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Un jour de paie exceptionnel pour les grévistes de PSA d'Aulnay

Publié le par Daniel Sario

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Six semaines que la grève dure à l’usine PSA d’Aulnay, malgré les pressions et la répression. Nerf de la guerre, la solidarité financière autour des grévistes leur permet de tenir sur la durée. Reportage. Par  Loan Nguyen

Jeudi 28 février. Dans l’usine, ce jour-là, flotte comme un air de confiance collective. Le cordon de cadres en gilets fluo dépêchés par la direction d’autres sites pour jouer les vigiles a été barricadé derrière un mur de caisses en plastique par les grévistes. Jamais à court d’idées créatives, M’Barek, ouvrier au montage de soixante et un ans et pionnier de la CGT à Aulnay, s’est débrouillé pour dégoter une canne à pêche avec laquelle il asticote les cadres de l’autre côté du mur improvisé. Coiffé d’un chapeau chinois, il mime une grosse prise, provoquant l’hilarité générale. Au bout de six semaines de grève intensive, ce sont des sourires sereins qui jalonnent la longue file d’attente qui se forme quelques mètres plus loin, devant la salle de repos réquisitionnée par les grévistes pour distribuer la «paie» du mois. Grâce à la solidarité qui s’est construite dans et en dehors de l’usine, les salariés en lutte ont déjà recueilli 240 000 euros dans la caisse de grève, à redistribuer aux 502 grévistes. «Il y a eu quelques gros chèques, comme celui de l’union départementale CGT du 93 qui nous a versé 30 000 euros, mais pour l’essentiel, ce sont les dons de citoyens ordinaires, salariés, étudiants, qui ont compté», affirme Farid, membre de la commission de pointage, qui explique le fonctionnement méthodique de la paie.
Un par un, chaque gréviste rentre avec sa carte de pointage pour passer devant un premier bureau, qui vérifie si le nombre de semaines revendiqué est similaire au fichier du pointage. Si celui-ci correspond, le gréviste passe à une deuxième table avec sa fiche de paie PSA qui atteste du montant versé ce mois-ci par l’entreprise – en général, uniquement le paiement en chômage partiel de la semaine de lock-out décrétée par la direction. Puis, si tout est en ordre, le gréviste se voit remettre son chèque à la troisième table. En cas de litiges – peu nombreux –, une commission ad hoc examine le cas à la quatrième table.

La perte de salaire est loin d’être compensée. Avec des sommes allant de 80 à 800 euros pour chaque gréviste, selon la durée de son implication dans la mobilisation, les chèques sont loin de compenser la perte de salaire engendrée par le mouvement, mais il y a de quoi leur remonter le moral, eux qui voient le conflit s’éterniser face au refus de PSA de rouvrir les négociations sur le plan social. «Ça nous encourage à être déterminés jusqu’au bout ! Quand les gars me voient arriver à l’usine, en ce moment, ils me disent “Mohamed, t’as la pêche mieux qu’avant !” Mais, c’est vrai, je dors comme un bébé, c’est parce que je fais grève avec mon cœur !» s’enthousiasme ce moniteur en peinture non syndiqué et qui, de son propre aveu, n’avait «jamais fait une grève de (sa) vie» avant janvier.  «Même sans chèque, j’aurais continué la grève, mais ça fait du bien de voir la solidarité autour de nous, et puis ça en aide quand même certains à payer le loyer», juge Thierry, mécanicien au service antipollution.
Selon Hassan, syndiqué à SUD, le moral n’est pas forcément aussi haut chez tout le monde. «Les gens commencent à être fatigués… mais les courriers que nous envoie la direction pour nous dire de reprendre le travail, ça nous motive plutôt à continuer la grève ! Et on a la rage contre les syndicats qui sont prêts à signer le plan social», estime l’ouvrier. «Fatigués, mais avec le moral», juge pour sa part Marc Darsy, délégué CGT. «Les journées sont longues, et on est un peu moins nombreux en grève ces derniers temps, mais dès qu’on fait une action à l’extérieur, on arrive à mobiliser plus de monde», rapporte le syndicaliste.
Malgré le temps qui file et les rouages du plan social qui doivent s’amorcer très rapidement, dès que la direction aura convoqué un comité central d’établissement extraordinaire, les grévistes gardent un objectif clair : ramener PSA à la table des négociations pour obtenir de meilleures indemnités et des garanties de reclassement. «Et pour cela, il va falloir faire pression sur le gouvernement pour obtenir un vrai médiateur», explique Marc Darsy. Le facilitateur nommé par le ministère du Travail, il y a deux semaines, Marc Leray, directeur du travail en Seine-Saint-Denis, pour faire une médiation entre la direction et les syndicats, n’aurait pas fait montre d’une grande utilité jusqu’à présent, d’après le cégétiste.

Suspension ou annulation en vue ? Le syndicat SUD a assigné la direction de PSA en référé devant le tribunal de grande instance de Bobigny pour obtenir la suspension du plan social lundi dernier, et pour réclamer, à l’occasion d’une deuxième audience, l’annulation du PSE vendredi pour «insuffisances patentes». Sur la base de l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 28 janvier ordonnant la suspension du plan social pour défaut dans la procédure d’information des représentants du personnel de Faurecia, filiale de PSA, l’avocat de SUD, Me Rilov, a demandé lundi que le plan de restructuration «demeure suspendu» tant que la totalité des instances représentatives du personnel du groupe ne serait pas informée et consultée.


Loan Nguyen

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