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Investir 10% des profits de Total suffirait à relancer le raffinage en France

Publié le par Daniel Sario

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A l'heure où les salariés de Petroplus se battent pour l'avenir de la raffinerie de Petit-Couronne, il suffirait d’investir 1,2 milliard d’euros pour adapter les installations à la demande française. Soit 10 % des profits de Total. Par Clotilde Mathieu


Shell avait enclenché le mouvement, Total lui a emboîté le pas. Depuis 2003, Shell et BP ont ainsi réduit de 40 % leurs capacités de raffinage européennes, contre 24 % pour Total. Mais le mouvement est européen, entre 2005 et 2030, ce sont une quarantaine de petites raffineries qui devraient avoir fermé en Europe, selon les ambitions portées par le patronat, poursuivant la tendance amorcée dès la fin des années 1970. Des compagnies qui, en se séparant une à une de leurs raffineries européennes, font pousser à l’autre bout du monde des usines modernes et flambant neuves, en Asie et au Moyen-Orient, Chine et Inde en tête.

Total investit... en Arabie saoudite. Ainsi, la compagnie pétrolière française Total et son homologue saoudienne Aramco s’apprêtent à démarrer, début 2013, l’une des raffineries les plus grandes et les plus complexes au monde, à Jubail, dans l’est de l’Arabie saoudite, dotée d’un système productif moderne permettant d’adapter le ratio gazole-essence souhaité. Le groupe n’arrête pas d’investir (145 milliards d’euros entre 2010 et 2015), essentiellement dans de nouvelles installations. Des sommes qui pourraient en partie servir à la reconversion des sites européens. Selon l’Institut français du pétrole, il suffirait d’investir 1,2 milliard d’euros dans nos raffineries pour les rénover, ou prélever sur les marges entre 1 à 2 euros par tonne de carburant. Une miette, comparé aux 12 milliards d’euros de profits que réalise quasi chaque année le géant pétrolier français.

Essence ou gazole. Car le problème est avant tout l’inadaptation de l’outil de travail des raffineries à la demande française. La consommation de pétrole est de 77,8 millions de tonnes quand la capacité de nos 9 raffineries est d’environ de 80 millions de tonnes, selon les chiffres de l’Ufip. Seulement, notre production est essentiellement tirée vers l’essence et notre consommation est tournée vers le gazole. Plus de sept voitures neuves sur dix vendues aujourd’hui sont diesel, de sorte que près de 60 % du parc automobile fonctionne au gazole. Résultat, le gazole représente plus de 80 % du carburant vendu dans l’Hexagone, contre moins de 20 % de supercarburant. «La France a importé 27 millions de tonnes de produits en 2011, soit trois fois la production de Petit-Couronne», rappelle Yvon Scornet, porte-parole de l’intersyndicale CGT, CFDT, CFE-CGC de Petroplus.

Dans la main du marché. Cette dépendance est d’autant plus préjudiciable qu’elle met les raffineries entre les mains des marchés financiers. En effet, pour se fournir, les distributeurs doivent acheter sur le marché de Rotterdam le produit transformé par les raffineries étrangères. Or, dans ce marché en tension, la spéculation est permanente. Si bien que les marges des raffineries sont totalement indépendantes de l’état de santé et des performances des sites. Les chiffres des marges brut de raffinage sur Brent par tonne des derniers mois montrent la volatilité de ce secteur : en février 2012, la marge était de 18 euros pour passer à 40 euros en avril puis redescendre à 25 euros en mai. Selon l’Ufip, les raffineries sont considérées comme rentables à partir du moment où leur marge brut atteint 25 euros la tonne. D’ailleurs une partie des bénéfices de Total ont été réalisés avec la progression des marges de la branche raffinage. Avec un résultat net ajusté de la division raffinage chimie en progression de 54 %, à 564 millions d’euros, rien qu’au troisième trimestre de 2012.

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