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Hollande : un an après...

Publié le par Daniel Sario

Par Patrick Apel-Muller (l'Humanité)

À l’occasion du séminaire gouvernemental d’hier, François Hollande a exigé de ses ministres des « résultats ». Comme s’il n’y en avait pas… L’austérité, déclinaison Hollande après sa version Sarkozy, étouffe en effet la croissance, multiplie le chômage, anémie le pouvoir d’achat et entrave les services publics. Jean-Marc Ayrault peut bien ergoter sur le mot, il n’en effacera pas les maux.

Pourtant, les échos de la manifestation de dimanche à l’appel du Front de gauche avaient de quoi ranimer les ardeurs et arracher aux songes libéraux qui y flottent depuis un an. Ils n’ont pas suffi. Les projets d’investissement qui s’y sont discutés sont réduits et ne comblent pas les coupes claires budgétaires déjà arrêtées. Pire, Matignon annonce des ventes de participation de l’État, c’est-à-dire des privatisations plus ou moins complètes d’entreprises dans lesquelles l’État perdrait le droit de dire son mot. C’est se désarmer face à la finance et ses licenciements boursiers, abandonner l’objectif du redressement productif, réduire l’ambition d’un État stratège à celui d’un État témoin. La braderie a déjà concerné Safran et EADS, le brillant constructeur d’Airbus. Qui après ? L’électricité ? Le gaz ? Les télécommunications ? Les aéroports ? Les transports publics ?

Mauvais signal après une première année aux affaires. Les soldats de l’an II de François Hollande n’ont pas l’allant de ceux de Victor Hugo : « Ils chantaient, ils allaient l’âme sans épouvante… ; Ô France, tous les jours, c’était quelque prodige. » Là, c’est une sorte d’engluement dans les politiques antérieures que déplore l’opinion. Il est si manifeste que Jean-Louis Borloo s’empare de cette similitude paradoxale pour prôner une « union républicaine » pour un « redressement national » qui serait en fait une accélération et une amplification des dispositions déjà envisagées. « Il y a quelques mesures d’union républicaine sur lesquelles on peut se mettre d’accord », assure ce poids lourd des gouvernements Fillon. Quoi d’étonnant à ce que 56 % de ceux qui ont voté François Hollande au deuxième tour de l’élection présidentielle jugent négativement son bilan, selon un sondage TNS Sofres/I-Télé ? « Perdre la boussole de la crédibilité serait nous mettre dans une situation de faiblesse », a doctement déclaré Pierre Moscovici. Mais avoir pour azimut le libéralisme garantit de perdre les électeurs de gauche.

Un an après, le séminaire et « déjeuner de travail » d’hier à l’Élysée avait pour fonction de ressouder l’équipe ministérielle. C’est bien qu’elle était fissurée. Le débat au sein de la gauche ne sera pas clos par les polémiques qui prennent prétexte de telle ou telle formule. Des responsables socialistes et d’EELV s’interrogent ouvertement. Des personnalités emblématiques de la gauche évoquent leur déception et espèrent qu’un nouveau cap sera adopté. Le chantier est ouvert. Il aura ses temps forts avec les assises de la refondation sociale et démocratique, le 16 juin, à Paris. Sachons, comme y incitait Jaurès, de ne pas être de « ces hommes mêmes qui suivent le courant comme une herbe déracinée ».

Hollande : un an après...

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