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L’Eurogroupe livre Chypre aux Dr Mabuse de la troïka

Publié le par Daniel Sario

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L'accord trouvé entre les ministres de l’Économie de la zone euro et le président, Nicos Anastasiades, organise larestructurationdu système bancaire et appelle des règles d’austérité. Par ailleurs, une poussée nationaliste s’est exprimée. Par Gaël De Santis

Sur les écrans plasma placés sur les terrasses des restaurants et cafés, les conférences de presse ont remplacé les matchs de basket. Flanqués entre un drapeau européen et un drapeau chypriote, les dirigeants de Chypre justifient l’accord trouvé, à cinq heures du matin, entre les ministres de l’Économie de la zone euro et le président de la République, Nicos Anastasiades, qui aurait menacé pendant la nuit de démissionner.


Bonne banque, mauvaise banque. Le pays a évité la faillite et a assuré l’avenir des nouvelles générations », assurait hier le ministre de l’Économie, Michalis Sarris. « La faillite maintenant ou dans un mois » Avec cet accord, Chypre obtient de la zone euro un prêt de 10 milliards d’euros qui servira uniquement à financer sa dette, pas le renflouement des banques. Le cœur de l’accord survenu hier concerne en effet l’avenir des deux plus grandes banques du pays, plombées par leur exposition à l’économie grecque et l’annulation d’une partie de la dette hellène. Conformément à la loi sur les restructurations bancaires votée vendredi, la banque Laiki, la deuxième en taille, sera transformée en « mauvaise banque » et progressivement liquidée. Les dépôts inférieurs à 100 000 euros, garantis par la législation de l’UE, et les prêts recouvrables seront placés dans une «bonne banque», qui intégrera prochainement la Banque de Chypre, la première du pays. Celle-ci récupérera 9 milliards d’euros de dettes de Laiki.

Faillite. Il s’agit des prêts d’urgence accordés ces dix derniers mois par la Banque centrale européenne (BCE)… qui ne veut pas être accusée de faire marcher la planche à billets pour sauver des banques non solvables. Ce «choix de la troïka nous amènera à la faillite maintenant ou dans un mois», estimait avant l’accord un dirigeant de Banque de Chypre dans un entretien publié dans le quotidien Cyprus Mail. L’avenir n’est pas assuré. Pour le moment, les dépôts supérieurs à 100 000 euros seront transformés en actions de cette banque, afin de la recapitaliser. Les gros épargnants devraient perdre 30 % de leur mise. Les autres banques ne sont pas concernées par l’accord.

Poussée du nationalisme. L’évolution des exigences à l’égard de Chypre marque une victoire. Les comptes ne seront pas taxés. La proposition d’imposer à 6,75 % les dépôts inférieurs à 100 000 euros avait suscité l’indignation dans l’île et au-delà. Si bien que, mardi dernier, le président conservateur n’avait pas trouvé un seul député – pas même de son parti – pour voter le plan d’austérité concocté par l’Eurogroupe. Cet accord laissera des traces. Une poussée nationaliste s’est exprimée. Certains manifestants brandissaient des pancartes : «Nous ne serons pas les esclaves des Allemands», dont certaines douteuses : «Non au quatrième Reich.» Certains appelaient à la sortie de l’euro, dans le sillage du puissant archevêque de l’Église orthodoxe, Chrysostomos.

Réformes structurelles et privatisations.  Rien n’est fait pour accompagner Chypre dans sa cure de désintoxication au secteur financier, qui pèse 45 % du PIB et qui sera redimensionné. À partir d’aujourd’hui, l’Eurogroupe laisse Nicosie dans les mains de la troïka avec son cocktail de mesures libérales. Le Fonds monétaire international, la BCE et la Commission européenne sont chargés par les ministres de négocier avec Chypre un accord portant sur l’assainissement budgétaire, des réformes structurelles (qui pourraient attaquer le droit du travail) et des privatisations.

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