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Le chantage tenté par la direction de Renault n’est qu’un gros coup de bluff

Publié le par Daniel Sario

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La firme fait miroiter des investissements importants dans ses usines en contrepartie d’une régression sociale inédite. Une manœuvre démontée hier par la CGT, chiffres à l’appui.  Par  Laurence Mauriaucourt

Hier, lors d’une conférence de presse, la coordination des syndicats CGT du groupe Renault a démontré comment la direction générale du constructeur français « joue au poker menteur avec les salariés et l’État ». En échange de suppressions de postes et d’une casse sociale et salariale, elle garantirait des volumes de production jusqu’en 2016 et la non-fermeture de sites. En réalité, les volumes promis sont déjà très largement budgétisés. On le sait, la direction tente d’imposer un accord aux syndicats basé sur la suppression de 8 260 emplois, l’allongement du temps de travail, le gel des salaires et la mobilité forcée de salariés entre différents sites, pour réaliser 540 millions d’économies. De quoi « sortir d’une spirale négative, pour rebondir sur des niveaux d’activités qui soient en hausse », justifie la direction.

 

Et si syndicats et salariés ne cédaient pas au chantage ? La direction prétend qu’elle ne pourrait alors plus garantir la production de 700 000 véhicules par an (soit 180 000 de plus répartis sur les cinq sites de montage en France : Douai, Maubeuge, Sandouville, Batilly, Flins), voire qu’elle pourrait fermer des usines. Mais, en réalité, selon la CGT, les volumes de production et les investissements soi-disant promis en échange des licenciements et pertes d’acquis répondent aux prévisions de demandes et sont déjà provisionnés ! Dans ses promesses, la direction comptabilise, par exemple, « les 100 000 Trafic qui constituent déjà l’objectif de Sandouville et pour lesquels 230 millions d’euros ont déjà été investis », relève la CGT, qui précise que « le premier Trafic sortira des chaînes en mars 2013 ». « On voit mal Renault aller jeter cette nouvelle ligne de montage de Sandouville par la fenêtre ! » a lancé Fabien Gache, délégué syndical central du groupe. Un tableau complet établi par le syndicat, mais aussi une revue de presse où s’expriment les différentes directions permettent de vérifier que volumes et investissements sont déjà attribués site par site. L’accord ne serait en fait qu’un moyen d’obliger les salariés à produire encore davantage qu’aujourd’hui, avec 8 260 collègues en moins ! La direction pourrait-elle fermer des usines en France, si l’accord n’était pas signé, en s’appuyant sur les chaînes qui tournent à l’étranger ? La CGT démontre que c’est impossible, « les usines non françaises », Novo Mesto en Slovénie, Valladolid et Palencia en Espagne, étant déjà « saturées » !

 

Mais, le coup de bluff concerne aussi directement l’État et les collectivités locales. Car, à l’argument des investissements, qui s’avèrent déjà provisionnés et en partie réalisés, « s’ajoutent les fonds publics perçus par Renault », poursuit la CGT. Des fonds qui s’élèvent à 165,7 millions d’euros en 2011 (23,7 millions en cash et 142 millions sous forme de crédit d’impôts). Ces fonds atteindront 171 millions d’euros pour l’année 2012, selon les prévisions de la direction contenues dans un document confidentiel que s’est procuré le syndicat. Si l’accord de flexibilité ne passait pas, « dans quelle mesure la direction générale de Renault pourrait-elle se désengager du programme de fabrication, dès lors qu’elle a déjà perçu des fonds publics ? » questionne le syndicat. De quoi inviter le gouvernement à ne plus se laisser duper. Les « efforts » demandés aux salariés généreraient une économie de 540 millions d’euros. De quoi couvrir 83 % des 650 millions d’euros d’investissements présentés comme consentis par Renault. Avec l’apport des 165,7 millions d’euros de fonds publics de 2011, la direction enregistre même un bénéfice de 56 millions d’euros ! Destinés non pas aux investissements, puisqu’ils sont déjà budgétisés, non pas aux salaires puisqu’ils seraient gelés, donc, fort probablement aux actionnaires. Banco ! Mais, attention ! Tout le monde pourrait perdre à ce jeu : « 8 260 salariés en moins, c’est autant de compétences, de savoir-faire ou de qualification dont Renault va se séparer et sans lesquels l’entreprise sera fragilisée », prévient Fabien Gache.

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