce qu’une once de fermeté, même avec des coûts, il aurait été en bien meilleure position pour négocier par la suite. La bêtise d’un choix à courte vue, de l’absence d’une politique d’ensemble, se paye toujours au centuple.

Le Premier ministre a désormais le choix entre deux solutions. S’il a un peu de courage, il doit renverser la table, annoncer rapidement la nationalisation de l’ensemble des sites de Florange et engager la négociation pour que MITTAL quitte le territoire français tout en ouvrant immédiatement des discussions avec les repreneurs pressentis. Ce faisant, il ouvre le débat sur l’avenir des activités sidérurgiques en France. S’il a un peu de dignité, il doit admettre qu’il s’est fait rouler dans la farine, et le gouvernement avec lui, et en tirer, par sa démission, la conclusion logique. Cet aveu vaudrait rédemption. À être l’homme qui, selon la Constitution, « conduit et dirige la politique de la nation », nul n’est obligé. Et ce n’est pas démériter que de le reconnaître. Mais, son choix se réduit à ces deux options.

Gageons, hélas, qu’il n’aura ni courage ni dignité, qu’il cherchera par quelques explications alambiquées à justifier l’injustifiable. On disait de l’ancienne social-démocratie qu’elle était couverte de crimes, par référence au rôle joué par le SPD dans l’écrasement sanglant de l’insurrection allemande de 1918. La nouvelle social-démocratie, si bien représentée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault, s’est aujourd’hui couverte de honte.

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