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Les accords de compétitivité, le CAC 40 et Milton Friedman

Publié le par Daniel Sario

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Le prétendu «gagnant-gagnant», qui résulterait des négociations entre le Medef et certains syndicats, relève au mieux de la pure illusion, au pire de l’escroquerie. Par Pierre Ivorra

La philosophie de l’accord signé entre le Medef et trois organisations syndicales minoritaires est des plus simplistes : quand l’activité ou les résultats piquent du nez, les salariés devraient servir de variable d’ajustement et accepter une baisse de salaires, une aggravation de leurs conditions de travail. Selon les signataires, cela permettrait d’attendre des jours meilleurs et d’éviter les licenciements. On peut d’ores et déjà invoquer le principe de réalité : la plupart des expériences de ce type n’ont guère permis d’éviter les suppressions d’emplois. Mais, en l’affaire, il y va aussi de l’éthique. Pourquoi faudrait-il appliquer aux salariés une règle que le grand patronat refuse d’infliger aux actionnaires ? Les directions des groupes ne s’en cachent pas, elles cherchent à préserver au maximum les dividendes. C’est ainsi qu’en dépit de la crise de 2008, de celle de l’euro, de la récession, les stars du CAC 40 ont tout fait pour «lisser» leurs versements. Qu’on en juge : 39 milliards d’euros versés en 2006, 41 en 2007, 35 en 2008, 36 en 2009, 40 en 2010, 36 encore en 2011.

 

Bien que le monde ait été secoué par la plus grande crise financière de l’après-guerre, les caciques du CAC se sont efforcés de maintenir le niveau de rémunération. Quand les résultats ont fléchi, ils ont puisé dans leur trésorerie, réduit le nombre d’actions. C’est ainsi qu’en 2012, près de la moitié des profits réalisés en 2011 sont tombés dans l’escarcelle des titulaires de coupons. Y aurait-il une vérité différente selon que l’on possède un gros portefeuille de titres financiers ou que l’on se contente d’un livret A ? Cette morale est celle du monde des grandes affaires pour qui, à l’entreprise, seul l’argent a des droits. C’est celle du libéralisme bourgeois, que l’un de ses chantres les plus célèbres, Milton Friedman, résumait en ces termes en 1970, dans un article du New York Times : «Dans un système de libre entreprise et de propriété privée, un dirigeant de société est l’employé des propriétaires de l’entreprise. Il leur est directement redevable. Il est de sa responsabilité de mener l’entreprise selon leur souhait, qui est en général de gagner autant d’argent que possible, tout en se conformant aux règles – lois et éthique – de la société.» Cette morale est aujourd’hui en crise. À vouloir sécuriser les actionnaires en «crachant» du dividende, on précarise les salariés et l’on plonge l’ensemble de la société dans les affres de la crise.

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