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La part d'ombre de Claude Guéant

Publié le par Daniel Sario

Par Jack Dion

On avait eu la Cahuzac, du nom de ce ministre du budget jurant les yeux dans les yeux qu’il n’avait jamais eu de compte en Suisse, avant de battre sa coulpe quelques semaines plus tard. Voilà maintenant la Guéant, ou l’histoire d’un ex ministre de l’Intérieur pris la main droite dans un pot de peinture (flamande) et l’autre dans la caisse des primes occultes échappant au fisc. Comment disait l’ancien Président, déjà ? Ah oui, c’est ça : « République irréprochable».


La «République irréprochable» a le visage de Claude Guéant, Talleyrand des temps modernes. Roselyne Bachelot, qui le côtoya de près comme ministre du même gouvernement, a dit de ses explications embarrassées : «soit c’est un menteur, soit c’est un voleur». Entre ex collègues, c’est sympa. On sent l’affection mutuelle, le respect et l’admiration. Mais pourquoi sous estimer les capacités de ce Sarkozyste du premier cercle ? Il est capable d’être les deux à la fois, voleur et menteur. En tout cas, Claude Guéant n’a convaincu personne sur les origines des 500.000€ arrivés d’un compte étranger, découverts dans le cadre de l’enquête sur un éventuel financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, en 2007, par des fonds en provenance de la Libye de Kadhafi. Son histoire de vente de deux tableaux du peintre hollandais Andries van Eervelt à un avocat, en 2008, laisse pour le moins perplexe. La somme finale, rondelette, ne semble pas correspondre (et de loin) aux estimations des œuvres de cet artiste. L’ex homme de l’ombre se plaint (à juste titre) de la violation du secret de l’instruction. Il assure pouvoir fournir à la justice tous les documents attestant de la validité de cette opération. On verra bien. Pour l’heure, l’affaire exhale plus l’odeur de l’argent sale évoqué par un Zied Takieddine que celle de la peinture flamande du XVIIème siècle. Mais ce n’est pas tout. Car les comptes de Claude Guéant, qui aime à se présenter comme un citoyen modeste, vivant chichement, attestent aussi d’étranges virements en liquide. Ce ne sont pas de «grosses sommes», a-t-il déclaré au Monde, pas plus de 20.000 à 25.000€, «pour acheter des appareils ménagers, des choses de ce type». Une lessiveuse, peut-être ? 


Quant à l’origine des fonds, on plonge dans une étrange zone d’ombre. Des «primes de cabinet» ? Impossible puisqu’elles ont été supprimés par Lionel Jospin en 2001. Claude Guéant assure que la pratique a perduré au ministère de l’Intérieur jusqu’en 2006. Etrange. A moins qu’il ne s’agisse d’un système parallèle, et si oui, lequel ? A part çà, tout va bien. On apprend de la bouche d’un ex ministre de l’Intérieur que des primes occultes ont circulé, qu’elles étaient versées en liquide, qu’elles échappaient au fisc, et qu’il en a bénéficié. A part ça, tout va bien. La Sarkozie était clean, propre, nette, sans bavure. Quant à la campagne de 2007, elle a été financée uniquement avec l’argent des militants et les ventes de tee shirt. A part ça, tout va bien. On a pu faire la leçon aux pauvres, dénoncer en tout chômeur un tricheur potentiel, et organiser des réseaux de primes au black au plus haut sommet de l’Etat. A part ça, tout va bien. Un ex ministre de l’Intérieur s’est comporté comme un petit voyou sans que le Président de l’époque ait pu en être informé. A part ça, tout va bien. Il n’y a pas besoin d’organiser la promotion de Marine Le Pen. Le «tous pourris» chemine tout seul, avec le coup de main (pardon : de pinceau) d’un représentant éminent de la grande famille Ump, où l’on ne transige pas sur les principes de la République et de la morale.

Claude Guéant, l'ex ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, s'est pris les pinceaux dans les toiles flamandes

Claude Guéant, l'ex ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, s'est pris les pinceaux dans les toiles flamandes

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