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François Hollande, les Français et la mal comprenette

Publié le par Daniel Sario

Alex - Hollande dans la tempête

Dessin de Ballaman paru dans La Liberté

"Pédagogie", mais aussi "explication", et donc "répétition" devraient être au rendez-vous à 20 h 15. Que le nouveau pouvoir soit en chute libre dans les sondages d’opinion, quelques mois à peine après avoir été élu, serait dû à de la mal comprenette de celles et ceux qui l’auraient mis là où il est aujourd’hui.  Par Michel Guilloux


Mieux vaut se répéter que se contredire. La devise est peut-être valable en rhétorique, elle est un peu plus vaine s’agissant de la parole et de l’action politiques, et davantage quand la répétition succède à la contradiction. Ce soir, le président de la République s’adressera au pays via le petit écran. Des «membres de son entourage», comme l’on dit pudiquement dans les dépêches, le nez sur les sondages, se «désespèrent» de cet «énième exercice de pédagogie» qui ne parlerait, dans sa forme, qu’aux «CSP+» – entendez les catégories sociales supérieures – et non au peuple. Donc «pédagogie», mais aussi «explication», et donc «répétition» devraient être au rendez-vous à 20h15. Que le nouveau pouvoir soit en chute libre dans les sondages d’opinion, quelques mois à peine après avoir été élu, serait dû à de la mal comprenette de celles et ceux qui l’auraient mis là où il est aujourd’hui.

Que la crise actuelle soit d’une ampleur inégalée, qui le contestera? Que l’on réglera le problème du chômage à ses plus hauts niveaux d’un coup de baguette magique, qui le proclamera, hormis du côté de l’extrême droite à qui le bouc émissaire de l’immigré sert de viatique? Que la dette ait été creusée jusqu’aux abysses par les centaines de milliards d’argent public détournés pour porter secours à la finance sous le précédent quinquennat, qui le niera? Un rapport de la Commission européenne, publié ce mardi, est obligé de constater, statistiques officielles à l’appui, que «la crise sociale que traverse l’Europe continue de s’aggraver». Ses auteurs notent les ravages de l’action conjuguée des cures d’austérité, de la réduction des dépenses sociales – «beaucoup plus forte que lors des récessions passées» – sur la demande intérieure et donc de la montée continue du chômage au dernier trimestre 2012. Les pauvres sont les plus touchés. Faut-il rappeler, en parallèle, les taux de croissance des profits, bénéfices et autres dividendes qui coulent à flots et font exploser un autre record: celui des inégalités sociales?

Qu’à droite et son extrême, on montre les dents, quoi de surprenant ? Mais sauf à abandonner le peuple en des calculs aussi illusoires que dangereux, une des données principales de l’élection partielle de dimanche est l’abstention de ses composantes qui ont permis la victoire à gauche en mai et juin derniers. Ce peuple qui pense que l’adversaire du travail est la finance et que taxer le capital au même taux serait source d’efficacité. Il l’a entendu en janvier 2012; en mars 2013, la farce du prélèvement à 75% va aboutir à la réintroduction en douce d’un bouclier fiscal. Ce peuple pour qui le nouveau traité Merkozy était encore plus dangereux; dès juin, le voyage à Berlin aboutissait au consensus qu’il n’y avait pas d’autre voie possible. Ce peuple qui voit un espoir de progrès social dans la sécurisation des parcours professionnels. L’objectif était fixé en juillet à la conférence sociale; en janvier, le Medef a réussi le coup de force, contre les syndicats représentant la majorité des salariés, d’obtenir un accord dont la transposition en loi en avril ferait exploser le Code du travail.

Comme il paraît difficile de convaincre, jusqu’au sein même des groupes parlementaires socialistes, que cela serait positif, répéter que ces changements qui tournent le dos au changement sont le seul cap possible ne peut suffire, en effet. Certains tirent des plans sur la comète pour les scrutins de 2014, voire celui de 2017. Si élargissement du cercle des connaisseurs, selon le mot de Brecht, il doit y avoir, c’est bien du côté de l’élan populaire à construire contre l’austérité et pour défendre pied à pied l’emploi, partout et ici, et maintenant.

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