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La pensée obligatoire pour tous

Publié le par Daniel Sario

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Vous avez aimé la caricature de débat lors de la loi sur le «mariage pour tous» ? Vous adorerez le non-débat sur la pensée obligatoire pour tous, dont le principe de base est que l'ennemi public numéro un est le coût du travail.  Par Jack Dion


L'institut BVA a réalisé un sondage à propos de l'accord sur l'emploi, qui fait la part belle à la flexibilité : 62 % des personnes interrogées le trouvent bon, contre 37 % qui le jugent mauvais. Mais 64 % des couches populaires le rejettent, ainsi que 45 % des personnes se classant à gauche, et 75 % à la gauche de la gauche. Résultat guère étonnant puisque le schéma retenu est pour partie un copié-collé du plan compétitivité-emploi naguère concocté par Nicolas Sarkozy. Ainsi se dessine une situation politique des plus délicates pour François Hollande, soutenu par ceux qu'il prétend combattre et lâché par ceux qui l'ont élu.  Chez les éditorialistes, en revanche, il n'y a pas d'états d'âme. A 99 %, ils soutiennent l'accord parrainé par le Medef et la CFDT avec le même enthousiasme qu'ils justifiaient le oui au référendum sur le traité constitutionnel européen (TCE), en 2005. 

A l'époque, les prélats de la pensée unique considéraient que toute remise en question des dogmes pontificaux valait diabolisation immédiate. Aujourd'hui, ils procèdent à l'évangélisation des esprits égarés en expliquant qu'il n'est d'autre issue que de fragiliser un peu plus les salariés, sous prétexte de faire repartir une machine économique qui ne redémarrera pourtant pas sans eux, et a fortiori contre eux.  Tous nous assènent les mêmes raisonnements, repris en boucle sur toutes les ondes et dans toutes les enceintes, après bénédiction préalable dans les hauts lieux de la pensée correcte. Quiconque ne s'aligne pas sur le vade-mecum du jour est sommé de sortir du rang et de faire son mea culpa. 

A-t-on le droit de ne pas penser comme le FMI et la troïka qui font le sale boulot en Grèce ? A-t-on le droit de ne pas ânonner avec le Figaro, le Monde, les Echos et Libération que le droit social est trop «rigide» alors que les licenciements explosent ? A-t-on le droit de ne pas reprendre l'antienne de Nicolas Demorand expliquant dans Libération qu'il faut déborder Sarkozy sur sa droite en acceptant de «travailler plus pour gagner moins» ? A-t-on le droit de contester les préceptes néolibéraux ayant conduit à la crise ? A-t-on le droit de ne pas être d'accord avec avec tous les petits soldats de la presse qui somment le gouvernement de s'aligner sur une logique de dumping salarial qui est la garantie de l'échec ?  Pourtant, des brèches s'ouvrent et des voix alternatives se font entendre. Louis Schweitzer, ancien PDG de Renault, rappelle fort à propos que le coût du travail n'est pour rien dans les difficultés de l'ex-régie nationale. Des économistes iconoclastes alertent sur le risque de spirale récessionniste... Certains ouvrent des pistes différentes. Mais ils sont marginalisés par une cléricature médiatico-politique prête à excommunier quiconque sort du «cercle de la raison». 

Résultat : en lieu et place d'un débat constructif, on a une messe à l'ancienne, ennuyeuse et soporifique.

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