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François Hollande : inventaire accablant

Publié le par Daniel Sario

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Le 6 mai dernier, le peuple de gauche a voté pour un virage social. Et il se retrouve avec un virage social-libéral… Par Jean-Emmanuel Ducoin

 

La semaine dernière, inquiet de voir sa cote de popularité fléchir, particulièrement au sein des catégories populaires, François Hollande se serait longuement confié à un proche. On lui prête cette phrase: «Les réformes de société sont emblématiques pour la gauche, et tenir ses engagements sur ces sujets est important, mais pour les catégories populaires, l’urgence, c’est de manger le soir et de se chauffer l’hiver.» À défaut d’adhérer à l’essentiel de ses décisions économiques et sociales depuis sept mois, nous partagerons au moins avec lui la lucidité de son constat. Et puisque son ministre, Pierre Moscovici, se plaît à citer René Char à tout bout de champ, voilà une occasion comme une autre de mise en garde, avec le poète: «La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil.»

Si l’épisode de Florange a porté un rude coup à la crédibilité du président quant à sa capacité à résister aux puissants, sans parler de sa légitimité à évoquer «la justice sociale» comme moteur de toutes ses décisions, que dira-t-on, ce mercredi, à la lecture du projet de loi sur la réforme bancaire, qui n’aura qu’une lointaine parenté avec ce que le candidat Hollande avait promis?  Nous aussi, nous avions applaudi au discours du Bourget en entendant ces mots: «Maîtriser la finance commencera ici par le vote d’une loi sur les banques qui les obligera à séparer leurs activités de crédit de leurs opérations spéculatives.» À ce moment précis, nous nous étions même dit que la «contamination idéologique» du Front de gauche avait décidément du bon – et c’était vrai! Mais qu’est devenu, depuis, cet Hollande-là? Où est également passée la proposition n°35, celle sur la dissuasion des licenciements boursiers? Bref, où en sont les promesses de changement et de rupture avec les années austéritaires? Inventaire accablant. Et ce n’est pas fini. Michel Sapin a annoncé, hier, qu’il n’y aurait pas «de coup de pouce» au Smic en janvier. Et Jean-Marc Ayrault a convoqué ses ministres pour préparer un nouveau tour de vis, encore 7 à 8 milliards d’économies. N’en jetez plus! Le 6 mai dernier, le peuple de gauche a voté pour un virage social. Et il se retrouve avec un virage social-libéral…


L’heure est grave. Tellement grave que Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, a solennellement appelé François Hollande, hier dans le Parisien, à «changer de cap». Tandis que les militants communistes ont adopté, ce week-end, leur «base commune de discussion» en vue du 36e Congrès, en février prochain, et tandis que leur contribution à la réussite d’une gauche de combat sera l’objet de tous les débats visant à approfondir les futures orientations du PCF et du Front de gauche, Pierre Laurent a exhorté «tous ceux qui ont voté pour le changement à débattre, à manifester, à marcher contre l’austérité», en somme à «faire feu de tout bois»! La singularité et la gravité des mots ne devraient pas passer inaperçues.
De gravité, parlons-en. En faisant explicitement le choix d’une cohérence sociolibérale, à la fois par l’austérité à tous les étages mais aussi par la baisse de ce qu’il nomme lui-même le «coût du travail», François Hollande conduit le peuple et la gauche dans le mur. Notre conviction n’a pas varié, et ce n’est pas faute de l’avoir écrit pendant la campagne électorale : en cette période de guerre sociale (il n’y a pas d’autres mots), la France avait bel et bien besoin d’un changement radical de société et pas d’une petite alternance «à la papa», qui ne remet en cause ni les dogmes dominants du libéralisme globalisé ni les pratiques de renoncements de la social-démocratie installée dans les habits du pouvoir.

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