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Le début de la fin pour le protocole de Kyoto ?

Publié le par Daniel Sario

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Le Qatar, champion du monde des émissions de gaz à effet de serre par habitant.

Choisir pour lieu d’accueil un pays producteur de pétrole était-il le bon message à adresser au monde ? Toujours est-il que c’est à Doha, au Qatar, que démarre aujourd’hui la 18e conférence des parties (COP, en anglais) de l’ONU sur les changements climatiques. Au menu, toujours le même enjeu, à savoir celui de trouver un terrain d’entente internationale qui permette de réduire de façon importante et rapide les émissions de gaz à effet de serre (GES). Avec, cette fois, pour singularité, que la conférence de Doha marque la fin d’un cycle et le début d’un nouveau.
Fin d’un cycle, avec l’achèvement de la première période du protocole de Kyoto (PK pour les initiés), qui imposait aux pays industrialisés de diminuer de 5,2 % leurs émissions de CO2 (1) entre 2008 et 2012. Et début d’un nouveau, avec la perspective d’un accord mondial nouvelle formule, lequel entrerait en vigueur en 2020 et engagerait l’ensemble des pays, y compris la Chine et les États-Unis. Les bases en ont été jetées l’an dernier, lors de la 17e COP, qui se tenait à Durban. Une « avancée historique », notaient à l’époque certains acteurs. L’enthousiasme, pourtant, mérite d’être nuancé : depuis ­Copenhague, les négociations ont plutôt eu tendance à reculer sur le fond et, à moins de bouleversements majeurs, Doha pourrait sonner définitivement le glas des grands principes qui guidaient jusqu’alors le processus des négociations.

Très bref résumé pour comprendre. 1997 : c’est l’avènement du protocole de Kyoto, lequel engage les pays industrialisés à réduire leurs gaz à effets de serre. Seuls les États-Unis ne le signeront pas, refusant d’avoir des comptes à rendre à la communauté internationale. Car le PK a ceci de remarquable : il est le seul accord à être « juridiquement contraignant », autrement dit à intégrer (en tout cas sur le papier) des mécanismes de sanction applicables aux États qui ne respecteraient pas des objectifs définis mondialement. Autre singularité : il reprend à son compte le principe de « responsabilités communes mais différenciées », lequel reconnaît la responsabilité principale des pays du Nord dans la pollution de l’atmosphère et exempte ceux en développement de s’engager aux mêmes efforts.
En 2009, la conférence de Copenhague marquera un net tournant concernant ces deux points, en débouchant, sous la pression des États-Unis, de la Chine et d’autres pays opportunistes, sur un simple accord politique : chaque pays industrialisé y avance, sans engagement aucun, son propre objectif de diminution de GES, par lui-même défini sur une base volontaire. Le résultat ne se fait pas attendre : à en croire les calculs, l’ensemble des promesses mises sur la table ne permet pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre de plus de 17 % d’ici à 2020, quand il faudrait que ce taux atteigne au moins 25 %. Pays du Sud et ONG dénoncent un échec magistral.

Depuis, tout le jeu consiste à rétablir leur confiance dans le processus, sans en faire fuir ni la Chine ni les États-Unis. Autrement dit à garder le protocole de Kyoto suffisamment vivant pour satisfaire les premiers et suffisamment mort pour ne pas mécontenter les autres. C’est ce qui s’est joué à Durban, ou l’Europe, et plus timidement l’Australie (mais ni les États-Unis, ni la Russie, ni le Canada), se sont réengagées verbalement pour une seconde période du protocole de Kyoto, laquelle pourrait être reconduite jusqu’en 2019 – peu de chance, néanmoins, qu’elle s’accompagne d’engagements chiffrés. Après quoi pourrait prendre forme un nouvel accord post-2020, donc. Celui-ci inclurait tous les pays. Sera-t-il contraignant ou pas ? Reprendra-t-il, ou non, le principe de responsabilité différenciée ? e sera là tout l’enjeu de Doha, mais le fait est qu’à Durban, en 2011, il n’en prenait pas la voie.

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