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Nationaliser : une solution de plus en plus demandée

Publié le par Daniel Sario

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Très largement soutenue pour ArcelorMittal à Florange, l’idée d’une prise de contrôle public est avancée pour d’autres secteurs stratégiques, victimes des méfaits de groupes transnationaux. Intervenir, oui, mais pour quoi faire ? Que doit changer l’appropriation sociale des moyens de production ?  Par Pierre Ivorra

Balayée d’un revers de main par le premier ministre au profit d’un «accord» avec Mittal qui laisse entières les menaces sur les hauts-fourneaux de Florange, la solution d’une prise de contrôle public n’a rien perdu de son actualité. Aux yeux des syndicats, échaudés par un groupe qui ne connaît que ses intérêts – ramenés à ceux de ses actionnaires –, comme pour l’opinion publique, qui soutenait à 59 % l’idée de «nationalisation temporaire» défendue par Arnaud Montebourg, cette option, soutenue par le Front de gauche et jusqu’au sein du Parti socialiste, reste le plus sûr moyen de se prémunir des pratiques destructrices d’une multinationale comme Mittal. Mais l’idée d’une appropriation publique d’activités menacées est avancée bien au-delà de la seule sidérurgie.
Chaque jour ou presque, des syndicalistes, des forces de gauche posent la question, pour des secteurs stratégiques tels ceux de l’énergie, de l’eau, du raffinage du pétrole, ou encore des banques, de la construction navale. Le regain de popularité de cette proposition est sans aucun doute à mettre en relation avec le tournant de la crise de 2008 et le fait que le système capitaliste n’a pu sortir la tête de l’eau que grâce à une intervention elle-même publique, massive, un peu partout dans les pays développés. Les États, les banques centrales ont dû voler au secours des banques, des groupes et des marchés, au prix d’ailleurs d’un endettement qui a nourri par la suite la crise de la dette publique, particulièrement dans la zone euro. Le marché tout-puissant conduit à la catastrophe !

Nationaliser, certes, mais pour quoi faire ? Les idées de nationalisation, d’intervention publique et sociale, de maîtrise des marchés, de développement coopératif sont certainement appelées à bénéficier d’une nouvelle notoriété, mais encore faut-il les débarrasser de toute ambiguïté. Nationaliser, intervenir, certes, mais pour quoi faire ? Des nationalisations gérées comme des entreprises privées, avec les mêmes critères de rentabilité, conçues comme des «béquilles du capital», c’est ce qui a été fait sous la présidence de François Mitterrand et cela n’a pas marché. Aujourd’hui même, en quoi la présence de capital public au sein de Renault ou de GDF Suez change-t-il la donne ? Quel problème l’intervention publique doit-elle résoudre ? C’est le fait que l’emploi est considéré par les grands groupes comme une variable d’ajustement en fonction de la recherche de rentabilité la plus élevée possible afin d’enrichir les actionnaires, d’accumuler sans cesse plus de capital, d’être toujours plus gros, plus puissant. C’est dire que pour développer les activités, l’emploi, la formation, les salaires, les conditions de travail, l’intervention publique doit aider au changement des critères de gestion, au risque, sinon, d’être contre-productive. Il ne s’agit pas de sauver les meubles et l’on ne peut donc se contenter seulement de changer en totalité ou partiellement de propriétaire. Par ailleurs, ces nouveaux critères ne pourront être mis en œuvre sans changement des pouvoirs à l’entreprise. Les salariés, les populations doivent bénéficier de droits nouveaux d’intervention.

Changement du crédit. Mais il faut aller encore au-delà. Mittal n’a pu devenir le nº 1 mondial de l’acier que grâce au concours du crédit des banques, qui elles-mêmes ne sont animées que du souci de faire le plus d’argent possible en prêtant de l’argent. Il faut donc agir pour un changement du crédit. C’est pour cette raison-là d’ailleurs que, dans sa lettre à François Hollande concernant Florange, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, propose que le site sidérurgique puisse bénéficier de concours bancaires à bas taux d’intérêts et d’un nouveau crédit. Au confluent de ces transformations, il y a le changement de statut des salariés, la sécurisation de leurs parcours professionnels, pour éradiquer et le chômage et la précarité, élever les qualifications, et à cette fin, le droit à bénéficier d’un emploi ou d’une formation. Au-delà du cas de Florange, le changement d’orientation au sein de groupes au capital multinational, comme Sanofi, Total, se pose autrement qu’en 1981. Pour en finir avec la dictature de fonds d’investissement, il faut probablement des interventions publiques de différents pays, des accords internationaux ne portant pas seulement sur la propriété du capital mais aussi sur les activités, les recherches, les financements, les nouveaux emplois à créer. C’est un début de changement d’ère.

 

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