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Mali : une présidentielle sous haute tension

Publié le par Daniel Sario

Les Maliens sont appelés aux urnes dimanche pour choisir un président parmi les vingt-sept candidats en lice, après dix-huit mois de crise politique et une guerre dirigée par la France contre les groupes djihadistes. Un scrutin organisé depuis Paris et Washington. Par Rosa Moussaoui

C’est un scrutin sous haute tension, préparé dans la précipitation, dont les autorités de transition elles-mêmes admettent qu’il sera «imparfait». Ce 28 juillet, les Maliens sont appelés aux urnes pour choisir un président, après dix-huit mois de crise politique et une guerre dirigée par la France contre les groupes djihadistes qui avaient pris le contrôle du nord du pays. On a beau répéter, au Quai d’Orsay, que la date de cette élection a été « fixée par les Maliens eux-mêmes », on a peine à le croire. Le président français, François Hollande, ne s’était-il pas dit «intraitable», le 28 mars dernier, sur la tenue d’élections «avant la fin du mois de juillet» ? Conséquence de ce calendrier imposé par Paris, de nombreux Maliens seront privés de leur droit de vote. La révision des listes électorales n’a pu aller à son terme. La distribution des cartes d’électeur n’est pas achevée, en particulier au Nord et dans la région de Kidal, où l’on ne peut parler de redéploiement effectif de l’administration. Quant aux dizaines de milliers de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur du pays, ils sont de fait tenus à l’écart de cette élection censée remettre le pays sur les rails de la «démocratie».

La campagne émaillée de violences meurtrières. Sur le plan sécuritaire, le tableau n’est pas plus rassurant. La semaine dernière, six personnes, dont cinq agents électoraux, avaient été enlevées par des hommes en armes à Tessalit, à 200 kilomètres au nord de Kidal, avant d’être finalement libérées. Bien que ce rapt n’ait pas été revendiqué, les soupçons se sont portés sur les rebelles touaregs du MNLA. À Kidal même, des violences meurtrières ont assombri la campagne électorale. En fait, malgré la signature le 18 juin dernier de l’accord de Ouagadougou prévoyant le retour de l’armée et de l’administration malienne à Kidal et le cantonnement des éléments armés touaregs, les conditions sont loin d’être réunies pour la tenue, dans cette région, d’un scrutin «libre et transparent», selon l’expression consacrée. De l’aveu même des militaires français, la situation n’est pas «complètement stabilisée». «Les islamistes armés peuvent être tentés de mettre en scène leur capacité de nuisance à l’occasion de cette élection. Des attentats ne sont pas à exclure, même au sud», alerte même le chercheur français André Bourgeot, spécialiste du Mali.

Démocratie de façade. Des candidats ont ouvertement exprimé leurs inquiétudes. Après avoir plaidé sans succès pour un report, Tiébilé Dramé, négociateur des accords de Ouagadougou, s’est même retiré de la course en accusant le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, d’être «devenu le directeur des élections au Mali». Sur le fond, cette campagne n’a pas vraiment marqué de rupture avec le théâtre d’ombres d’une démocratie de façade qui s’était effondré avec le coup d’état militaire du 22 mars 2012. À lui seul, le nombre pléthorique de candidats en témoigne : ils sont 27 en lice. Deux d’entre eux semblent faire la course en tête, le libéral Soumaïla Cissé et l’ancien premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta, lié à l’Internationale socialiste. Ce dernier promet de «refonder» l’État malien. Quel que soit le vainqueur, il ne pourra s’en tenir à l’horizon d’une réponse militaire étrangère à la grave crise que traverse le Mali. Sans prise en compte des profondes aspirations à l’unité du pays, à une démocratie libérée des injonctions des bailleurs de fonds et à un développement qui ne laisse personne de côté, le Mali ne pourra retrouver le chemin de la stabilité.

Des Maliens de France sans carte d’électeur. Sur 200 000 ressortissants maliens séjournant régulièrement en France, 81 000 sont enregistrés au consulat. Mais ce dernier n’a reçu, en vue du scrutin de dimanche, que… 29 000 cartes d’électeur. Une majorité de Maliens de France seront donc privés de droit de vote, officiellement en raison d’un «problème technique» ayant empêché l’émission de cartes d’électeur en nombre suffisant. Dimanche, Moussa, un ouvrier malien à la retraite vivant en Seine-Saint-Denis, ne pourra pas voter. «De toute façon, c’est une élection organisée depuis l’extérieur, par François Hollande et Barack Obama, par la communauté internationale. Dans cette crise, tout nous a été imposé, la guerre, les négociations, les élections», soupire-t-il. Pour lui, le président issu des urnes sera «le choix des Occidentaux», mais «il faudra reconnaître sa légitimité, car c’est la seule façon de sortir de la crise, même si l’élu passe le premier mandat à éteindre le feu».

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