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Lasagnes au cheval : c’est ça, l’Europe libre et non faussée ?

Publié le par Daniel Sario

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Après avoir appris qu’il vendait à son insu des tronçons de cheval dans ses lasagnes au bœuf, Matthieu Lambeaux, directeur de Findus, est en morceaux. Étendu depuis à d’autres enseignes, le scandale montre comment l’industrie de la malbouffe profite de l’Europe néolibérale pour faire ses choux gras. Par Périco Légasse

Findus vend sans le savoir des lasagnes à la viande de cheval à des clients pensant acheter des lasagnes à la viande de bœuf. 
Tavola, filiale de Comigel, fabrique sans le savoir des lasagnes à la viande de cheval qui devraient être au bœuf pour Findus.
Spanghero vend pour du bœuf de la viande de cheval à Comigel sans le savoir.
Spanghero, filiale de Pujol, propriété de la coopérative agricole Lur-Berri, achète sans le savoir de la viande de cheval à un trader alimentaire néerlandais ayant sous traité sans le savoir de la viande de cheval à un trader chypriote qui achète sans le savoir de la viande de cheval à des abattoirs roumains.

Dans le monde de la finance, ce genre de trafic s’appelle de la cavalerie… Très étonné par l’étonnement de l’importateur français, Sorin Minea, président de l’union patronale roumaine de l’industrie agroalimentaire, assure que « Spanghero savait que ce n’était pas du bœuf, car le cheval a un goût, une couleur et une texture spécifiques ». Outre le scénario précis de cette fraude plutôt inquiétante, dont les différentes enquêtes officielles révéleront la teneur, c’est le processus commercial qui donne froid dans le dos, ainsi que le circuit suivi par cette viande avant d’arriver dans l’assiette du consommateur. Ce qui nous hérisse le plus la crinière, c’est que, selon les premières infos fournies par Benoît Hamon, ministre de la Consommation, cette fraude est datée du mois d’août 2012.

Faut-il comprendre que cela dure depuis le mois d’août 2012 ou que la viande de cheval trouvée dans les lasagnes Findus a été promenée de Roumanie en France au mois d’août et commercialisée en 2013 ? Naguère filiale de Nestlé avant d’être revendu à Lion Capital, Findus, auquel il faut d’ailleurs reconnaître la révélation du scandale, a plutôt bonne réputation chez les consommateurs. Spécialisé à l’origine dans le cassoulet, la société Spanghero, fondée il y a trente ans par un célèbre rugbyman, est aujourd’hui une filiale de Lur-Berri, méga coopérative devenue l’un des géants de l’agroalimentaire, avec, entre autres marques, Labeyrie et Martiko, mais aussi des industries agrochimiques comme Agridis ou des réseaux d’abattages et distribution de viande comme Arcadie Sud Ouest et des semenciers spécialisés dans « l’expérimentation céréalière » comme Pioneer... Autrement dit toute la filière de la malbouffe.

L’affaire de la viande de cheval dans les lasagnes Findus est donc parfaitement révélatrice des dérives mercantiles et immorales du marché néolibéral soutenu et encouragé par la Commission de Bruxelles. À notre niveau national, il va sans dire que, par décision de Fillon et Sarkozy, le démantèlement orchestré de la DGCCRF, cette célèbre « répression des fraudes » qui aujourd’hui n’est plus que l’ombre d’elle même, ne peut que favoriser davantage ce genre de forfaitures. Espérons que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault saura rétablir cette précieuse administration (divisée désormais en DDPP, Directions départementales de protection des populations, tu parles !) dans ses prérogatives anciennes. Entre ceux qui trichent, ceux qui mentent, ceux qui volent, ceux qui ferment les yeux et ceux qui n’ont plus les moyens de contrôler les premiers, il est grandiose le dogme de concurrence libre et non faussée qui fait les riches heures des voyous financiers de l’Union européenne.  Ils sont même parvenus à faire pousser des cornes au cheval…

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