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Le Conseil de sécurité unanime sur les armes chimiques syriennes

Publié le par Daniel Sario

La résolution votée vendredi soir à l’unanimité ouvre la voie à l’organisation d’une conférence internationale à Genève à la mi-novembre. Un espoir est né mais les obstacles sont nombreux. Par Pierre Barbancey

Le Conseil de sécurité de l’Onu a adopté à l'unanimité la résolution 2118 sur la destruction des armes chimiques syriennes. Un vote sans surprise puisque le texte est le fruit d’intenses négociations menées principalement par la Russie et les Etats-Unis mais aura une porté dépassant largement le cadre syrien puisque le Conseil «décrète que l'utilisation d'armes chimiques où que ce soit représente une menace pour la paix et la sécurité internationales». Ce qui apparaît comme un avertissement à d’autres pays qui possèdent l’arme chimique mais ne la déclare pas. C’est le cas d’Israël. C’est sans doute pour cela que cette idée a été plus difficile à être acceptée. Mais, en l’espèce, il était difficile de faire autrement.

Espoir. «Ce soir, la communauté internationale a rempli sa mission», s’est félicité le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. «C'est le premier signe d'espoir en Syrie depuis longtemps», a-t-il ajouté. La résolution «avalise la décision du Conseil exécutif de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), qui contient des procédures spécifiques pour la prompte destruction du programme d'armes chimiques de la République arabe syrienne (RAS) et la stricte vérification (de ce démantèlement de l'arsenal) et réclame son application pleine et entière de la manière la plus rapide et la plus sûre». La Syrie devra coopérer pleinement en accordant un «accès immédiat et sans entrave» au personnel chargé de l'inspection et du démantèlement de l'arsenal. Le Conseil demande à «toutes les parties en Syrie», y compris donc l'opposition armée, de «coopérer pleinement à cet égard». Une première équipe de l’Onu et de l’OIAC devrait se rendre à Damas dès mardi. Les experts de l'OIAC disposeront de 30 jours pour visiter toutes les installations déclarées la semaine dernière par la Syrie. Bien que contraignante, cette résolution n'est pas placée sous chapitre VII - qui autorise des sanctions automatiques, y compris une action militaire. La possibilité de recourir au chapitre VII est mentionnée dans le corps du texte (article 21), mais une telle mesure nécessiterait l'adoption d'une nouvelle résolution. Les auteurs – non nommés – des atrocités du 21 août (l’attaque à l’arme chimique », devront «rendre des comptes».

Un gouvernement de transition. Deuxième volet de la résolution, l’organisation d’une conférence internationale pour trouver une issue politique et mettre fin aux violences. Comme l’a fait remarquer Ban Ki-moon, «le feu rouge pour un type d’armes ne signifie pas un feu vert pour les autres». A cet égard, le Conseil de sécurité fait sien «le communiqué de Genève du 30 juin 2012 (sur la transition politique en Syrie) qui prévoit (…) l'instauration d'un gouvernement de transition exerçant tous les pouvoirs exécutifs». Ce gouvernement, composé de membres du gouvernement actuel et de l'opposition, devra être formé «par consentement mutuel». Comme l’a souligné le vice-premier ministre et ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn : «A terme, les défis d’ordre humanitaire et sécuritaire ne pourront se résoudre autrement que par une issue politique négociée à la crise. La Syrie doit s’engager dans un processus de transition politique qui réponde aux aspirations de tous les Syriens. Par conséquent, nous encourageons toutes les parties concernées à mettre à profit la dynamique positive créée sur le dossier des armes chimiques pour avancer enfin vers une cessation des hostilités, vers la tenue de Genève II, et vers la nécessaire transition politique en Syrie. Tout délai n’entraînera que plus de morts, plus de souffrances.»

Une résolution contraignante. Les quinze membres du Conseil de sécurité se sont exprimés, laissant apparaître les différentes préoccupations des uns et des autres, même si la question de l’aide humanitaire est partagée par tous. Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a ainsi souligné que «l’opposition syrienne est aussi obligée de coopérer avec les experts internationaux.» Il a également mis en garde ceux qui chercheront tous les prétextes pour se saisir du chapitre VII qui ouvrirait la voie à une intervention militaire : «Il faut que les violations, s’il y en a, soient tout à fait prouvées». S’adressant plus particulièrement «à ceux qui soutiennent l’opposition», il les appelés à «tout faire pour que les armes chimiques ne tombent pas dans les mains des extrémistes.» Enfin, pour la Russie «cette résolution va aider à résoudre le problème des armes chimiques syrienne et tout un tas de problèmes au Moyen-Orient.» Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, s’est, lui, réjoui de l’attitude du Conseil de sécurité qui «a démontré que la diplomatie puisse être si puissante qu’elle peut désamorcer les pires armes de la guerre.» Jugeant la résolution «contraignante», et soulignant que «la Syrie ne peut choisir ou rejeter les inspecteurs qui doivent avoir accès à tous les sites, sans entrave», il a rappelé que les «actions sont assorties de conséquences», notamment dans le cadre du chapitre VII.

Mauvaise humeur.  Le ton du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, était nettement plus menaçant, contrastant avec les autres interventions. Accusant une nouvelle fois Bachar al Assad d’être responsable de l’attaque chimique du 21 août, il a repris son antienne selon laquelle seule la menace de frappes («qui n’étaient pas feintes», a-t-il dit) a permis de «faire bouger les lignes», alors qu’en réalité ces frappes visaient à faire tomber le régime, but politique non avoué mais qui sourd de toutes ses déclarations. D’où cette menace répétée de l’utilisation du Chapitre VII et un appui inconditionnel à une opposition syrienne, renforcée à l’Onu mais affaiblie politiquement avec la défection de certains groupes. Alors que Damas s’est engagé à participer à la nouvelle conférence de Genève – qui pourrait se tenir à la mi-novembre selon le secrétaire général de l’Onu – Laurent Fabius a assuré que la Coalition nationale syrienne était également disposée à envoyer une délégation.

 Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon lors de l'Assemblée générale des Nations unies, le 27 septembre à New York

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon lors de l'Assemblée générale des Nations unies, le 27 septembre à New York

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