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Négociation syndicats-patronat : "plus de flexibilité, de précarité, de liberté de licencier"

Publié le par Daniel Sario

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Agnès Le Bot, chef des négociateurs CGT, explique pourquoi ce projet est « inacceptable » et affirme : « La partie n’est pas finie. »  :  Entretien Yves Husson


Bien que le Medef ait accepté de prendre des mesures pour taxer les contrats courts, vous jugez « inacceptable » le projet d’accord. Pourquoi ?
Il faut considérer l’ensemble du texte : il organise structurellement plus de déréglementation du droit du travail par rapport à la situation actuelle. C’est un nouveau saut assuré vers plus de flexibilité du travail, plus de précarité et plus de liberté de licencier pour les employeurs. Voilà ce qui fonde notre appréciation. Quant à cette mesure avancée par le patronat, cela ne peut, en un coup de baguette magique, rééquilibrer l’ensemble du texte : ils proposent une surcotisation sur une partie des contrats précaires, et, en compensation, demandent de nouvelles exonérations de cotisations sociales pour les entreprises. Au final, le Medef se remet dans la poche 50 millions d’euros. On est à côté de l’objectif, qui était de faire en sorte que de nouvelles ressources pour l’assurance chômage soient dégagées, alors que c’est l’explosion des contrats courts qui pèse sur l’Unedic. Le Medef a encore une fois détourné une revendication syndicale.
Quelles dispositions sont selon vous les plus dangereuses ?
Il y a le contrat intermittent, nouvelle fragilisation du CDI, généralisable dans les entreprises de moins de 50 salariés. S’agissant du temps partiel, il n’y a pas d’encadrement : au contraire, c’est un nouveau saut vers plus de modulation du temps de travail, au profit de l’employeur, et plus d’incertitude pour le salarié. Deuxièmement, toutes les procédures en matière de licenciement collectif sont passées à la moulinette : avec les accords dits de « maintien dans l’emploi », on a une tentative de destruction des possibilités de résistance qui demeurent à l’heure actuelle, comme on le voit chez Fralib, ArcelorMittal, etc. Troisièmement, il y a un affaiblissement très grave des possibilités de recours en justice des salariés, une volonté d’assurer l’impunité des employeurs…
N’y a-t-il pas des points positifs à retenir, telle la généralisation de la couverture santé ?
Certes, mais cela ne fait pas l’équilibre avec le reste : cela va peut-être contribuer à soigner les dégâts occasionnés par cet accord, mais ça ne va sûrement pas faire baisser le chômage et reculer la précarité. Quant aux droits rechargeables à l’assurance chômage, ils seront financés par les chômeurs eux-mêmes, on prend à Jacques pour donner à Paul.
Vous estimez maintenant que « la partie n’est pas terminée ».
Tout n’est pas fini car il va y avoir un projet de loi. Les parlementaires doivent être en situation de ne pas transcrire à l’aveugle un projet qui fragilise un peu plus les salariés. Nous voulons donc informer, mobiliser, mettre les salariés en situation de pouvoir intervenir auprès de leurs élus pour qu’il y ait un projet de loi d’une autre nature, qui permette d’obtenir des avancées réelles en termes de maintien dans l’emploi et de lutte contre la précarité.

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