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Budget 2014 : les ménages paieront pour les entreprises

Publié le par Daniel Sario

Le projet de loi de finances pour 2014, présenté ce mercredi, se solde par des cadeaux aux entreprises d’un niveau sans précédent, ainsi que des coupes dans les dépenses publiques jamais osées. Au nom d’un prétendu « coût du travail » qui occulte un autre coût, tabou dans le discours libéral : celui du capital.

Avant même la présentation du projet gouvernemental ce matin, une chose est sûre: le budget de l’État pour 2014 restera dans les annales comme celui qui programme les plus fortes réductions de dépenses publiques jamais décidées. Des coupes à hauteur de 15 milliards d’euros ont été annoncées. Autre «première», concomitante : jamais un gouvernement n’avait décidé d’octroyer autant d’avantages fiscaux aux entreprises. Avec le crédit d’impôt compétitivité-emploi, celles-ci bénéficieront d’un allégement fiscal de 20 milliards d’euros. qui vient s’ajouter au pactole des 200 milliards d’aides publiques diverses déjà octroyées.

12 milliards d’impôts et taxes en plus. En bout de chaîne, les citoyens, les simples contribuables paieront doublement la facture : via les difficultés accrues des services publics à remplir leur mission et via une hausse des prélèvements fiscaux de 12 milliards, dont 6 au travers de la seule hausse de la TVA au 1er janvier prochain. Ce serait là, nous explique le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, le prix à consentir pour « gagner la bataille de la croissance, c’est-à-dire de la compétitivité des entreprises ». Comme si la panne de croissance, le manque d’investissement de nos entreprises ou encore le chômage de masse étaient imputables à un « coût du travail » excessif. L’évolution du partage de la richesse créée fait litière de cette assertion.

9% de la richesse nationale vers les dividendes. Depuis trois décennies, c’est le capital, entendre les banques et les actionnaires, qui a accru sa part du gâteau des richesses créées, au détriment du travail. Le patron du Medef, Pierre Gattaz, peut se lamenter sur le poids des «charges» sociales : l’an dernier, les entreprises ont déboursé presque deux fois plus pour leurs frais financiers que pour les cotisations à la Sécu. Rançon des abandons des gouvernements successifs, de droite ou socialiste, face à la croisade permanente du patronat, le capital vampirise sans cesse davantage les richesses créées par le travail. Les dividendes, qui représentaient 3% de la richesse nationale en 1980, en pèsent désormais 9%… Pour effectuer ce prélèvement, les actionnaires exigent des entreprises des rentabilités excessives, au détriment des salaires et de l’emploi, et n’investissent plus.

Grand tabou. Voilà le grand tabou qu’il s’agit de lever: le coût exorbitant du capital, occulté par la propagande sur le « coût du travail ». Et c’est à l’aune de ce phénomène que le budget 2014 doit être regardé: toutes les mesures d’exonérations fiscales et sociales consenties au patronat, sans contrepartie, n’ont jusqu’ici servi qu’à accompagner, et encourager cette financiarisation de l’économie, à servir davantage les intérêts financiers que l’on nous dit par ailleurs vouloir combattre. Un seul exemple, spectaculaire, pointé récemment par la Cour des comptes : les entreprises ont reçu 19 milliards d’euros au titre du crédit d’impôt recherche, mais elles n’en ont utilisé que 9 milliards pour leur activité de recherche… Difficile de mieux dire l’urgence d’un réexamen de l’ensemble de ces aides, à l’aune de critères sociaux, environnementaux, d’investissement productif. Difficile de mieux dire l’injustice des mesures d’austérité annoncées, devant tant de gâchis de fonds publics.

LES GRANDES TENDANCES DU BUDGET 2014. Côté dépenses, le gouvernement s’engage à économiser 15 milliards d’euros pour la dépense publique dont 9 milliards réalisés sur l’État, ses opérateurs et les collectivités territoriales. Les 6 milliards restant seront supprimés du budget de la protection sociale notamment sur les dépenses de fonctionnement et d’assurance maladie. Côté recettes, le gouvernement prévoit une progression de 3 milliards, essentiellement grâce au rabotage de plusieurs niches et sur les gains espérés de la lutte contre la fraude fiscale.

Budget 2014 : les ménages paieront pour les entreprises

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