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François Hollande et la fin de l’illusion européenne

Publié le par Daniel Sario

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Pour François Hollande, le conseil européen du 7 et 8 février est bien la fin d’une période de son quinquennat, et la fin des illusions. Car le piètre « compromis acceptable », selon l’expression du président de la République manifestement pas complètement dupe, représente pour lui un revers majeur.  Par Hervé Nathan


Sur le plan de la politique économique d’abord. En acceptant un budget pluriannuel en baisse de 3% pour la première fois dans l’histoire de l’Union européenne, le « fils spirituel de Jacques Delors » accepte que l’austérité guide pendant sept ans les politiques européennes. Or, à l’été 2012, le président de la République élu avait défini clairement une condition de son acceptation de l’objectif de retour à un déficit sous les 3% du PIB en 2013 : que l’Union pratique, elle, une politique de croissance dont elle a les moyens. C’est cet équilibre « austérité au plan national /relance au niveau européen » qu’avait traduit le « pacte de croissance » de « 120 milliards d’euros » adopté en juin 2012 par le conseil européen. Sept mois plus tard, les « partenaires » ont sifflé la fin de la partie. En réduisant les dépenses de près de 100 milliards, les partenaires, Berlin en tête, ont signifié sèchement qu’ils reprenaient l’argent qu’ils avaient juste laissé entrevoir au début de l’été dernier. Ne reste que l’austérité, rien que l’austérité et à tous les niveaux. Désormais, en matière de politique économique, le « roi de France » est nu.


Au niveau politique en Europe ensuite. L’entourage de François Hollande croyait dur comme fer que l’élection au suffrage universel du président français lui donnerait la légitimité suffisante pour renverser le rapport de force avec Angela Merkel. Cela a effectivement marché… quelques mois. Aujourd’hui, François Hollande n’est plus « l’oing du peuple » du 6 mai 202, mais un dirigeant comme les autres. Il doit faire face à une redoutable coalition conservatrice qui, menant la barque européenne depuis plus de dix ans, ne lâche pas la partie. Car la sainte alliance de conservateurs est mouvante mais jamais défaite. En 2011 elle était structurée par l’axe Merkel-Sarkozy. En 2013 elle a retrouvé toute sa vigueur grâce à l’alliance de Cameron et de Merkel, contre les positions franco-italiennes ! On a sans doute pas fait assez attention en France à l’accueil très favorable du gouvernement allemand aux propositions de redéfinition du projet européen portées par le premier ministre britannique. Les Anglais ne sont pas seuls désireux d’une Europe uniquement libre-échangiste…


François Hollande aurait pu refuser le compromis. Opposer le veto dont Paris dispose autant que Londres. L’Europe ne se serait pas écroulée. Un budget annuel aurait été reporté d’année en année. Et la France aurait pu porter le débat sur l’avenir de l’Europe, à partir de sujets qui intéressent les citoyens : la croissance, l’emploi, la solidarité , le pouvoir d’achat… et pas des institutionnelles fumeuses qui font fuit les électeurs…
Il reste une (petite) chance pour que l’Union européenne renverse la vapeur: que le Parlement européen, co-décisionnaire en matière budgétaire, fasse ce que François Hollande n’a pas voulu faire : dire non ! C’est possible, car il existe au Parlement de Strasbourg une majorité des près des deux tiers pour une politique de croissance. Les quatre présidents des principaux groupes politiques, y compris les conservateurs, ont déclaré dès vendredi 8 février leur opposition au compromis de Bruxelles, au nom « de l’intérêt des citoyens européens ». Mais les groupes à Strasbourg sont fracturés eux-aussi par les intérêts électoraux de leurs partis dans leurs pays d’origine. Si, néanmoins, les députés tenaient tête à leurs gouvernements, ce serait une véritable révolution… ! Aujourd’hui le Parlement européen, est comme le Tiers-état d’avant 1789. Rien. Il peut devenir tout. Pourvu qu’il le veuille.

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